Billet du Lundi 19 janvier 2026 rédigé par Gérard Chesnel membre du Conseil d’administration de Geopragma.                

Jusqu’où ira, enfin, ce Catilina moderne ? Quel Cicéron l’arrêtera ?

Revoyant récemment le film « Le Grand Dictateur » de Charlie Chaplin, et notamment la fameuse scène où le héros du film joue avec le globe terrestre, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec certain « dictateur » actuel, que rien ne semble devoir arrêter. Je ne reviendrai pas ici sur les conséquences désastreuses pour l’OTAN, pour l’Europe et pour l’Amérique elle-même des initiatives extravagantes de Trump vis-à-vis du Groenland ni de son coup de force au Vénézuéla. Tout a déjà été dit. Mais je trouve nos réactions bien molles. Au début, on pouvait ne pas prendre les déclarations du Président américain trop au sérieux. Elles avaient d’ailleurs provoqué l’hilarité des Parlementaires danois. De même, on ne prenait pas Hitler au sérieux en 1923 lors du putsch raté de Munich. Dix ans plus tard ce n’était plus la même chanson. Aujourd’hui, les choses vont plus vite et nous n’avons pas eu à attendre dix ans pour que Trump en remette une couche. Cette fois-ci, on ne rit plus au Parlement de Copenhague. Faut-il attendre que les choses soient irréversibles ? Que font les Nations-Unies ? Que fait ce qu’il reste de l’OTAN ? Que fait l’Europe ? Que fait la France, à part envoyer une dizaine de chasseurs alpins qui devront rembarquer la queue entre les jambes le jour où arriveront les G.I. ?

Remplacer Trump n’est pas une option. Ce n’est ni faisable (une forte minorité d’Américains continue d’approuver sa politique) ni souhaitable. Qui pour prendre sa place ? Le vice-Président J.D. Vance n’est guère plus rassurant. Et tirons de nouveau la leçon de l’histoire antique. Au IVème siècle avant notre ère, Denys de Syracuse était un tyran redouté et haï par le peuple, qu’il oppressait. Tous les Syracusains souhaitaient sa mort, sauf une vieille femme qui dit qu’il ne fallait surtout pas le remplacer. Apprenant cela, Denys, touché, fit venir cette vieille dame et lui dit : « Alors, tu m’aimes, toi ? Tu trouves que je suis un bon tyran ? » « Oh non, répondit-elle, tu es vraiment le pire que j’aie connu au cours de ma longue vie, mais chaque fois qu’on a changé de tyran, le successeur était encore pire que son prédécesseur. Alors, je prie pour que tu restes ».

Avoir à la tête du pays le plus puissant du monde un égocentrique psychotique pose à l’évidence un grave problème, qu’on ne peut pas simplement escamoter. Nous sommes en danger. Dans le film de Chaplin, le globe terrestre avec lequel joue le dictateur finit par exploser. N’oublions pas que nous sommes assis dessus.

Partager cet article :

1 Comment

  1. Chevrotin

    Répondre

    Nous sommes artisans de notre propre perte. La faiblesse et la stupidité ne sont pas des vertus, tandis que l’arrogance, l’orgueil et la vanité sont des vices. Toutes ces « qualités » sont largement dominantes dans les attitudes et les politiques de ces trente dernières années. Pas besoin de références de l’antiquité pour décrire ce brillant résultat, La Fontaine suffit: « Eh bien dansez maintenant! »

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Geopragma