Macron et l’Otan : “L’Europe demeure mentalement sous tutelle américaine”

Entretien avec Caroline Galactéros réalisé par Kévin Boucaud-Victoire

Dans “Vers un nouveau Yalta” (Sigest), recueil de chroniques publiées dans la presse, Caroline Galactéros trace les contours de l’équilibre géopolitique qui se met peu à peu en place. Entretien avec Caroline Galactéros, spécialiste de géopolitique.

Marianne : La Chine et les Etats-Unis nous mènent-ils à une nouvelle Guerre froide ?

Caroline Galactéros : Il me semble que poser la question en ces termes nous fragilise et nous empêche – nous, Européens, mais aussi les autres parties du monde, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine -, de voir la réalité dans sa complexité et ses opportunités. Cela nous emprisonne dans une prétendue alternative où nous n’aurions le choix qu’entre un “maitre” et un autre. Certes, le nouveau duo-pôle stratégique de tête entre Washington et Pékin – qui est autant un duel qu’un duo -, surdéterminera de plus en plus la vie internationale comme les chaines d’influence, d’intérêts et de dépendances. Cependant, le nombre des acteurs, comme l’intrication des intérêts et des enjeux font que le paysage international a profondément changé par rapport à celui qui prévalait durant la Guerre froide jusqu’au tournant du XXIe siècle, avec les attentats du 11 septembre 2001.

D’un point de vue stratégique, cette tragédie fut un coup de semonce aux dimensions telluriques. L’étoile américaine a dès lors commencé à pâlir en termes de crédit moral (discrédit aggravé à partir de 2003 et de l’invasion de l’Irak), mais aussi en termes de suprématie militaire et de crédibilité perçue. On a assisté à l’émergence de nouveaux modèles de puissance et de nouvelles ambitions jusqu’alors bridées, qui se consolident depuis, à la faveur des calculs hasardeux de l’Occident en matière d’intervention (Libye, Syrie, Yémen), de fiascos sécuritaires (Afghanistan, Irak), de nos graves inconséquences ou complaisances catalysées en terreur islamiste menaçant la cohésion des sociétés européennes. Sans parler des ingérences vécues comme de moins en moins justifiables, quelles que soient les parties du monde ciblées comme devant bénéficier de notre martiale bienveillance démocratique.

Le Sahel est un autre de ces théâtres immenses où se répand le désordre du monde et révèle notre difficulté croissante à y faire converger développement et lutte contre le terrorisme. Dans cette immensité, la France porte quasi seule le fardeau d’une mission retardatrice de la déstabilisation djihadiste sur fond d’États faillis et de menace migratoire. Elle vit, dans la chair de ses enfants tombés au combat, une impuissance structurelle que masquent de moins en moins l’excellence et l’héroïsme de nos armées. Ce drame se noue tandis que l’Amérique, avec l’Otan, y est en embuscade, et lorgne ce considérable marché sécuritaire et d’armements, et tandis que la Chine et la Russie sont elles aussi en lice. Moscou notamment, forte de ses succès syriens dans la lutte anti-djihadiste, commence à trouver un écho à ses propositions d’appui auprès de populations qui se sentent abandonnées, quand ce n’est pas flouées, par leurs pouvoirs comme par l’approche militaire française qui leur semble insuffisante face à la recrudescence de la violence et des effectifs des groupes armés. Ici comme ailleurs, l’urgence s’impose d’une réflexion désinhibée et sans tabous sur la sécurité de la région, loin des pressions américaines pour y installer l’Alliance ou de celles de Pékin. Seul un tel effort nous permettra de défendre notre crédibilité militaire, mais aussi nos intérêts et nos principes démocratiques.

Quoi qu’il en soit, pour l’heure, mis à part en Europe, qui peine décidément à sortir de sa gangue et à grandir enfin, il n’existe plus de réflexe ni de volonté de s’aligner sur l’un ou l’autre “camp”, même si Washington comme Pékin essaient évidemment, chacun à leur manière, de rallier des clientèles anciennes ou nouvelles et de sécuriser leur contrôle politique, militaire ou économico-financier sur le maximum possible d’acteurs. Des puissances régionales telles que la Turquie, l’Iran, ou même l’Inde, poussent chacune leur agenda. C’est évidemment aussi le cas de l’ancien deuxième “Grand”, la Russie, qui est toujours demeurée une puissance globale, mais peut désormais le réaffirmer pleinement depuis ses succès militaires et diplomatiques en Syrie et dans tout le Moyen-Orient. Plus généralement, le caractère totalement décomplexé des actes comme des paroles de tous ces acteurs illustrent les effets délétères de la destruction méthodique des règles et structures du multilatéralisme et le boomerang de la promotion détabouisée de l’intérêt national, grand vainqueur de ce jeu de massacre. Les Etats-Unis eux, ne se résolvent pas à voir émerger un autre empire et menacer leur préséance. D’où les crispations au sein de l’ONU, de l’OMC, la remise en cause de presque tous les accords et traités multilatéraux (et bilatéraux comme avec la Russie en matière de désarmement), et naturellement la crise de l’Otan, qui n’est pas en état de mort cérébrale mais souffre de fortes migraines depuis que certains alliés ont réalisé, à la faveur des agissements turcs en Syrie avec aval américain, que leur avis comptait décidément pour du beurre. Ce n’est pourtant pas un scoop !

