Article paru sur le site LeFigaro.fr (Renaud Girard : « Quatrième échec américain dans les changements de régime en terre d’islam ») rédigé le 25 mai 2026 par Renaud Girard, membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma.

Dans un tweet qu’il a envoyé le samedi 23 mai 2026 au soir, Donald Trump a annoncé que son pays était proche d’un accord avec la République islamique d’Iran. Il ne s’agit bien sûr pas d’un accord général (« grand bargain ») et définitif sur tous les différends existants entre l’Amérique et la Perse – programmes nucléaire et balistique iraniens, axe chiite au Moyen-Orient, avoirs iraniens gelés, sanctions commerciales contre Téhéran, réparations de guerre, etc. -, mais d’un simple accord transitoire reposant sur cinq points : prolongation du cessez-le-feu pour une durée de soixante jours, réouverture par l’Iran du détroit d’Ormuz sans droit de passage, levée du blocus américain sur les ports iraniens, suspension des sanctions américaines sur les ventes de pétrole iranien, rétablissement d’un programme de négociations nucléaires américano-iraniennes.

Certains faucons américains, comme le sénateur républicain Lindsey Graham, ont fustigé cette « reculade » de Trump. Ils voulaient sans doute la reprise de la guerre sous forme de bombardements, puisque personne n’est assez fou, ni chez les Américains ni chez les Israéliens, pour préconiser une invasion terrestre de l’Iran.

Mais que frapper en Iran qui n’ait déjà été détruit par les 20 000 frappes ciblées de la campagne américano-israélienne ayant duré du 28 février au 8 avril 2026 ? Les faucons néoconservateurs voudraient-ils reprendre la destruction de toutes les infrastructures de l’Iran, ports, ponts, routes, aciéries, universités, centrales électriques ? Drôle de programme pour des gens qui avaient encouragé cette guerre dans le but de « protéger la population iranienne » ! On ne voit pas en quoi la population iranienne serait heureuse de vivre dans un pays encore plus économiquement dévasté qu’en janvier 2026, lorsqu’elle était descendue dans la rue pour protester contre l’inflation et la vie chère.

Trump a incontestablement commis une erreur stratégique. Il a cru, contre l’avis de ses généraux et amiraux, le scénario irénique qu’étaient venus lui vendre le premier ministre israélien et le chef du Mossad, le 11 février 2026, à Washington. Après sa décapitation, le régime théocratique était censé s’effondrer, et être remplacé à Téhéran par un gouvernement de transition proaméricain et pro-israélien. On voyait, dans les capitales occidentales, au début du mois de mars, des Iraniens de la diaspora manifester en brandissant des bannières étoilées et des drapeaux frappés de l’étoile de David.

Mais les choses ne se sont pas passées comme l’avaient prévu Benyamin Netanyahou, David Barnea, et leurs amis néoconservateurs américains. Le régime iranien ne s’est pas effondré. Il ne s’est même pas fissuré sous le choc extrême de la décapitation de ses principaux dirigeants et de destructions matérielles considérables. Aucune défection de responsables, aucune capitulation d’unités militaires, maintien même d’une capacité de frappes sur les intérêts des Américains et de leurs alliés sunnites dans le golfe Persique.

Entraînés par l’idéologie néoconservatrice, les Américains ont sincèrement cru qu’ils pouvaient exporter, fût-ce par la force, leur modèle démocratique dans des contrées lointaines relevant de civilisations différentes

Aucune révolution n’est venue chasser les ayatollahs du pouvoir. Tout s’est passé comme si la guerre israélo-américaine avait au contraire provoqué un effet de ralliement de la population iranienne bombardée autour de son drapeau, et donné un coup de fouet à une théocratie dictatoriale qui semblait, à maints égards, moribonde.

Autant la guerre ne réussissait pas à obtenir le moindre gain politique en Iran, autant elle parvenait à provoquer une pénurie énergétique sévère dans le monde entier, avec toutes les conséquences économiques induites, pour le Moyen-Orient, pour l’Inde, pour l’Afrique, pour l’Europe, mais aussi pour les lointains États-Unis d’Amérique.

Rappelons que deux jours avant la guerre, le jeudi 26 février 2026, il y avait eu une séance de négociations nucléaires américano-iraniennes, qualifiée de constructive par les médiateurs omanais. Les Américains et les Iraniens devaient théoriquement se retrouver le lundi d’après, à Vienne, pour éclaircir certains points techniques d’une potentielle dénucléarisation iranienne. Mais Trump en avait décidé autrement, en ordonnant l’attaque surprise du 28 février contre l’Iran.

Avec sa guerre de six semaines, Trump n’avait obtenu aucun gain politique positif. En négatif, il avait provoqué une crise économique et la fermeture d’un détroit par lequel passent 20 % des approvisionnements énergétiques mondiaux. Il a aujourd’hui compris qu’il avait été trompé par Netanyahou et il a décidé d’arrêter les frais. Errare humanum est, perseverare diabolicum. Trump a eu la lucidité de comprendre son erreur et de ne pas vouloir s’y enferrer. Ce n’est pas moi qui le blâmerai sur ce point. Il n’y a que les idiots qui, confrontés à la réalité, ne changent pas d’avis.

Toute la question est désormais de savoir quand reprendront les négociations nucléaires américano-iraniennes et comment les Américains parviendront à obtenir la dilution des 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % que détenaient les Iraniens avant la guerre – dont une partie a peut-être été ensevelie sous les décombres du pays bombardé. La dénucléarisation militaire de l’Iran est devenue l’unique but de guerre américain. C’est un but qui a le mérite d’être clair, et d’être conforme au traité de non-prolifération nucléaire (TNP), dont l’Iran est signataire.

Le revirement de Trump rappelle la difficulté qu’il y a pour les Occidentaux à mener des guerres de changement de régime dans les pays musulmans. Entraînés par l’idéologie néoconservatrice, les Américains ont sincèrement cru qu’ils pouvaient exporter, fût-ce par la force, leur modèle démocratique dans des contrées lointaines relevant de civilisations différentes. On se souvient qu’à la conférence de Bonn de décembre 2001, les Américains, qui venaient de se rendre maîtres de Kaboul, avaient expliqué au monde entier qu’ils allaient « démocratiser » l’Afghanistan…

Après avoir échoué à apporter par la force la démocratie à l’Afghanistan, à l’Irak, à la Libye (sur une proposition hélas française), l’Amérique a cru qu’elle y arriverait en Iran. C’est son quatrième échec en terre d’islam au XXIe siècle.

Est-ce à dire que le régime dictatorial iranien ne changera jamais ? Non. Si l’Iran est réintégré dans la communauté internationale, si les échanges commerciaux se multiplient, si le tourisme reprend, nul ne peut exclure une transformation interne et progressive du pouvoir. C’est une hubris occidentale de croire qu’on peut imposer aux autres civilisations son modèle par la force. Cela ne peut marcher que par l’exemple.

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1 Comment

  1. Roland Paingaud

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    R.Girard
    le larbin de presse apatride, nous révèle magnanimement que ses maîtres, le judéo-américanisme mafieux, ont comme qui dirait fait des petites erreurs de calcul dernièrement.

    Ces serpillères invétérées seront pro-RUSSIE-CHINE dans la presse de demain s’ils vivent encore.

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