Reupload : Geopragma cherche un stagiaire !

 

GEOPRAGMA pôle de réflexion stratégique indépendant, est une association apolitique et à but non lucratif visant le renouveau de la pensée et de l’action stratégiques françaises à partir d’une vision réaliste, non dogmatique et éthique du monde et des hommes.

GEOPRAGMA se propose notamment de rassembler experts, analystes en géopolitique et en géostratégie qui partagent une ligne de pensée structurée autour de :

-La défense de nos intérêts nationaux ;

-La refondation d’une politique étrangère et de défense cohérente adossée à une profondeur stratégique retrouvée en pensée et en action;

-Le refus de toute approche idéologique des relations internationales ;

-La promotion d’un rôle directeur pour la France en Europe et d’une influence retrouvée de notre pays sur la scène internationale.

Votre profil

-Bac +4/5

-Capacités d’analyse et de synthèse

-Capacités rédactionnelles. Anglais bon niveau impératif. Une langue supplémentaire sera appréciée

-Fort intérêt pour la géopolitique et les relations internationales

-Polyvalence

Votre mission

-Veille

-Analyse

-Communication externe

-Organisation de conférences et séminaires

Conditions

-À Paris

-temps plein (35h)

-durée = 2 à 6 mois 

-à partir de = septembre 2019

 

Candidatures

Les candidatures (CV + lettre de motivation) sont à envoyer à l’adresse desk@geopragma.fr

De la discrétion, de l’esprit critique, de l’initiative; le goût et le respect de l’humain, celui du monde et de sa complexité. Humour, auto-dérision, sens de la mesure, exercice du doute, capacité d’adaptation, polyvalence, humilité, persévérance. Et encore une audace respectueuse, la prudence sans la crainte, le goût des mots et des paradoxes, celui de l’éloquence sans la rhétorique ; la conscience que l’efficacité stratégique passe par l’approche réaliste (à mille lieues du cynisme) ; la volonté de donner du sens à son travail ; l’amour de la France chevillé au corps, la passion des relations internationales; l’envie de tout savoir, tout comprendre, apprendre, progresser, devenir meilleur. Ne venez pas tel que vous êtes, soyez meilleurs que cela.

C. Galactéros sur RT : 70ème anniversaire de l’OTAN

Caroline Galactéros était l’invitée de Frédéric Taddeï dans l’émission Interdit d’interdire sur RT, le 26 juin. Elle était accompagnée du géopolitologue Frédéric Encel.

Retrouvez l’émission sur ce lien :

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/63365-70-anniversaire-otan

 

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P. de Lauzun « Esprit de combat, esprit de sacrifice : au nom de quoi ? »

Billet du lundi par Pierre de Lauzun*, publié le 24/06/2019.

Il y a quelques semaines deux fusiliers marins ont été tués dans une opération commando pour libérer des otages français aux mains de djihadistes. Ils ne sont pas morts du fait qu’il y a un quota inévitable de pertes, comme dans les accidents de la route. Ils sont morts parce que très consciemment ils ont mis leur vie en danger grave, et cela uniquement pour accomplir leur mission. De même, le colonel Beltrame a mis très consciemment et sans ordre explicite sa vie en danger en se constituant lui-même otage, pour permettre la libération d’autres otages, et il en est mort.

 

De tels événements soulèvent beaucoup de questions, notamment philosophiques et existentielles. Mais je voudrais poser le problème sous l’angle stratégique. Pour que le pouvoir politique en charge puisse donner à un commando l’ordre de prendre des risques graves afin d’accomplir une mission, si noble soit celle-ci (et en l’espèce on peut discuter de l’objectif), il faut par construction qu’il ait devant lui des gens qui acceptent de prendre ce risque. Il se trouve qu’il y en a encore, et beaucoup, dans l’armée française. Cela nous paraît donc aller de soi. Ce ne l’est pas du tout.

 

Il faut bien comprendre en effet ce qui leur est demandé : courir un risque élevé de mourir dans l’opération. C’est le métier du soldat ou du militaire direz-vous. Oui, mais justement, là est bien la question : pourquoi des individus, de grande qualité personnelle, acceptent les risques d’un tel métier ? Evidemment pas au vu de la rémunération, comparée à celle de la plupart des métiers du civil ; et de toute façon, comment une rémunération monétaire pourrait-elle compenser un risque élevé de mourir dans l’accomplissement de son travail ? Il y a bien des mercenaires direz-vous. Oui mais justement, ces personnes ne sont en rien des mercenaires. Et fort heureusement, car le mercenaire calcule, et n’hésite pas à se retourner en cas de besoin. Il n’a donc pas la fiabilité de ces soldats.

