Notes d’étude de Maurice Rossin, chercheur associé chez Geopragma.

Ingénieur agronome – major de AgroParisTech – Maurice Rossin est un spécialiste de la coopération agricole entre pays. Il a exécuté de nombreuses opérations agricoles et Agro-industrielles (notamment dans les filières riz-céréales, café-cacao, sucre, oléagineux) en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie centrale et Asie du Sud-Est, et en Europe (Tchéquie, Roumanie…). Maurice Rossin a commencé sa carrière en tant que conseiller du ministre de l’Agriculture à Abidjan, l’a terminé comme conseiller agricole à l’ambassade de France à Moscou, en passant par la Direction Générale de la Confédération des planteurs de Betteraves.

 

Pauvres et riches face à la pauvreté et au CO2 – Choix cornéliens pour l’Inde et l’Afrique

Ceux qui ont beaucoup à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux (Burke)

Il y a deux moyens pour faire bouger les hommes, la vanité ou la peur (de Gaulle)

Les chefs d’État, en vue de résoudre la crise écologique mondiale, se réunissent à Glasgow, là où il y a 260 ans, J. Watt inventait la machine à vapeur moderne qui allait révolutionner l’ordre du monde et créer le désordre actuel. En 2021, l’utilisation des énergies fossiles et faciles a enrichi le monde. On a oublié la loi de Lavoisier de la conservation des masses (1.) que nous rappellent les rejets de CO2, sous-produits des végétaux qui, il y des millions d’années, ont permis pétrole et charbon d’aujourd’hui. Un nouvel ordre s’est établi entre les continents, entre les nations et au sein même des peuples. CO2 et écarts de richesses croissants constituent un mélange explosif avec les bases d’un désordre qui fragilisent l’humanité. L’Inde et l’Afrique subsaharienne, bientôt la moitié de la population mondiale, sont les oubliées de la nouvelle richesse, avec des approches différentes pour casser les courbes de (dé)croissance : brûler plus de charbon ou migrer.

BMD : banques multilatérales de développement

COP26 : 26e conférence annuelle de l’ONU sur le climat

GAS : gaz à effet de serres.

G milliard : Gt milliard tonnes – G$ milliard $

PNUE : Programme des Nations unies pour l’environnement

PNUD : Programme des Nations unies pour le Développement

PVD : pays en développement

SSA : Afrique subsaharienne

 

FAITS

• 1er au 12 novembre 2021 : la COP16 se réunit à Glasgow.

• les énergies fossiles augmentent en volume et en valeur avec le retour de la croissance.

• Les objectifs des accords de Paris limitant les hausses de température ne seront pas   tenus selon le Production Gap report (PNUE).

• Le PNUD montre une augmentation de la pauvreté : les 635 millions de « pauvres extrêmes » (moins de 1,9$/jour) de 2019, sont passés à 720 millions en 2021, en particulier en SSA et en Inde.

 

ENJEUX

• Limiter la hausse de température en réduisant le CO2 émis, tout en maintenant les croissances des riches et des pauvres éventuellement tout en éliminant les énergies fossiles vers 2050.

• Enjeu ou dilemme cornélien : quelle priorité choisir entre la lutte contre la hausse

            – du CO2, sous-produit des énergies fossiles, et sauver la planète, demain.

            – de la pauvreté, une menace pour l’humanité, aujourd’hui.

 

COMMENTAIRES

Les accords de Paris balayés !

• Population, richesse et teneur en CO2 de l’atmosphère s’accroissent dangereusement (Tb. 1, 2). Le monde a peur de demain à cause d’un climat plus chaud et instable et des écarts de richesses croissant (Tb 3, 4). L’Asie et plus encore l’Afrique, subit le désordre écologique actuel, victime d’un CO2 qu’elle n’a pas émis (5 a, b, c)

• L’énergie est l’opium de la croissance. Faut-il remplacer charbon et produits pétroliers par des énergies vertes, chères, pour sauver le monde ? Doit-on ignorer leurs sous-produits ou les minéraux – rares et dangereux – nécessaires à leur création ? Le diesel, miracle il y a 30 ans, est poison. Le nucléaire, diable après Fukushima, est messie.

• Jusqu’en 2000, Europe et États-Unis ont dominé la croissance avec la production de CO2 liée. La Chine a succédé et dépasse la richesse américaine (en PPP) et en CO2 produit, mais avec 4 fois plus d’habitants. L’Inde sort de sa torpeur et la SSA reste oubliée avec une population galopante. (tb 5 a).

• Les écarts de richesses (tab 4) sont moralement insupportables et dangereux. Entre 1966 et 2019, 665 millions d’habitants des pays de bas revenus ont eu leur richesse multipliée par 6,7 pour atteindre 1700 G$ quand celle des 1210 millions de hauts revenus a été multiplié 20,4 avec 125 000 G$.

• L’énergie moteur de la croissance est à 90% d’origine fossile (tb 6), les énergies vertes ne suffisent pas à alimenter l’augmentation de croissance, ni les baisses de production du nucléaire.

• Les experts du « Production Gap report » prévoient le doublement d’ici 2030 des quantités d’énergies fossiles compatibles avec la hausse maximum de 1,5 °C. Les nouveaux financements des pays du G20, près de 300G$, ont plus bénéficié́ aux combustibles fossiles qu’aux énergies « propres », même si (ou à cause) les BMD* en excluent le financement dans le futur. Les producteurs de pétrole, de gaz et de charbon prévoient d’augmenter leur production d’ici à 2030 et au-delà̀. Les gouvernements produiraient 240 %, 57 %, et 71 % de plus de charbon, pétrole et gaz, que les niveaux compatibles avec un réchauffement inferieur à 1,5 °C (tab7)

 

Stratégies possibles

La COVID-19 a révélé la fragilité du système économique mondial et l’égoïsme des nantis dans la lutte contre la pandémie. La crise du CO2, c’est la même chose …en pire.

