Veille effectuée par Edmond Huet*

20/06

L’Irak et la Chine reprennent leur coopération sur l’exploitation du pétrole d’Irak.

22/06 

La société russe Gazprom déclare que le projet Nord Stream 2 verra bel et bien le jour d’ici la fin de l’année 2020, au plus tard début 2021.

24/06

Le Fonds Monétaire International (FMI) revoit ses prévisions pour l’économie de l’Arabie Saoudite et annonce une contraction du PIB saoudien d’environ 7% et un déficit budgétaire doublé par rapport à 2019.

Évolution des cours du 18/06 au 24/06 :

  • Le baril de Brent était à 40,31$ à la clôture du 24/06, soit une évolution d’environ -0,98% par rapport au 18/06.
  • Le baril de WTI (West Texas Intermediate) était à 38,01$ à la clôture du 24/06, soit une évolution d’environ +0,1% par rapport au 18/06.

La timide évolution du cours du baril cette semaine reflète l’atmosphère actuelle du secteur pétrolier : le maintien dans l’expectative. Dans cette période d’attente et d’incertitude, les premières prévisions quant à l’avenir à long terme du cours commencent à paraître. Certaines, optimistes, misent sur un retour du baril à 100$. D’autres se montrent plus circonspectes et prévoient une stabilisation du baril aux alentours de 50$, un cours bien plus faible et certes moins enthousiasmant, mais qui serait déjà une bonne nouvelle pour un secteur qui n’a pas connu le baril à 50$ depuis plusieurs mois maintenant.

C’est un fait : la crise pétrolière n’a épargné aucun pays producteur. C’est pourquoi il semble difficile de prétendre qu’un pays en particulier est sorti vainqueur du chaos de ces derniers mois. Mais on peut se demander, à l’inverse, quels seront les pays les plus meurtris sur le long terme. Et à ce jeu, force est de s’interroger sur l’avenir des pays qui étaient fortement dépendants de leur rente pétrolière : en premier lieu, l’Arabie Saoudite.

L’apparition du Royaume wahhabite sur la scène internationale au XXème siècle était la conséquence logique de la découverte, après la Seconde Guerre mondiale, d’immenses réserves pétrolières sur cette vaste péninsule. Pendant longtemps, la stabilité de ce nouvel État est alors garantie par sa prédominance sur le reste du monde sunnite, et par la présence de l’allié américain – perçu comme indéfectible car trop dépendant du pétrole que les Saoud ont à offrir.

Cette longue stabilité n’est aujourd’hui plus acquise. Et à ce titre, l’épidémie de coronavirus est à la fois une cause et un symptôme de la fragilité du Royaume. Une cause, d’une part : la chute effrayante du prix du baril n’a fait que révéler, une fois encore, la dangereuse dépendance de l’Arabie Saoudite vis-à-vis de ses revenus pétroliers. Dans un pays où la population civile, les acteurs économiques et la survie des institutions elles-mêmes dépendent essentiellement des recettes pétrolières, la chute de ces recettes plonge Riyad dans l’embarras.

Mais la crise provoquée par l’épidémie est aussi un symptôme de cette fragilité. Car la crise pétrolière a sans doute fait prendre conscience aux Saoudiens que l’entreprise de modernisation du Royaume dans laquelle s’est lancé l’impétueux prince héritier, Mohammed Ben Salmane, est une aventure risquée. Disputes au sein de la monarchie, intervention au Yémen, chute des revenus pétroliers et surtout affaiblissement du lien qui unissait naguère Riyad et Washington sont autant de symptômes d’un Royaume devenu instable. Alors que le premier pilier de la stabilité du Royaume – l’allié américain – se fissure peu à peu, c’est un autre pilier du Royaume qui est aujourd’hui remis en question : la domination idéologique de l’Arabie Saoudite sur le monde sunnite. Longtemps acquise, la prédominance wahhabite doit aujourd’hui faire face au défi posé par un acteur que nous connaissons, et que nous savons incontournable, la Turquie d’Erdogan. Entre un Mohammed Ben Salmane jeune et ambitieux, et un Recep Tayyip Erdogan qui se plaît à faire miroiter au peuple turc la promesse d’une restauration de la grandeur ottomane, c’est une véritable lutte pour la domination du monde sunnite qui s’engage, une lutte qui sera certainement structurante pour l’avenir du Moyen-Orient.

Toujours au Moyen-Orient, légèrement au-dessus de l’Arabie Saoudite, l’actualité énergétique de cette semaine nous emmène vers un autre pays clé : l’Irak. L’Irak avait en effet signé, en septembre 2019, une série de memoranda d’entente avec la Chine en vue d’une coopération entre les deux pays pour l’exploitation du pétrole irakien. Cette semaine, le comité parlementaire irakien sur les investissements économiques s’est justement prononcé en faveur de la poursuite de cette coopération. Cette coopération est ambitieuse : le matériel et la technologie chinoise doivent permettre à l’Irak d’augmenter significativement sa production de barils à l’horizon 2030.

L’Iran s’est empressé de féliciter cette coopération, ce qui peut sembler surprenant : il semble au premier abord que la coopération entre l’Irak et la Chine soit avant tout économique, et non politique. En réalité, l’Iran voit dans la coopération sino-irakienne une nouvelle opportunité de soustraire Bagdad à l’influence occidentale et d’ancrer l’Irak dans un plus vaste partenariat avec la Chine. Téhéran a ainsi annoncé déployer des milices chiites qui seront en charge de sécuriser les usines, les infrastructures et la technologie apportées par la Chine en Irak. La Chine, pour sa part, sait à quel point l’Irak est un pivot idéal pour les « Nouvelles Routes de la Soie ». La route chinoise vers l’Europe doit en effet passer par le Nord de la mer Caspienne, grâce au Kazakhstan et à la Russie, mais, grâce à l’Irak, elle peut à présent rejoindre l’Europe par le Sud de cette même mer Caspienne, en suivant l’axe Iran-Irak-Turquie. L’actualité énergétique de cette semaine dévoile ainsi une nouvelle pièce du gigantesque puzzle « One Belt, One Road » imaginé par Pékin.

*Edmond Huet, stagiaire chez Geopragma

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