 

Nous connaissons la réponse bien sûr : quelle que soit la façon dont on la nomme ou la fonde, il y a une éthique du soldat, fondée notamment sur ce qu’on doit bien appeler le patriotisme ; l’idée qu’il est juste et noble d’accepter le risque de mourir pour une cause qui le mérite, et notamment pour sa communauté. Il est manifeste que nous avons collectivement un besoin absolu de telles personnes. Car sans eux, pas d’armée possible, pas même de gendarmerie. Mais du coup la question se déplace : qu’est-ce qui fait que dans un pays des personnes vivent ce patriotisme, ou cet esprit de sacrifice, jusqu’au bout s’il le faut ?

 

 

Il y a un siècle la réponse était alors relativement simple, au moins en première analyse. Hors franges marginales, toute la société enseignait un tel patriotisme et l’esprit de sacrifice correspondant, et en était pénétrée. Cela n’avait pas que des vertus : il y avait des hypocrites ; il y a eu aussi des tragédies comme 14-18. Mais quoi qu’il en soit, la question de la défense, de la protection, avait sur ce plan une réponse : des personnes, nombreuses, acceptaient cette exigence jusqu’au sacrifice de leur vie.

 

Il y a en a encore aujourd’hui, la preuve en est donnée chaque jour, et les cas plus médiatiques évoqués ci-dessus nous le rappellent ; ils nous montrent aussi que le public y est sensible et reconnaissant. L’image de l’armée est bonne. Fort bien. Mais la question demeure : justement, pourquoi y en a-t-il encore ?

 

Car l’esprit public a bien changé depuis un siècle. Peut-on sérieusement soutenir que le patriotisme et l’esprit de sacrifice sont parmi les piliers fondateurs de notre société, notamment dans la manière dont elle se présente elle-même, dans l’opinion, dans les médias, à l’école ? Les programmes scolaires sont-ils conçus pour susciter cet état d’esprit chez les élèves ? La révolution culturelle soixante-huitarde est-elle adaptée à la production de ce genre d’hommes ? Et l’éducation nationale, centrée sur l’idée de l’élève qui s’éduque lui-même, qui cherche sa voie comme il l’entend, selon ses propres vues et intérêts ?  Evidemment non. Encore moins, bien sûr, l’état d’esprit hédoniste et calculateur qui imbibe notre vie commune, ou le relativisme affiché, dans lequel chacun définit sa voie comme il l’entend. Car dans une telle perspective, sauf têtes brûlées, on serait fou de prendre le risque de se faire tuer ; surtout s’il s’agit d’exécuter les ordres d’un pouvoir politique sur lequel on n’a qu’assez peu de prise, et qui peut poursuivre n’importe quel objectif, y compris médiatique ou idéologique.

 

La conclusion s’impose : des personnes ayant cet esprit de patriotisme et, si besoin est, de sacrifice ne sont normalement pas produits par la culture ambiante. Nous le savons tous, ils sont issus dans leur majorité de milieux sociologiquement bien définis, passablement décalés par rapport à la société. Et pour mettre les pieds dans le plat, des milieux en général assez traditionnels, souvent croyants. Ce qui permet de maintenir un socle significatif, une masse critique, dans les armées, et d’intégrer ceux qui sont venus là sans provenir de tels arrière-plans.

 

Tant mieux dira-t-on, la République en profite. Mais il y a quelque paradoxe à vivre sur une telle ressource, en faisant à peu près tout par ailleurs pour qu’elle disparaisse. Car si cela se produit, on sera très à court d’alternative. Croit-on qu’on va motiver des lycéens quelconques à la perspective exaltante de mourir pour le ‘patriotisme constitutionnel’ d’Habermas ? Pour l’équilibre écologique ? Tout cela peut être tout à fait respectable à son niveau, mais hors cas particuliers on ne meurt pas pour cela, encore moins si on n’a pas été éduqué pour intérioriser une telle perspective. Ne resterait alors que le mercenariat : l’Empire romain s’y est adonné à la fin, avec les résultats qu’on connaît. Car celui qui accepte de mourir mais constate que ses maîtres ne s’y résolvent pas conclut assez vite qu’il a tout intérêt à prendre leur place, et qu’il le peut. Reste encore la technologie, à l’américaine, mais elle ne résout qu’une partie de la question. Nous n’avons pas de robots capables de jouer les commandos.

 

Nous n’avons donc pas le choix : nous devons collectivement réfléchir aux voies et moyens permettant autant que cela sera possible de diffuser et encourager un esprit de sacrifice et de patriotisme dans la population. Ou au moins une partie d’entre elle. Quoiqu’en pensent les idéologues, car paradoxalement eux-mêmes ont besoin de ces gens-là pour continuer à propager leurs théories sans être personnellement menacés. Comme les touristes au Bénin ont eu besoin des fusiliers marins. Qu’ils y réfléchissent !