France’s President Emmanuel Macron (2nd L) and Germany’s Chancellor Angela Merkel (R) look at US President Donald Trump (front L) and Turkey’s President Recep Tayyip Erdogan (front R) walking past them during a family photo as part of the NATO summit at the Grove hotel in Watford, northeast of London on December 4, 2019. (Photo by CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP)

Avec la Russie, n’existe-t-il finalement pas une tripolarisation ?

La Russie est une puissance globale qui a subi depuis 30 ans des coups de boutoir incessants de la part de l’Occident. Mais elle en a vu d’autres… Moscou a parfaitement mesuré, au contraire de l’Europe qui veut ignorer qu’elle est un simple outil d’affaiblissement de l’Eurasie voire une proie industrielle et technologique pour son grand Allié, qu’elle devait consolider sa puissance et son influence sous peine d’écrasement progressif entre la vindicte américaine et le “baiser de la mort” chinois. Puissance eurasiatique par excellence elle est plus que jamais l’acteur pivot de cet immense espace. Elle y poursuit méthodiquement l’intégration économique culturelle et sécuritaire autour de l’Union économique eurasiatique (l’UEE) et de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) notamment. L’UE ignore superbement (comme elle le fit pour les Nouvelles routes de la Soie chinoises) cette dynamique florissante à ses portes. Pourtant, l’UEE est la matrice d’un pendant à l’UE.

C’est évident. C’est en cours. Moscou recherche “l’intégration des intégrations” et à terme, souhaite inscrire son rapprochement avec l’Europe communautaire dans un schéma très gaullien d’une Europe l’atlantique à Vladivostok voire au-delà. Au lieu de persister dans notre sidération et notre complexe de l’orphelin transatlantique, nous aurions tout intérêt à inscrire le futur de l’Europe dans cette nouvelle dimension eurasiatique. Les opportunités économiques industrielles de coopération mais aussi sécuritaires nous donneraient une masse critique incontournable entre Chine et Etats-Unis. L’Eurasie est pour moi la « Nouvelle frontière » de l’expansion vers l’Est de l’ensemble européen. Et la prise de conscience de cette évidence pourrait permettre à la France de jouer un rôle moteur dans cette projection d’influence et de puissance.

Ce n’est pas pour rien que Zbigniew Brezinski dans Le Grand échiquier, a ingénument rappelé l’obsession américaine d’une fragmentation de l’Eurasie et d’une division de l’Europe de l’Ouest avec l’instrumentation de la “menace russe” comme vecteur d’un affaiblissement durable de l’ensemble européen. Cette ligne stratégique américaine est toujours à l’œuvre et totalement transpartisane. La pression pour l’élargissement de l’UE et de l’Otan à tous les anciens satellites soviétiques, la guerre contre la Serbie, la déstabilisation de la Géorgie et de l’Ukraine, la diabolisation de plus en plus ridicule de la figure de Vladimir Poutine : tout cela vise à rendre impossible – car dangereux pour la domination américaine sur le Vieux Continent -, un rapprochement de l’Europe avec la Russie qui signifierait la fin de la vassalisation pour nous et l’émergence d’un ensemble centrasiatique intégré selon des cercles concentriques et des coopérations sectorielles multiples, à géométrie variable, plus à même de résister aux offensives commerciales ou normatives américaines et chinoises. Seul peut-être Donald Trump avait-il compris l’intérêt de se rapprocher de Moscou contre Pékin et contre l’Europe. On sait ce qu’il lui en a coûté politiquement avec un Russia gate interminable et désormais la curée pour l’impeachment

Quel rôle peut jouer l’Union européenne dans tout cela ?

L’Europe demeure mentalement, plus encore qu’économiquement, sous tutelle américaine. Elle peine à sortir de son immaturité stratégique consentie. Elle a peur de devoir penser et plus encore se penser par elle-même. Trump ou pas Trump, les fondamentaux de la puissance et de l’impérialisme américain n’ont de fait pas bougé d’un iota. C’est la méthode qui a changé, et le gant de velours qui s’est simplement transformé en gant de crin…. Nous devons en tirer les conséquences et saisir cette opportunité pour nous penser en temps qu’ensemble de nations souveraines ayant des intérêts économiques, sécuritaires migratoires, stratégiques, technologiques, industriels et de défense propres. Il nous faut redéfinir l’intérêt national, ne plus opposer la souveraineté des nations européennes à la sauvegarde de l’ensemble européen, oser désobéir, refuser l’imposition destructive pour nos sociétés et nos économies d’une extraterritorialité injustifiable, et ne pas craindre de riposter. Le temps est venu d’une rébellion concrète non pour plastronner mais pour survivre. La France semble en passe de prendre, pour l’heure encore bien seule, la tête de cette croisade salutaire. Il faut juste du courage et tenir, car les représailles, pressions, chantages, intimidations vont pleuvoir pour tester notre détermination. Mais il en va de notre avenir commun.

