Billet du Lundi 03 juin 2024 par Jacques Myard membre du Conseil d’administration de Geopragma et Membre Honoraire du Parlement & Maire de Maisons-Laffitte. A l’approche des commémorations du débarquement allié en Normandie cette allocution donnée à l’occasion du 8 mai 2024 illustre le rôle également joué par la Résistance dans la libération de la France.

Le 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy signe l’armistice.

La bataille de France fut une grande bataille.

Pour le général de Gaulle, rien n’est perdu, car cette guerre est une guerre mondiale.

« La France a un empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’empire britannique qui tient la mer et continue la lutte »

En dépit du drame de l’attaque anglaise à Mers-el-Kebir du 3 au 6 juillet 1940 sur l’escadre de la Marine nationale par la Royal Navy, le combat contre l’Allemagne nazie doit se poursuivre.

Lutter contre l’Allemagne nazie, c’est d’abord réarmer les esprits. A la guerre, nous rappelle Bonaparte, la décision est emportée pour un tiers par les forces matérielles et pour les deux tiers par les forces morales.

Il en découle une double mission :

–       Réarmer les esprits en France

–       Combattre avec les Alliés ;

La France est abasourdie mais l’esprit de résistance enfoui dans le tréfonds de la nation depuis des temps immémoriaux renaît avec colère et détermination.

Ce qui fut d’abord des actes de résistance isolés, des actes de courage devint sous l’impulsion de Jean Moulin le Carnot de la Résistance, la résistance française.

La résistance française dont le général Dwight Eisenhower salua la valeur stratégique lors du débarquement, l’équivalent de deux divisions.

Dans son ouvrage Croisade en Europe, paru en 1949, le général en chef des forces alliées écrit de la Résistance qu’elle a

« joué un rôle particulièrement important. Les résistants ont été extrêmement actifs en Bretagne et en tous points du front (…) Sans eux, la libération de la France et la défaite de l’ennemi en Europe occidentale auraient été bien plus longues et nous aurait coûté davantage de pertes. »

Dès le 1er juillet 1940, de Gaulle met sur pied les Forces de la France Libre, les FFL, pour continuer le combat avec les Alliés.

Le 1er juillet 1940, la 1ère brigade de la légion française compte 1300 hommes radiés du corps expéditionnaire de Norvège.

Le 8 juillet, ils sont plus de 2700.

Le 15 août, le vice-amiral Muselier, l’inventeur de la croix de Lorraine pour les FFL devient le commandant des forces navales françaises libres.

Fin 1940, 400 aviateurs rejoignent les forces aériennes libres.

Ces FFl s’engagent sur les champs de bataille avec les Alliés.

Le 2 mars 1941, le capitaine Philippe de Hauteclocque, futur Leclerc, 37 ans, fait jurer par ses hommes de ne pas cesser le combat avant que flotte le drapeau français sur Strasbourg

« Jurez de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs flottent sur la cathédrale de Strasbourg. »

Serment de Koufra 2 mars 1941

En Libye, à Bir Hakeim, du 26 mai au 11 juin 1942, la première brigade française commandée par le général Koenig arrête pendant deux semaines l’AfrikaKorps, lui interdisant d’accéder à Suez.

Les FFL sauvèrent la 8e armée britannique, fort malmenée, qui peut se regrouper sur des lignes fortifiées.

Le 1er août 1943, les FFL fusionnent avec l’armée d’Afrique commandée par le général Henri Giraud.

L’armée française de libération est née avec

la 1ère division française libre 1ere DFL

la 2e division blindée la 2e DB

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord,

C’est l’opération TORCH, au Maroc et en Algérie sous contrôle de Vichy ; c’est un succès appuyé par une poignée de résistants en dépit du rôle néfaste des forces de Vichy.

Hitler envahit la zone libre, c’est la fin d’une illusion.

Le 11 novembre 1942, 80 000 Italiens occupent la Corse.

En juin 1943, 14 000 Allemands de la SS Reichsführer prennent position dans l’île.

En décembre 1942, le général Giraud décide de constituer des réseaux de résistance dans l’île, c’est la mission Pearl Harbour.

Fred SCAMORENI est débarqué le 7 janvier 1943 par le sous-marin anglais TRIBUNE. Arrêté par la police politique italienne OVRA, torturé, il se donne la mort à Ajaccio le 19 mars sans avoir parlé.

Le 4 avril 1043 Paul COLONNA arrive dans l’île pour fédérer tous les éléments de la Résistance, rechercher les terrains de parachutage, paralyser les défenses, permettre le débarquement d’un corps expéditionnaire.