 

Pierre de Lauzun*

Membre-fondateur de Geopragma.

C. Galactéros « La guerre d’Iran aura-t-elle lieu ? »

Article chez Marianne, par Caroline Galactéros*, publié le 24/06/2019

Pour Caroline Galactéros, des « frappes éclair » américaines en Iran, « de manière imminente ou un peu plus lointaine », sont à prévoir. Elle en appelle la France à faire entendre sa voix.

La destruction par l’Iran, après deux avertissements, d’un drone de renseignement RQ-4 Global Hawk américain qui survolait ses eaux territoriales marque une nouvelle étape extrêmement inquiétante dans l’actuelle escalade des provocations et déclarations martiales dans le Golfe persique. L’appareil, selon Téhéran, était accompagné d’un avion de patrouille maritime avec 35 personnes à bord que la République islamique s’est abstenue de détruire. Les chasseurs américains étaient déjà en vol de représailles et les batteries des navires de guerre américains étaient en position de tir. Donald Trump a interrompu l’ordre d’attaque in extremis. « Arrêtez-moi ou je fais un malheur ! » Mais l’homme le plus puissant du monde sur le papier est magnanime ! L’Iran est aimablement considéré comme ayant peut-être tiré par erreur et on l’appelle au dialogue … Sinon « pan pan cul-cul » ! La Russie annonce « une catastrophe » si l’Amérique attaque. Cet épisode est, il faut le craindre, une « sonde » annonçant des frappes éclair de manière imminente ou un peu plus lointaine.

UN BELLICISME STRUCTUREL ?

L’Amérique est vraiment malade de son bellicisme structurel. Le cynisme absolu qui consiste à vivre par, pour et de la guerre, en se disant en permanence épris de paix commence à écœurer. Quel est l’objectif poursuivi par le Pentagone et la CIA avec, comme grand orchestrateur, le furibard et déterminé John Bolton que Donald Trump semble suivre à reculons. Entrer en guerre contre l’Iran ? Mais pourquoi diable ? Qui menace qui ? A qui profitera ce crime, sinon à Israël qui veut terrasser l’influence iranienne dans la région, à son nouveau proxy-chouchou saoudien, et à tous ceux qui veulent un dérivatif à leur déroute en Syrie, à l’infamie de leur soutien au massacre du peuple yéménite et à la consolidation quotidienne de l’axe Moscou-Ankara-Téhéran-Pékin ?

Il est tragique de voir l’acharnement occidental mis à détruire depuis plus de quinze ans déjà, les Etats du Moyen-Orient riches, multiconfessionnels et politiquement stables, pour les transformer, via la déstabilisation économique et l’importation d’un djihadisme sunnite féroce, en « Etats faillis » justifiant un régime change qui permette enfin leur vassalisation. Le candidat Trump en 2016 avait pourtant admis l’échec flagrant de cette politique dangereuse pour la planète entière. Mais, progressivement mis lui-même sous pression et sous contrôle par le « deep state » et tous les va-t’en guerre du système militaro-industriel américain, il peine désormais à retenir les ardeurs belliqueuses des néoconservateurs revenus en force dans les rouages et allées du pouvoir. Cela s’appelle « créer l’ennemi » de toutes pièces pour justifier un interventionnisme éruptif, relégitimer un rôle de gendarme planétaire, et faire rentrer dans le rang des alliés européens pris de doute, mais encore bien incapables de s’affranchir d’une tutelle qu’ils chérissent quand elle les condamne à l’humiliation permanente et à l’insignifiance stratégique éternelle.

La France a malheureusement, en Libye, en Syrie et au Yémen, pris plus que sa part à cette délirante curée au nom des droits de l’homme dont le bilan humain et sécuritaire sera à jamais indéfendable : des centaines de milliers de morts dans des opérations de regime change utopiques et sanglantes et une boîte de Pandore islamiste béante qui cible nos vieilles et molles nations repentantes. La déstabilisation que nous portons nous revient en boomerang et nous terrifie tant que nous lui « opposons » une complaisance mortifère pour notre nation.

L’IRAN DIABOLISÉ

L’Iran diabolisé, étranglé méthodiquement depuis des décennies par des salves permanentes de sanctions, confronté à la sortie unilatérale des Etats-Unis d’un accord nucléaire qu’il a pour sa part jusqu’à aujourd’hui scrupuleusement respecté, commence à perdre patience et à tomber dans le piège. Car pour préserver leur crédibilité politique interne, les dirigeants iraniens doivent réagir, répondre à l’humiliation d’avoir été grossièrement floués et donc donner des gages aux plus conservateurs faisant ainsi le jeu de ceux qui les provoquent.