L’OTAN nous range-t-elle forcément dans le camp des Etats-Unis ? 

Le sommet des soixante-dix ans de l’Alliance a mis en valeur l’ampleur de la discorde interne des visions, et surtout la prise de conscience française qu’il est temps de regarder la réalité en face. L’OTAN est en échec sur tous ses théâtres d’action. Nous ne contrôlons ni ne décidons rien en cette enceinte. Notre président a le courage de le dire et de briser une omerta embarrassée qui n’a que trop duré. L’OTAN, de fait, entretient les tensions et n’a à son bilan que des échecs à mille lieues de l’effet stabilisateur annoncé. Car son rôle est de persister dans l’être, de justifier un contrôle politique américain sur ses membres, de geler l’Europe au plan stratégique et de vendre des armes. Elle empêche structurellement l’Europe de s’émanciper alors que celle-ci en a les moyens, et que les “garanties otaniennes” -notamment le fameux « parapluie nucléaire américain »- ne sont plus crédibles à l’heure d’un pivot décisif et durable des préoccupations stratégiques américaines vers l’Asie et la Chine. Washington ne veut simplement plus payer pour la sécurité des Européens ni intervenir à leur profit, mais entend continuer à les diriger et à leur faire rendre gorge au nom du “partage du fardeau” … et au profit des marchands d’armes américains. Le reste est du decorum. Comment faire sans l’OTAN ? C’est assez simple en fait : commencer par renforcer considérablement notre “outil militaire” pour faire face au spectre élargi des menaces qui pèsent sur la sécurité de nos concitoyens et de nos intérêts, au loin comme sur le territoire national ; élargir notre vision à la dimension eurasiatique en termes sécuritaires et de défense ; initier des coopérations avec ceux qui le souhaitent sans exclusive ni naïveté ; enfin appuyer les efforts de ceux des États que l’unilatéralisme américain cible et affaiblit. Ils sont extrêmement nombreux. Alors le leadership français rêvé prendra corps et inspirera confiance et espoir.

Le Moyen-Orient est-il encore au centre de l’attention ? 

Il semble en effet sorti du scope en ce moment, mais c’est l’effet déformant du zapping médiatique et politique comme de la densité de l’actualité internationale. Je pense aussi que l’on se tait car on n’a plus grand-chose à dire ni de discours victorieux ou seulement martiaux à mettre en scène sans rougir. Les masques sont tombés. La France a été progressivement sortie du jeu moyen-oriental. Nos calculs politiques indéfendables moralement ont de plus échoué pratiquement. La Syrie a échappé au démembrement et est en passe de recouvrer son intégrité territoriale. Mais ce n’est pas fini pour autant. Les Etats-Unis nous ont laissé, avec la Turquie autorisée à agir à sa guise dans le Nord-Est syrien, une bombe à fragmentation redoutable. Grand allié du flanc sud de l’Alliance c’est-à-dire de Washington, Erdogan la représente de fait sur le théâtre syrien. Il sait à merveille jouer de son double positionnement stratégique pour Washington contre Moscou, et tout aussi important pour Moscou contre Washington…

Les Kurdes ont parié et perdu, mais leur sens pratique et leur instinct de survie les rallient à la cause syro-russe qui seule peut leur épargner la fureur ottomane. L’Iran, essaie en dépit de toutes les pressions de consolider son arc d’influence régional. Quant à Israël, il vient, après Jérusalem, de récupérer le Golan avec la bénédiction américaine (ce qui, au passage, remet la question de la Crimée en perspective) : Une provocation considérable pour les Libanais comme pour les Jordaniens et un nouvel encouragement à la déstabilisation régionale.

Et puis il y a le Yémen. L’inhumanité de cette guerre ingagnable où nous avons si coupablement joué les utilités et la folie saoudienne sont en passe de lasser même le parrain américain. Les Emirats Arabes Unis adoptent une attitude prudente…. Peut-être une brèche vers la sortie d’un conflit désastreux pour l’image moderniste du royaume wahhabite ? Rien n’est réglé et il est à parier que des scénarii guerriers occupent des centaines de planificateurs militaires au Pentagone.