Son action fut décisive pour assurer les liaisons des résistants avec l’armée française.

Le 10 juillet 1943, les Alliés débarquent en Sicile.

Mussolini est destitué.

En août 1943, les Allemands renforcent leur dispositif en Corse avec la 90e division Panzergrenadier.

Le 3 septembre 1943, l’Italie signe secrètement un armistice avec les Alliés.

Le 9 septembre, les Alliés débarquent à Salerne, au sud de Naples.

A partir du 8 septembre 1943, une grande confusion règne dans le camp italien.

Tous les soldats italiens ne reconnaissent pas l’autorité du maréchal Badeglio, le nouveau chef du gouvernement italien.

Les incidents se multiplient entre les Italiens et les Allemands.

Des navires allemands sont pris sous le feu des batteries italiennes. Des soldats italiens fraternisent avec les résistants corses. Ajaccio se soulève le 9 septembre 1943.

Le 10 septembre les Allemands sont arrêtés par les résistants, ils ne peuvent pas entrer dans la ville, elle fut reprise le 13, très provisoirement.

Le 12 septembre 1943, Hitler ordonne l’évacuation de la Sardaigne et de la Corse.

La retraite des Allemands se fait difficilement sous la pression d’un bataillon de parachutistes italiens, ils quittent la Corse par Bastia pour poursuivre leur combat en Italie.

Le 8 septembre Giovanni Messe, chef d’état-major général de l’Armée royale italienne, va à Alger pour voir Giraud.

Henri Giraud prend alors la décision « audacieuse et risquée » selon de Gaulle d’envoyer le 1er corps d’armée commandé par le général Henri Martin en Corse pour soutenir la résistance.

Se pose alors un problème sérieux de logistique.

Les hommes du 1er bataillon de choc s’entassent dans le sous-marin Casabianca. Ils sont rejoints à Ajaccio par le 1er régiment marocain, par les Spahis, les Goumiers.

Au total, 6 000 hommes sont débarqués grâce à 2 contre-torpilleurs et 2 torpilleurs avec un 2e sous-marin en plus du Casabianca, l’Aréthuse.

Le 11 septembre 1943, les troupes italiennes reçoivent l’ordre de traiter les Allemands en ennemis.

A Bastia, Allemands et Italiens se battent ; les résistants corses repassent dans la clandestinité, les Allemands ayant repris la ville le 14 septembre.

Le 17 septembre, dans la zone de Levie, les Allemands sont mis en échec par le bataillon de choc.

Les Allemands bataillent pour rallier Bastia sur la route de Bonifacio à Porto-Vecchio.

Ils perdent le contrôle des aérodromes de Ghisonaccia et de Borgo.

La population corse nourrit et renseigne les combattants.

Les Marocains enlèvent les cols de San Stefano et de Teghine le 30 septembre et le 3 octobre 1943.

Le 4 octobre Bastia est libérée mais dévastée par les bombardements des Alliés.

La 90e division des Panzergrenadier quitte la Corse.

Les Allemands ont perdu 1000 des leurs, tués ; 400 sont prisonniers.

Les Italiens ont perdu 637 tués

La Résistance a perdu 170 tués

Les troupes débarquées déplorent 75 tués.

De Gaulle visite la Corse libérée du 8 au 10 octobre.

« C’est à Ajaccio que nous renouvelons notre serment de combattre jusqu’au terme avec tous les peuples qui, comme nous, luttent et souffrent pour écraser la tyrannie. » Charles de Gaulle

La Corse est le 1er Département français libéré.

Le combat se poursuit, plus de 12 000 hommes sont mobilisés pour libérer tout le territoire de France.

Par le sang versé, nos concitoyens corses sont restés fidèles à leur serment du 4 décembre 1938 de Bastia devant le Monument aux morts, en réponse aux revendications de Mussolini :

« Corsica, Savoia, Tunisia a noi ! 

Face au monde, de toute notre âme,

Sur nos gloires, sur nos tombes,

Sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir Français. »

Honneur et Patrie à tous nos pères

tombés pour notre liberté

Vive nos Alliés

Vive la République

Vive la France !

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1 Comment

  1. Bene

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    Très intéressant merci. Je suis Corse et je vis a Ajaccio, j’aimerais partager le témoignage de la grand mère d’un cousin, ayant vécu cette période, elle racontait que les allemands lors de la leur retraite abattaient toute personne, femme, enfant, vieillards, c’était terrible. Les italiens étaient dans son souvenir moins impliqués et moins cruels.

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