Dans cet imbroglio apparent, la France, au lieu de pointer l’inconscience de Washington qui a ruiné le long effort commun pour enrayer la montée du programme nucléaire militaire iranien, demande à l’Iran de ne pas se mettre en faute et de respecter le JCPOA (l’Accord nucléaire du 15 juillet 2015)… Tout en courant derrière Washington pour juger légitime et souhaitable une extension du spectre de l’Accord aux enjeux balistiques. Un comble. Cet « en même temps » est injustifiable et catastrophique. C’est une trahison de notre signature au bas du JCPOA en 2015, mais aussi celle de notre parole donnée à l’Iran et au président Rohani – promoteur de l’accord désormais très affaibli -, de nous accrocher à la stricte « lettre » de celui-ci en dépit de la dénonciation unilatérale américaine.

Heureusement pour la paix du monde, les Japonais, les Allemands (en l’occurrence bien moins suivistes que nous) et même les Emiratis appellent à raison garder. Ils expriment clairement leurs doutes quant à la véracité des accusations portées par Washington contre Téhéran dans les attaques du 13 juin contre deux tankers japonais et norvégien – après une première série contre quatre pétroliers (saoudiens, émirati et déjà norvégien) le 12 mai dernier.

Il faut dire que la ficelle est si grosse que la fiole de farine brandie en 2002 à la tribune de l’ONU par le général Colin Powell pour accréditer la possession d’armes de destruction massive par l’Irak, cible du moment, paraît en comparaison une ruse subtile… Pourquoi l’Iran aurait-il attaqué un bateau japonais le jour de la visite amicale du Premier ministre Shinzo Abe à Téhéran ? Même l’interprétation agitée d’une prise d’ascendant politique des Gardiens de la Révolution sur les franges plus modérées du pouvoir paraît folle. En revanche, il est difficile de nier que Washington depuis quelque temps déjà, s’inquiète des positions tempérées de son allié nippon qui cherche à contrebalancer sa dépendance traditionnelle par une relation plus développée avec Moscou et Téhéran…

Quant aux puissances européennes membres de l’OTAN, l’on peut comprendre l’inquiétude de leurs états-majors qui s’inquiètent d’être entraînés dans une guerre montée de toutes pièces comme le fut celle d’Irak en 2003. L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord prévoit la réponse militaire solidaire collective des Etats de l’Alliance face à l’un de leurs membres « attaqué ». La réaction en chaîne, n’attend plus qu’une étincelle. Il existe bien des précédents de ces « false flags » opportuns.

PARIS FACE À SON DESTIN

Pour l’heure, Washington souffle le chaud et le froid, se disant « prêt à discuter avec Téhéran, si Téhéran le demande », ce qui est encore une façon de laisser accroire que l’Iran serait évidemment coupable mais l’Amérique magnanime. Pour le Guide suprême Ali Khamenei, c’est un affront supplémentaire et une invitation à perdre la face ou à déclencher l’affrontement. Un lose-lose gameparticulièrement vicieux.

Dans cet engrenage délétère, en s’alignant au lieu de sortir du rang pour appeler au calme les véritables fauteurs de trouble qui ne sont pas ceux que l’on pointe du doigt, au lieu surtout d’affirmer que nous ne nous associerons pas à une agression profondément illégitime, Paris une fois encore manque son destin. Celui d’une nation à la voix courageuse, intelligente et singulière. Quand allons-nous enfin oser désobéir ?

Caroline Galactéros*

Présidente de Geopragma

C. Galactéros : « Paris-Moscou : Pour une désobéissance salutaire »

Chronique Geopoly du 17 juin 2019, par Caroline Galactéros 

Au Courrier de Russie, ma « feuille de route » éditoriale est claire : offrir au lecteur des tribunes concernant les relations France-Russie à partir d’une perspective géopolitique sur les affaires du monde tel qu’il va…ou (ne va) pas. Jusqu’à présent, les thèmes se sont presque toujours naturellement imposés. Mais je faiblis et désespère. Que se passe-t-il dans les relations franco-russes ? Plus rien, niet, nada, nichts. Existent-elles seulement encore ?

Il me faut donc parler… de ce qui malheureusement ne se passe pas : de l’invitation primordiale et pourtant manquée de Paris pour que le président de Russie prenne part aux commémorations du 75e anniversaire du Débarquement de Normandie. L’Allemagne, elle, était conviée ; alors que l’URSS avait perdu durant le second conflit mondial quelque 28 millions de vies et permis, par l’ouverture d’un second front, la victoire des Alliés ‒ dont elle était ; alors, surtout, que le président français, au lieu de quêter fébrilement un tête-à-tête avec son homologue américain et de s’illusionner encore une fois sur la réalité de leurs relations (Donald Trump, quelques heures après son retour, a menacé la France de sanctions sur ses exportations de vin), avait bien mieux à faire : saisir cette occasion pour s’imposer en précieux et audacieux médiateur, celui qui voit l’Histoire de haut et en grand, refuse de persévérer dans l’alignement infantile sur la doxa du Maître, sort du rang, prend la main et réunit sous ses auspices, mine de rien et quitte à s’en excuser auprès de nos idéologues-maison, États-Unis et Russie.