Le “processus de Genève”, dédié à la sortie politique du conflit syrien et vicié dans son essence, est un échec flagrant. Mais la Russie, pragmatique et habile, a admis son “couplage” symbolique avec le Processus d’Astana dirigé par Moscou et bien plus efficace. Peut-être l’embryon d’une solution politique acceptable pour ce pays martyr qui a échappé à l’emprise islamiste radicale ? Les anathèmes contre « Bachar bourreau de son peuple » et les accusations d’usage d’armes chimiques de moins en moins étayées contre le régime syrien, tout cela doit nous faire réaliser que nous l’avons échappé belle. Que serait aujourd’hui le Moyen-Orient s’il était passé sous la coupe des Frères musulmans en Égypte, en Syrie avec les parrains qataris et turcs et les innombrables surgeons terrifiants d’Al-Qaida ? La France doit sortir de cette compromission criminelle et si dangereuse pour son propre équilibre national.Notre président pourrait exprimer, au nom de la France, un mea culpa sincère pour nos errements passés. Ce serait un coup de tonnerre diplomatique. Une renaissance. Un geste d’honneur que seul un homme d’État ayant une hauteur de vue et de cœur suffisantes peut faire sans crainte.

Un geste qui change la donne, libère les consciences. Rien à voir avec la repentance ridicule, tout avec l’honneur d’un chef d’Etat capable de reconnaitre que son pays s’est trompé, qu’il l’a lui compris et que tout peut être différent à l’avenir. Nous ne sommes pas frappés à jamais d’une malédiction et il est grand temps pour notre pays de définir une nouvelle politique étrangère indépendante et libre, qui nous sorte des fourvoiements moraux, des complaisances électoralistes ou des préoccupations mercantiles si peu à la hauteur des enjeux du monde et de ce que nous voulons être. Nous vendons des armes certes, et elles sont excellentes. Parmi les meilleures au monde. Notre industrie de défense est un pan important de notre socle d’emploi et d’excellence technologique. Mais nous ne devons plus être des proxys américains ou saoudiens qui vendent leur âme pour quelques contrats. Nous pouvons vendre à des Etats qui se défendent, plus à ceux qui mettent la planète à feu et à sang.

Sur tous ces sujets, l’inflexion présidentielle sensible, observable depuis quelques mois doit être saluée, car elle rompt avec des années de servitude volontaire à contre-emploi de nos intérêts comme de nos principes. Il faut réinventer notre politique étrangère, introuvable depuis 15 ans au moins, et prendre nos distances à l’intérieur ou en dehors s’il le faut, d’une Alliance atlantique dont le bilan est catastrophique mis à part celui de sa persistance dans l’être et de l’entretien de menaces inexistantes.

Source : https://www.marianne.net/debattons/entretiens/macron-et-l-otan-l-europe-demeure-mentalement-sous-tutelle-americaine

Alexis Feertchak : “Quand la Chine pousse les Etats-Unis à s’armer toujours davantage : un pied de nez à Reagan”

BILLET DU LUNDI du 21/01/2019 par Alexis Feertchak*

Faudra-t-il à l’avenir se méfier des cargos américains ? L’United States Naval Institute, un think tank proche de l’US Navy, a proposé dans un récent rapport de mettre en œuvre au sein de la marine américaine des cargos militarisés emportant des missiles de croisière déployés dans ce que les anglo-saxons nomment des Vertical Launch System (VLS), soit des silos de lancement verticaux. Une stratégie «low cost» qui pourrait permettre à Washington de gonfler ses capacités de frappe et de répondre d’une manière économiquement viable à la course aux armements qui l’oppose aux Chinois. Tout un symbole de la situation géostratégique dans laquelle nous nous trouvons : vu le niveau des dépenses militaires comparées aux PIB (3,5% pour Washington, 2% pour Pékin), les Etats-Unis ne vont avoir d’autre choix à l’avenir que se tourner vers des solutions moins coûteuses pour soutenir la pression. Dans cette affaire, la Chine d’aujourd’hui n’est pas l’URSS d’hier !

Les Etats-Unis n’ont plus le monopole du Tomahawk

L’idée de transformer un cargo civil en plate-forme lance-missiles n’est pas sans rappeler le concept américain d’«arsenal ship» à la fin des années 1990, alors que les missiles de croisière Tomahawk avaient été utilisés avec succès lors de la Guerre du Golfe et des guerres en ex-Yougoslavie. Il s’agissait déjà de concevoir une plateforme de fort tonnage permettant d’empaqueter le plus grand nombre possible de missiles pour augmenter la capacité de frappe de la marine.