– Faut-il donner priorité :

• à la croissance et la décarbonations, avec (i) les accords de Paris non contraignants, (ii) la résolution ByrdHagel (2.) de 1997 de la primauté des intérêts des États-Unis sur ceux du monde et l’obligation pour les PVD* de limiter et réduire les GAS*?

• aux réductions des écarts de richesses avec des investissements massifs de lutte contre la pauvreté ou préférer la Tesla à 60000$ qui, pour 100 000 km, économise 18 t de CO2 ou 100 ânes et cultiver 500 ha.

Taxer le carbone est une évidence. Avant de le faire pour le CO2 à produire, ne faudrait-il pas le faire d’abord pour celui déjà produit et solder la dette de la croissance passée : 1500 Gt de CO2 des énergies fossiles avec dommage pour tous ? Les 85 000 G$ de richesses crées dans 1/3 le la population et les profits tirés de leur extraction par 1/4 de la population, alimenteraient ce fond de réparation.

 

Les acteurs et les règles du jeu.

• 3 types acteurs dominent la scène avec environ 2/3 de population, richesse et CO2

(Tableau 6)

– Les occidentaux, riches, sous bannière américaine, avec 850 millions habitants, moitié de richesse et CO2 du monde, ou 30 états avec une monnaie et une défense commune mobilisant 50% des dépenses militaires mondiales pour le chef américain, – La Chine et l’Inde, chacun avec 1,4 G hab et 18% de la population, 17 % et 3 % des richesses du monde, 2 pays à direction, centralisée pour Xi , dispersée pour Modi, – la SSA ou les oubliés de la croissance (1,2 G hab , 2 % des richesses et du CO2 du monde), une soixantaine de « nations » en titre.

• Le jeu et ses règles

– Privilège donné au marché, en $, pour l’instauration d’une taxe carbone dans l’économie « libre »,

– Priorité donnée à la planification – objectifs et règles -, les lois de marché en sont un des instruments.

– En Chine et en moindre mesure en Inde, là où l’état est le maître des horloges.

 

Le choix

• L’occident a choisi croissance à énergie propre et chère avec maintien de la croissance, et la gestion de la mendicité aux laissés-pour-compte en détresse et à bonne conduite.

• L’Inde a choisi la lutte contre la pauvreté, dans la ligne du « Poverty is the biggest polluter » d’Indira Gandhi. Le charbon est une priorité nationale, intouchable. L’Inde qui en tire 72% des besoins d’électricité, et avec 4,8 % de sa population entre 10 et 50$/jour, et 1,8 t de CO2 par habitant, continuera avec le charbon.

• La Chine, forte de ses 1,4 milliards habitants et de la centralisation de son économie, a choisi le dirigisme aidé du marché. Elle gagnera le marché des énergies vertes en gérant, à son rythme, l’élimination des énergies sales, et les vendra au monde.

• La SSA, morcelée entre 60 « nations », à la dérive, n’a rien choisi, ses peuples l’ont fait avec la migration existentielle par manque d’espoir dans leur pays. Son unique alternative est l’occupation de son territoire rural, grâce à une politique agricole et une protection commune de son marché intérieur financée par des dons conditionnés, en milliers de milliards $ pour produire. Aumônes et migrations sont des illusions de solutions.

 

Conclusion

Les conséquences du CO2 sont incertaines, celles de la pauvreté sont connues, les ignorer est lâcheté. Le choix entre charbon/migration et poursuite des courbes de croissance est cruel. L’histoire a montré que souvent, la solution pour casser les courbes de richesse a été la guerre, voulue ou accidentelle, jamais les lois du marché dit « libre » qui les prolongent à en mourir. Les actuels dominants essaient, pour la trentaine de pays de l’occident d’agir ensemble – avec des intérêts rarement convergents -, pour la Chine de maintenir unis ses 1,4 milliards de citoyens, pour l’Inde de constituer un bloc avec une cohérence minimum. La petite crise covid a donné un avant-gout de la désunion latente planétaire : l’égoïsme avant le partage

1. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

2. la résolution Byrd-Hagel : les USA ne doivent signer aucun traité sur le climat qui n’obligent pas les pays en développement à limiter ou réduire les GAS et impliquent des obligations américaines de réductions des GAS qui entraineraient des dommages significatifs à la nation (adoptée à l’unanimité du Sénat juillet 97)

 

Le drame de la pauvreté qui explose en quelques chiffres

La pauvreté en particulier de l’Afrique subsaharienne (on pourrait ajouter celle de de l’Inde) fera exploser la machine de l’économie mondiale

3 graphiques et 3 drames : population, richesse, covid

(i) une population qui explose

(ii) Une crise covid19, prélude de la crise CO2,

(iii) la crise climatique pour un continent qui n’a pas produit de CO2 et en subit les conséquences.

Le FMI conclut que le pays nécessitera des mécanismes financiers nouveaux – au-delà des droits de tirage – pour s’adapter au nouveau contexte climatique… British humour

1. Population, richesses, CO2 dans monde augmentent à des rythmes différents

2. Richesses, population, CO2 de4 groupes de pays et l’évolution inquiétante des écarts de revenu

3. Énergies fossiles et vertes : évolution, résultats mondiaux et prévisions… inquiétantes

4. Chine, Inde, USA

5. L’Europe et l’Afrique subsaharienne… des voisins proches et éloignés

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