Emmanuel Macron a perdu là une occasion de se distinguer positivement et à la bonne échelle, celle des puissances qui comptent, précisément, car elles savent réfléchir et décider seules ; celle de permettre que se noue enfin le seul dialogue encore à même de bouleverser le sort de l’Occident et de l’aider à se dresser face à l’empire chinois renaissant. Sans doute aurions-nous subi une fois encore les indignations rengorgées des dogmatiques de service, mais le bien aurait été fait, et le lien renoué.

EMMANUEL MACRON ET DONALD TRUMP LE 6 JUIN 2019 LORS DU 75E ANNIVERSAIRE DU DÉBARQUEMENT DES TROUPES AMÉRICAINES EN NORMANDIE. CRÉDIT : AFP

Il ne s’agissait pas d’une révolution, juste d’une désobéissance salutaire. Or on ne veut pas désobéir. Notre aveuglement est préoccupant et même tragique. Une occasion ratée de plus. C’est à croire que personne ne voit rien de ce qui est en train de se passer sous nos yeux embués d’européisme béat, voire bêlant. L’on va continuer jusqu’à l’affaissement ultime de se tromper d’ennemi et de partenaire. L’Europe jamais ne sortira de la petite enfance stratégique, jamais n’osera regarder ses intérêts, ses atouts, les conditions de sa renaissance, celles de son autonomie. Les élections européennes elles-mêmes n’ont fait que noyer une fois encore le poisson. Nous faisons de grandes déclarations sur « la souveraineté européenne », « l’armée européenne » même, nous ébrouant dans un vide conceptuel sidéral à coups d’envolées lyriques. Toutes ces utopies sont condamnées, car nul n’ose en poser les conditions pratiques. Nul n’envisage la défense de l’Europe en dehors des accords de « Berlin plus », qui font de l’Otan à jamais l’outil de cette défense.

En sortir pour s’en sortir est tabou. Une « Otan européenne », même nantie d’un autre parapluie nucléaire tout aussi crédible que celui de notre Grand Allié, paraît scandaleuse, délirante, fantasmagorique et, surtout, ô combien dangereuse ! L’ennemi est là, inchangé, rouge toujours, cramoisi même, agressif et belliqueux, nous cherchant des noises à nous si pacifiques et respectueux Européens… Bref nous sommes à mille lieues de notre salut et en sommes à refuser d’en chercher la voie. Nul ne remarque que la Russie est (était) la dernière barrière protectrice de notre continent contre l’avancée chinoise, nul ne voit que l’Occident, sur le plan historique, culturel et stratégique, ne peut tenir que sur ses trois pieds naturels que sont les États-Unis, l’Union Européenne et la Russie.

Voilà ce qui nous donnerait un poids colossal dans les nouveaux rapports de force. Mais c’est trop évident, sans doute. Il est plus simple de diaboliser Moscou, de faire passer son président pour un marionnettiste démoniaque, alors que nos sanctions renforcées et notre ostracisme lui font perdre chaque jour sa capacité à maintenir l’équilibre fragile entre conservateurs et libéraux. Comme en Iran, les franges les plus dures du régime se crispent face à l’agression extérieure. La construction de l’ennemi bat son plein et l’on s’en réjouit à l’Otan, au Pentagone, à la CIA, et peut-être jusque dans les États-majors français et les allées du pouvoir. C’est évidemment plus simple que de regarder en face l’axe Moscou-Pékin qui se consolide à l’instar de celui qui lie chaque jour davantage, pour le meilleur et le pire, Moscou, Ankara, Téhéran et… Pékin toujours. Le bellicisme de l’entourage présidentiel américain, qui fait vraiment tout pour pousser Téhéran à la faute, jusqu’à monter des provocations grossières dans le golfe d’Oman, a un effet coagulant inquiétant.

RENCONTRE ENTRE XI JINPING ET VLADIMIR POUTINE LE 15 JUIN 2019 À PÉKIN À L’OCCASION DE L’ANNIVERSAIRE DU PRÉSIDENT CHINOIS. CRÉDIT : KREMLIN

Et dans ce jeu dangereux et infantile, la France ne saisit toujours pas sa chance. Elle rate une fois encore son destin et préfère ne servir à rien, suivre la pente douce du pire, se rallier à l’injustice et à la bêtise générale. Pour quels bénéfices ? Par peur de quelles menaces ? En vertu de quelle analyse de ses intérêts nationaux ? Mystère et boule de gomme ! Le 75e anniversaire du Débarquement était pourtant l’occasion rêvée de voir un peu loin, de compter au-delà de notre petite ombre, de faire autre chose que passer les plats. Il est désespérant de toujours choisir la mauvaise route.