Rappelons que le traité INF sur les armes intermédiaires (aujourd’hui remis en cause par Trump) liant Moscou et Washington, mais pas Pékin, empêche les Etats-Unis de frapper d’éventuels adversaires depuis la terre pour des portées allant de 500 km à 5500 km (qu’il s’agisse ou non d’une frappe nucléaire). Mais cette limitation ne concerne pas les missiles tirés depuis la mer. Les Etats-Unis ont donc pallié celle-là grâce à leur flotte : en quelques heures, la soixantaine de sous-nucléaires d’attaque, les 22 croiseurs Ticonderoga et les 66 destroyers Arleigh Burke répartis dans les six flottes de l’US Navy sont capables de tirer plusieurs centaines de missiles de croisière Tomahawk sur une large partie du globe. Cette capacité de frappe conventionnelle à haute précision est l’une des meilleures illustrations de la sur-puissance américaine en matière militaire. Après 1996, le projet d’«Arsenal ship» visant à renforcer encore davantage la flotte de destroyers et de croiseurs est néanmoins mis au placard, faute de financement, mais surtout parce que l’US Navy ne connaissait pas à l’époque de concurrents sérieux. L’Union soviétique n’avait jamais réussi à mettre en service un équivalent du Tomahawk et la flotte russe durant les années 1990 connut une déréliction rapide tandis que la Chine ne disposait alors que d’une marine côtière, pourvue de vieux navires soviétiques ou d’équipements indigènes très peu modernes.

Pourquoi le concept d’«arsenal ship» revient-il à l’ordre du jour ? Le sujet peut paraître anecdotique, mais il ne l’est pas tant que ça si l’on songe à ce qu’il symbolise. Jusqu’à il y a quelques années, les Etats-Unis disposaient d’un quasi-monopole en matière de frappes mer-sol. Or, premièrement, ce monopole n’existe plus. Avec son missile Kalibr, la Russie dispose d’un équivalent du Tomahawk qui a fait ses preuves en Syrie à de nombreuses reprises. Particularité russe : le Kalibr n’est pas réservé aux navires hauturiers, mais équipe de petites corvettes de moins de 1000 tonnes, ce qui permet à la Russie de posséder une force de frappe de plusieurs centaines de missiles pour un coût réduit. Du côté de Pékin, les destroyers les plus modernes de Type 052D (7500 t) et 055 (plus de 10.000 t) sortent en nombre des chantiers navals chinois. Equipés de plusieurs dizaines de silos pouvant emporter des missiles de croisière, ces navires constituent l’épine dorsale de la flotte hauturière chinoise. Notons au passage que d’autres pays se sont récemment équipés de missiles de croisière tirés depuis la mer : le Vietnam (et peut-être l’Algérie) possèdent le Kilo russe, la France (avec le MdCn emportée sur les FREMM), la Corée du Sud ou Israël disposent de leur propre missile tandis que le Royaume-Uni utilise le Tomahawk américain.

Deuxièmement, les diverses stratégies de déni d’accès, de mieux en mieux maîtrisées par la Chine ou la Russie, affaiblissent de facto les capacités de frappe américaines. Moscou et Pékin disposent de systèmes d’armement qui, combinés entre eux, réduisent l’efficacité de celles-ci, voire même la possibilité même de les effectuer dans certains cas. Citons :

  • des systèmes antiaériens/anti-missiles couvrant un spectre de plus en plus large : les S-400 (jusqu’à 400 km de portée) sont ainsi déployés en Syrie par la Russie mais n’ont cependant jamais été utilisés ;
  • des batteries côtières équipées de missiles anti-navires de plus en plus sophistiqués : les missiles balistiques chinois DF-21D sont un exemple paradigmatique ;
  • des radars de plus en plus perfectionnés : les Chinois ont déclaré en 2015 avoir suivi le vol d’un chasseur furtif américain F-22 en mer de Chine méridionale ;
  • des moyens de guerre électronique de plus en plus poussés : les Russes auraient utilisé en Ukraine et en Syrie plusieurs de ces systèmes, notamment le Krashoukha, dont les caractéristiques sont évidemment gardées secrètes, mais qui pourraient affecter plus ou moins efficacement la trajectoire des missiles.

Il ne faut pas exagérer l’invulnérabilité de ces bulles A2AD (Air Access Air Denial), qui donnent lieu à bien des fantasmes sur l’affaiblissement supposé des Etats-Unis, mais force est de constater que des contraintes grandissantes pèsent bel et bien sur la puissance militaire américaine. Nous en avons nous-mêmes fait les frais en 2016 lors des frappes occidentales contre la Syrie. Plusieurs semaines après, certains médias se sont fait l’écho de l’échec du lancement des MdCN depuis nos FREMM stationnées en Méditerranée orientale. En cause : le déploiement de la frégate russe Amiral Grigorovitch qui aurait actionné un système de brouillage électronique visiblement efficace.

L’US Navy face à une croissance impossible

Le concept d’un porte-conteneurs militarisé transformé en lance-missiles prend son sens dans ce contexte d’un affaiblissement relatif de la marine américaine. Si la marine russe restera une puissance principalement littorale (hormis en matière de sous-marins nucléaires où ses prétentions sont supérieures), la marine chinoise devrait occuper toujours plus les océans : elle pourra compter d’ici 2020 sur une soixantaine de destroyers modernes et sur autant de frégates. D’ici 2025, 4 porte-avions (2 STOBAR et 2 CATOBAR, dont un à propulsion nucléaire comme les Américains et le Français) viendront augmenter considérablement ses capacités aéronavales.

Conscient de ce risque, Donald Trump a annoncé sa volonté de voir le format de l’US Navy passer à 355 navires, contre 270 aujourd’hui. Mais l’administration autant que les Think Tank américains sont unanimes : les Etats-Unis ne disposent pas des capacités financières et industrielles pour réaliser un tel bond avant trente ans. «Le coût de la construction et de l’exploitation de la flotte proposée s’élèverait en moyenne à 109 milliards de dollars par an (2018 dollars) jusqu’en 2047, au moins un tiers de plus que le montant affecté à l’exercice 2016 pour la flotte actuelle de 275 navires», explique le think tank, citant le Congressional Budget Office (CBO). Difficile en effet d’augmenter le format de la flotte alors que les programmes les plus récents – porte-avions nucléaires Gerald Ford, destroyers Zumwalt, littoral combat ships Freedom et Independence – accusent tous des retards, des surcoûts et des problèmes techniques considérables. En d’autres termes, la croissance de la marine américaine, si elle repose sur le renforcement des programmes actuels et la poursuite de programmes plus anciens (notamment le destroyer Arleigh Burke qui devrait frôler les 100 exemplaires construits), n’est pas soutenable, même pour la première économie du monde.

Une solution «discount»

Missiles Kalibr en conteneurs

Dans ce cadre, la proposition de l’US Naval Institute apparaît comme une solution «discount» ou «low cost». Utiliser des porte-conteneurs civils peu chers à l’achat (25 à 50 millions de dollars par coque) et les doter de systèmes modulaires de lancement de missiles de type «plug-and-play». Concrètement, il pourrait s’agir de conteneurs amovibles similaires à ceux utilisés dans le civil, mais équipés de missiles et d’un poste de commandement intégré. Ce système de missiles conteneurisés est déjà développé en Russie : certaines corvettes russes (Bikov et Derzkiy) devraient en être équipées dans les prochaines années. Pour un coût relativement modique, ces cargos civils seraient facilement transformables en navires lance-missiles. Déployés au sein d’une Task Force, ils utiliseraient pour réaliser leurs frappes les coûteux capteurs des destroyers et croiseurs qui les accompagneraient.

L’US Naval Institute met l’accent sur un autre point particulièrement pragmatique. Le think tank estime en effet que la marine américaine ne doit pas répéter l’erreur des «Arsenal ships» pensés dans les années 1990. Ceux-ci devaient emporter plusieurs centaines de missiles, ce qui est certes possible en théorie, mais dangereux car cela reviendrait à «mettre tous ses œufs dans le même panier». Le problème déjà soulevé par certains stratèges pour les porte-avions surgirait là aussi : ces navires sur-armés et coûteux risqueraient de devenir une cible de choix pour les flottes ennemies, un peu comme les cuirassés durant la Seconde Guerre mondiale. Certains parlent d’ailleurs aujourd’hui de plateformes de lancement pour drones qui pourraient s’avérer beaucoup plus légères et beaucoup moins coûteuses que les «super carrier» américains de 100.000 t. De même, d’où l’idée de l’US Naval Institute de se limiter à des cargos pouvant emporter seulement 30 à 50 missiles (soit environ le nombre déployé sur un destroyer léger). Le think tank américain estime qu’une quinzaine de ces navires permettrait d’augmenter le nombre de VLS de 600 au sein de la flotte. Par comparaison, la France, avec 6 FREMM, déploie 96 MdCn – les deux dernières FREMM sont destinées à la lutte aérienne.

Pied de nez à Reagan

Dans la mesure où il ne s’agit que d’une proposition d’un think tank, n’en disons pas plus, mais demandons-nous en revanche ce que pourrait symboliser cette idée d’un «arsenal ship low cost». Depuis quand les think tank américains ont-ils l’idée de faire du «discount» ? N’est-ce pas étonnant pour la première armée du monde qui prévoyait, il y a encore quelques années, de construire 32 (contre 3 aujourd’hui) destroyers Zumwalt, assez semblables dans leur dessin aux croiseurs intergalactiques de Star Wars et qui coûtent la bagatelle de 4,2 milliards de dollars l’unité (sans les coûts de recherche et de développement…) ? En réalité, c’est tout un modèle militaro-industriel post-Guerre froide qui semble menacer de s’écrouler, faute de moyens suffisants. Et c’est un sacré pied de nez à la stratégie de Ronald Reagan dans les années 1980 qui consista à accélérer la course aux armements avec l’URSS pour la pousser financièrement dans ses derniers retranchements. On estime que les dépenses militaires de l’URSS au début des années 1970 représentaient entre 5 et 10% du PIB soviétique, contre près de 30% vers 1989. Pendant ce temps-là, les Etats-Unis qui étaient tombés à 4,7% en 1978 ne sont remontés qu’à 6,6% en 1982, avant de redescendre progressivement jusqu’à 2,9% en 2001. La vraie-fausse «Guerre des étoiles» de Reagan a parfaitement porté ses fruits.