Je ne veux pas finir de façon trop négative. On notera donc une faible convergence, probablement inconsciente, entre Paris et Moscou. Elle concerne l’actuelle crise dans le golfe Persique. Russie et France ont appelé au calme face à la montée des tensions dans le golfe d’Oman et le détroit d’Ormuz. Paris pourrait et devrait, là encore, se faire la médiatrice d’un apaisement entre Moscou, évidemment concernée par cette escalade, et Washington. Souhaitons que cette lucidité-là l’emporte enfin sur les réflexes délétères et anachroniques qui abîment notre influence. Ou ce qu’il en reste.

Source : https://www.lecourrierderussie.com/opinions/2019/06/paris-moscou-br-pour-une-desobeissance-salutaire/

C. Coonen : « Guerre Commerciale Chine – Etats-Unis (suite) : la Guerre des OS aura bien lieu »

Le Billet du lundi du 17 juin 2019, par Christopher Coonen*

Depuis notre Billet du Lundi du 14 janvier dernier, qui traitait du déploiement de la 5G à l’échelle mondiale et de la confrontation entre la Chine et les Etats-Unis au sujet de la société Huawei, voici que ce conflit s’envenime plus encore, déclinaison numérique de la rivalité géopolitique tous azimuts entre ces deux empires.

Pour rappel, Huawei est un leader mondial de construction de réseaux de communication et l’un des tous premiers fournisseurs de la dernière génération de technologie de téléphonie mobile 5G en cours de déploiement à l’échelle planétaire. Grâce au débit phénoménal de la 5G et à sa puissance logarithmique par rapport aux capacités du standard actuel 4G, nous assisterons à une très forte accélération de la quantité de données générées, échangées et analysées au niveau planétaire.

Dans ce chapitre de ladite guerre commerciale, les enjeux de l’accès aux données et de leur traitement sont donc colossaux.

 

D’une part, certains gouvernements sont inquiets de voir une puissance étrangère capter des données sensibles. Non seulement dans le cadre de l’utilisation de smartphones, mais aussi dans le contexte d’une myriade d’usages concernant les villes et engins connectés, qu’ils soient d’application civile ou militaire : les voitures autonomes, la domotique, mais aussi le ciblage de missiles seront de plus en plus dépendants de la 5G. Une opportunité certes, mais aussi une vulnérabilité si ces données et/ou leurs usages venaient à être captés et détournés par des parties adverses et tierces, soit directement sur les smartphones ou objets connectés, soit via des « portes » installées au sein des réseaux terrestres et sous-marins.

Depuis le début de l’année, les Etats-Unis ont mis une pression maximale sur leurs propres opérateurs Verizon et AT&T et sur ceux d’autres pays, afin qu’ils interdisent à Huawei leurs appels d’offre pour équiper leurs réseaux avec la technologie 5G, leur préférant les prestataires occidentaux Cisco, Nokia, Alcatel ou encore Ericsson.  L’Australie, l’Allemagne, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Pologne, la République Tchèque, et le Royaume-Uni ont ainsi banni Huawei et son concurrent chinois ZTE de leurs appels d’offre … Jusqu’à faire chanter les Polonais en brandissant la menace d’annuler la construction d’une base de l’OTAN chiffrée à $2 milliards. En revanche, la Corée du sud, la Russie, la Thailande et la France testent la technologie Huawei et/ ou l’installent avec des caveats : la France par exemple, interdira à Huawei de géolocaliser ses utilisateurs français. D’autres pays comme l’Italie et les Pays-Bas explorent toujours la possibilité d’utiliser Huawei ou ZTE versus d’autres fournisseurs occidentaux.

D’autre part, l’autre enjeu de tout premier ordre dans le déploiement de la 5G est celui de l’intelligence artificielle. Une façon de l’illustrer est d’imaginer les meta et micro données comme le « pétrole » nourrissant cette forme d’intelligence et le « machine learning » et les algorithmes comme « l’électricité » pour obtenir le résultat final qui permet de connecter toutes sortes d’objets chez les particuliers, au sein des villes, dans les applications militaires et de proposer des services qui vont préempter les souhaits des personnes ou des institutions avant même qu’elles n’en fassent la demande.