Mais la situation aujourd’hui n’est plus la même et peut même paraître inversée : le budget militaire américain (610 milliards de dollars en 2017) représente plus de 3,2% du PIB des Etats-Unis. La Chine ne dépense qu’1,9% de son PIB en matière de défense (228 milliards de dollars). Autre différence, celle du taux d’endettement public entre les deux pays (48% du PIB pour la Chine en 2017 ; 105% pour les Etats-Unis en 2017). On le voit : les Etats-Unis ne pourront pas jouer avec la Chine le même jeu qu’avec l’Union soviétique. En réalité, c’est plutôt Pékin qui, en augmentant régulièrement ses capacités militaires sans se mettre pour autant en danger financièrement, pousse les Etats-Unis à en faire encore plus alors qu’ils se situent déjà à un niveau très haut de dépenses militaires. Si la Chine double par exemple ses dépenses militaires, elle ne serait toujours qu’à 4% de son PIB en dépenses militaires. Les Chinois ont donc encore une très importante marge de manœuvre : le pivot militaire des Américains vers l’Est qui paraît aujourd’hui déjà difficilement engagé pourrait l’être bien davantage demain. Par exemple, Pékin, qui continue aujourd’hui à connaître un retard certain en matière de sous-marins nucléaires (SNA & SNLE), investit massivement dans ce domaine. Comment les Américains, qui en possèdent plus d’une soixantaine, réagiront-ils lorsque la Chine en alignera ne serait-ce que moitié moins ?

La stratégie de Pékin est double : en matière militaire, devenir un peer-competitor des Etats-Unis au moins dans la région Asie-Pacifique ; en matière politique, pousser les Etats-Unis dans une course aux armements qui dégradera les indicateurs macroéconomiques américains et dans laquelle les Chinois sont décidés à ne pas jouer le rôle des Soviétiques.

* Membre fondateur de Geopragma, Alexis Feertchak est journaliste au Figaro et créateur du site iPhilo.

Ch. Coonen : “L’Hyperpuissance versus l’Empire du Milieu ou ‘OK Corral à Las Vegas’»

BILLET DU LUNDI du 14/01/2019 par Christopher Th. Coonen*

La galaxie des entreprises vendant des produits et services électroniques, des voitures, des services de santé, de la domotique, des drones, de l’économie numérique et toutes sortes d’objets connectés a quitté ses bureaux habituels pour prendre ses quartiers au « Consumer Electronics Show » (CES) à Las Vegas le 7 janvier 2019 pour quatre jours. Certains disent même que ce qui n’était à l’origine (en 1967) qu’un salon destiné à vanter les téléviseurs et leurs accessoires est devenu le plus grand salon automobile de la planète.

Cette grand-messe annuelle est l’occasion pour les start-ups et les grands groupes de dévoiler leurs produits dernier-cri. La France y était très bien représentée cette année avec plus de 381 « jeunes pousses » – en plus grand nombre que celles des Etats-Unis. L’autre nation qui a fait parler d’elle, mais en sens inverse, était la Chine. Car ses entreprises ont été 25% moins nombreuses à y assister qu’en 2018, leurs dirigeants ayant décidé de bouder le « show » et les USA, dans le maelstrom de la guerre commerciale entre ces deux empires rivaux. Et certains d’entre eux ont aussi eu peur de se faire arrêter comme l’a été la Directrice Administrative et Financière de Huawei, Meng Wanzhou, détenue au Canada depuis décembre sous mandat d’arrêt international américain pour de possibles violations de sanctions américaines envers l’Iran. Ou encore le directeur commercial de Huawei arrêté lui en Pologne en janvier. Deux alliés proches et dociles de Washington.

Leur rivalité bien sûr revêt de nombreuses dimensions : économique, militaire, spatiale, géopolitique, et concerne l’extension de leurs zones d’influence terriennes et virtuelles respectives.

 

Ladite guerre commerciale à coup de droits de douane sur l’acier semble en effet non pas accessoire mais secondaire par rapport à la course à l’innovation qui porte sur les objets connectés – ces derniers ayant d’évidence des applications militaires très puissantes et à large portée. Et une course à la domination monétaire.