Puisque la puissance de la 5G augmentera de manière significative la quantité de données générées et échangées, ce pipeline sera un facilitateur et un conduit stratégique pour abreuver les algorithmes de ce « pétrole ». La quantité des données est donc absolument primordiale pour offrir un niveau inégalé dans la qualité de cette intelligence artificielle. Et la Chine, avec sa démographie cinq fois supérieure à celle des Etats-Unis, a d’emblée un avantage concurrentiel dans la quantité de données pouvant être captées et traitées. Plus encore si elle a accès aux données des populations d’autres nations via les applications des smartphones …

C’est donc sans surprise que la détérioration de la relation sino-américaine s’est creusée et qu’une escalade des tensions se manifeste de plus en plus explicitement depuis quelques semaines :  Google, Facebook et d’autres géants américains du Net ont annoncé qu’ils interdisaient à Huawei et aux autres acteurs chinois l’accès à leur Operating System/OS comme Androïd et à leurs applications.

Outre l’interdiction d’accès aux données, ce sont des décisions lourdes de conséquences et de risques in fine d’ordre stratégique car elles vont pousser l’entreprise chinoise (et peut-être aussi les Russes qui sait ?), à développer leur propre OS. Huawei a d’ailleurs réactivé son OS « Hongmeng » en sommeil depuis 2012.

Cette récente rétorsion américaine va donc engendrer une réaction en chaine à l’issue ultime encore imprévisible. Dans l’immédiat, c’est la complexité de gestion et les risques de confusion pour les consommateurs mais aussi les opérateurs téléphoniques et tout l’écosystème des développeurs d’applications qui vont exploser. En effet, au lieu de développer deux versions d’une même application et d’obtenir les certifications nécessaires de la part d’Apple et d’Android/Google, les développeurs devront désormais le faire à trois voire quatre reprises. Les coûts de maintenance et de mises à jour des applications vont exploser.

Malgré tout, cette action s’inscrit logiquement dans cette « ruée vers les données » car du point de vue des Etats-Unis, toute démarche qui limite l’accès des données afférentes aux milliards de comptes des applications est bonne à prendre.  « Malgré eux », les acteurs chinois vont s’affranchir de la domination américaine et exercer une nouvelle forme de souveraineté technologique et économique en développant leurs propres OS.

Il est probable que Huawei équipera de nombreux pays avec sa technologie 5G ; c’est logique par rapport à son expertise et à son poids dans le secteur et au rôle de premier plan de la Chine dans l’économie mondiale. Après tout, les Etats-Unis n’ont-ils pas équipé depuis les années 1920 la plupart des pays avec des ordinateurs personnels, des réseaux informatiques, des serveurs et des smartphones ? Nous sommes-nous posé les mêmes questions avec autant de discernement depuis lors sur l’accès aux données par leurs sociétés et le gouvernement américain ? Il est certain que les activités de la NSA et l’adoption des lois US « Cloud Act I et II » ont permis aux GAMFA (Google, Apple, Microsoft, Facebook et Amazon) et à l’Oncle Sam d’accéder aux données de milliards d’inter- et mobinautes.

L’appréciation de cette rivalité sino-américaine est sans doute le fruit de l’hypocrisie d’un empire jaloux envers la montée en puissance d’un autre, et nous ne pouvons que déplorer à nouveau l’absence de l’Europe comme acteur incontournable de ces développements technologiques et économiques majeurs. La guerre des OS aura bien lieu, et le « Vieux » continent sera en plein tir croisé.

 

*Christopher Th. Coonen, Secrétaire général de Geopragma

C. Galactéros sur Public Sénat à 18h40

Madame Galactéros est invitée de 18h40 à 19h sur le plateau de Public Sénat dans l’émission « On va plus Loin », présentée par Rebecca Fitoussi.

Les trois thèmes abordés seront :

-Emmanuel Macron soutient Angela Merkel pour la présidence de la Commission européenne

-Trump souhaite taxer le vin français

-Le journaliste russe Golounov est libéré

 

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

Le Billet du Lundi du 10 juin 2019, par Jean-Bernard Pinatel*

 

Avec l’Iran et le Venezuela, Trump manie le chaud et le froid. Il passe en six mois du risque de guerre à la négociation. Il est trop facile de considérer le Président des Etats-Unis comme un bonimenteur. En effet, il se déroule, derrière le brouillard des déclarations, une guerre économique féroce dont nous subissons nous aussi les effets : elle a été l’élément déclencheur de la crise des gilets jaunes dont, bien entendu, les causes sont plus diverses et plus anciennes.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie de tension avec le Venezuela et l’Iran ?

 

Selon différentes évaluations, le Venezuela est aujourd’hui le pays qui aurait des réserves prouvées de brut du même ordre, voire supérieures, à celles de l’Arabie Saoudite tandis que l’Iran se situe au quatrième rang mondial pour le pétrole brut et au premier rang pour le gaz naturel.