En effet, si le dollar est bien sûr toujours la devise de référence des échanges internationaux et le restera sans doute encore quelques années, le yuan prend de l’épaisseur, non seulement du fait de la taille grandissante de l’économie chinoise qui deviendra la première puissance économique mondiale d’ici 2030, mais aussi du fait de sa position chaque jour plus incontournable dans les échanges avec certains pays comme l’Iran, le Pakistan et d’autres… La Banque Centrale de Russie a annoncé la semaine dernière qu’en mai 2018, elle avait vendu un quart de ses réserves en devises, soit 101 milliards de dollars, pour les placer à hauteur de 44 milliards sur le yuan, autant en Euros et le solde… en Yen.

Le Yuan est donc non seulement devenu une valeur refuge mais aussi une valeur anticipatrice de la « bascule du monde » vers l’est et un témoin de l’émergence progressive d’un second empire face à l’américain.

Sur la concurrence à l’innovation des objets connectés, il y a essentiellement deux dimensions, « connectées » entre elles : les applications « business-to-consumer » et celles relevant de la collecte des « big data » à des fins d’enrichir l’intelligence des services de renseignement et structures militaires.

Comme le résume un article paru dans le journal numérique américain “Lifehacker” du 14 février 2018 :

“Si vous êtes sur le marché pour acheter un nouveau smartphone, six directeurs d’agences de renseignement des Etats-Unis vous recommandent de ne pas le faire auprès des constructeurs chinois Huawei et ZTE. Les témoignages de ces chefs de la CIA, du FBI, de la NSA, ainsi que celui du Directeur de la Sécurité Nationale soulignent les risques d’utiliser ces smartphones. En bref, ces sociétés sont suspectées d’utiliser ces téléphones mobiles et les réseaux de fibre afin d’espionner les individus, collecter illicitement des informations, et de créer des pannes d’utilisation. Verizon, la plus grande entreprise de téléphonie mobile aux USA, a ainsi cessé d’offrir les smartphones ZTE et Huawei à ses consommateurs américains ».

Tous les iPhones d’Apple et la majorité de ceux de Samsung sont également fabriqués en Chine… Même si tous ces smartphones étaient (ou sont) équipés lors de leur fabrication de logiciels espions profitant aux services de renseignement et militaires chinois, cela ne serait jamais qu’une « réponse du berger à la bergère » tant on sait, depuis les révélations d’Edward Snowden et de WikiLeaks que l’espionnage pratiqué par la NSA sur les téléphones, les SMS, les emails est d’envergure mondiale, jusqu’aux chefs d’Etat…

Une autre dimension de cette inimitié entre les deux empires concerne les ordinateurs personnels : en rachetant les activités PC d’IBM en décembre 2004, le chinois Lenovo est devenu le premier constructeur mondial en chiffre d’affaires. Encore un objet connecté leader tombé dans l’escarcelle de l’Empire du Milieu…

Et puis, il y a la dimension duale des objets connectés et en premier lieu des drones à des fins purement militaires et/ou renseignement. Les deux rivaux le savent et subventionnent la R&D civile leur permettant de développer des applications militaires notamment des drones « fantômes », indétectables par des radars et autres systèmes de défense, comme le furent naguère les avions US SR-71 et les hélicoptères Black Hawk, rendus célèbres dans transport de « Navy Seals » qui éliminèrent Oussama Ben Laden au Pakistan le 2 mai 2011. Et sur des drones à l’origine destinés au transport de personnes en ville qui pourraient devenir des transports de troupes et/ou de commandos.

En termes de contrôle social et politique, les possibilités de ces objets sont aussi nombreuses pour la surveillance de la population chinoise…ou américaine. Afin de mettre en œuvre par exemple le « crédit social » chinois si cher au Président Xi Jinping et à son Politburo, gage de survie du Parti Communiste chinois. Il faut dire que les cycles dynastiques de ces deux derniers millénaires ont marqué les esprits. L’idée étant de donner à chaque citoyen, à sa naissance, un certain nombre de points, qui augmentera ou baissera en fonction de de ses comportements plus ou moins « orthodoxes » avec la ligne du parti. Avec à la clé la punition ou la récompense de l’individu par rapport à ses concitoyens en termes de prestations de l’Etat, d’autorisation de quitter le territoire national, de faire éduquer ses enfants, d’obtenir certains types d’emploi, etc…

Les enjeux de cette rivalité sont donc considérables. Les deux empires s’affrontent en miroir sur ces questions éminemment stratégiques et sur le temps long. Les USA ont peut-être gagné le premier « round » de cet « OK Corral » à Las Vegas la semaine dernière. Mais ce n’est que le début de cet affrontement qui aura des ramifications tectoniques dans les décennies à venir. Et nous ne pouvons que déplorer une fois encore, le « silence radio » de la France et de l’Europe. C’est positif d’être très bien représenté ; encore faudrait-il qu’il y ait derrière cette présence une vraie volonté stratégique qui dépasse les montres connectées ou la possibilité de tirer les rideaux de son salon à distance.

* Christopher Th. Coonen est secrétaire général de Geopragma.