En dehors des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel, l’opinion américaine ne veut plus voir ses boys tués à l’extérieur à cause du pétrole alors même qu’avec le pétrole et le gaz de schiste extraits du sol américain les Etats-Unis deviennent auto-suffisants, voire exportateurs.

 

 

Le problème est que, malgré les efforts extraordinaires de productivité réalisés par l’industrie d’exploration-production américaine, le pétrole de schiste n’est compétitif que si les prix du brut restent supérieurs à 60 $ le baril. En effet, cette industrie a investi à perte pendant une dizaine d’années pour réussir le tour de force extraordinaire d’abaisser son seuil de compétitivité de 80 $ le baril aux alentours de 40 $ le baril pour les nouveaux projets. Mais il faut rajouter le poids de la dette contractée. En effet pour réaliser les investissements nécessaires, la dizaine de milliers de petits et plus gros entrepreneurs qui se sont lancés dans ce nouvel eldorado ont souscrit des emprunts auprès des multiples petites banques locales américaines. Celles–ci ont titrisé immédiatement ces emprunts qui se sont disséminés dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts et le remboursement de cette dette viennent donc s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation actuels.  Même si l’on manque d’études systématiques, la majorité des analystes avancent la nécessité d’avoir un baril de brut au-dessus de 60 dollars pour que ces dettes puissent être remboursées et que l’on n’assiste pas à une nouvelle crise semblable à celle des subprimes.

On comprend mieux alors les prédictions catastrophiques qui se sont multipliées quand le prix du brut est passé de 122 $ en janvier 2014 à 36 $ en janvier 2016, menaçant ainsi toute l’industrie de l’extraction du pétrole de schiste aux Etats-Unis et par contrecoup tout le système bancaire américain.

 

 

La guerre économique

Heureusement, l’option choisie par Trump, le business man, n’a pas été celle de Bush junior qui, selon plusieurs auteurs américains, considèrent que la guerre en Irak a été  « Blood for no Oil »

Pour Greg-Palast1, par exemple, la motivation première des conseillers de Bush était machiavélique : stopper la production de brut irakien pour maintenir les cours du brut aux alentours de 100$ et permettre ainsi de rentabiliser les investissements faits dans le pétrole et le gaz de schiste. « The invasion was not about « blood for oil », but something far more sinister: blood for no oil. War to keep supply tight and send prices skyward. Oil men, whether James Baker or George Bush or Dick Cheney, are not in the business of producing oil. They are in the business of producing profits ». 

Trump, pour l’instant, s’est contenté de l’effet des sanctions économiques contre le Venezuela et l’Iran.

Le 28 janvier 2019, l’administration Trump a interdit aux compagnies américaines d’acheter du pétrole vénézuélien tant qu’un nouveau gouvernement formé par l’opposant Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président, ne sera pas en mesure de recevoir les recettes. Les exportations vénézuéliennes de brut et de carburant ont depuis chuté de 1,7 millions à 920.000 barils par jour.

De même, les sanctions américaines contre l’Iran ont fait baisser les exportations iraniennes de 1,5 millions de barils par jour (bpj) entre 2018 et 20192. Les expéditions sont en moyenne de 1,0 à 1,1 million de barils par jour (bpj) depuis mars 2019 (selon les données de Refinitiv Eikon et de trois sociétés qui suivent les exportations iraniennes), alors qu’elles représentaient au moins 2,5 millions de bpj en avril 2018, un mois avant la dénonciation par les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien et le retour à des sanctions américaines visant l’Iran.

Les décisions de guerre économique prises par Trump ont ainsi privé le marché de l’ordre de 2,5 millions de barils jour.  L’effet s’est vite fait sentir sur le marché comme le montre le graphique précédent puisque le cours de baril de brut oscille aujourd’hui autour d’un point d’équilibre de 60$.

Une inconnue majeure demeure : combien de temps cet effet durera-t-il et maintiendra-t-il une tension sur le marché du brut ? Suffisamment de temps espérons-le pour que les dettes contractées soient remboursées et que les Etats-Unis ne se trouvent pas devant ce dilemme catastrophique d’accepter une crise financière qui peut contaminer le monde entier ou refaire une guerre  « for no oil » qui menacerait la Paix du Monde.

 

*Jean-Bernard Pinatel, membre fondateur et Vice-président de Geopragma 

 

Notes :

1. Greg Palast is a New York Times bestselling author and fearless investigative journalist whose reports appear on BBC Television Newsnight and in The Guardian. Palast eats the rich and spits them out. Catch his reports and films at www.GregPalast.com, where you can also securely send him your documents marked, « confidential ». Cité dans mon dernier livre : ”Histoire de l’islam radical et de ceux qui s’en servent”, Lavauzelle, 2011, page 146.
2.  https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/iran-baisse-des-exportations-de-brut-avant-meme-de-nouvelles-sanctions-us-1835846.php