Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Ministres Conseillers, 

Mesdames et Messieurs les membres du personnel diplomatique des ambassades sises à Paris,

Chers Adhérents, 

Chers Lecteurs, 

GEOPRAGMA a le plaisir de vous présenter aujourd’hui les premières réponses apportées au Questionnaire sur la « Crise de la Gouvernance mondiale ». 

Les lignes géopolitiques du monde en effet n’ont jamais bougé aussi vite. Multilatéralisme, bipolarité, cynisme et moralisme s’entremêlent pour contribuer à une confusion dangereuse où chacun interprète et projette sur les autres, consciemment ou non, ses attentes et ses travers. 

Dans ce cadre, GEOPRAGMA a lancé une enquête inédite auprès d’une cinquantaine de pays sur leur perception de la crise de la gouvernance mondiale, sur leur vision et leurs espérances concernant l’avenir des relations internationales, ainsi que sur le rôle que la France pourrait et devrait, selon eux, y jouer, y compris à leurs côtés. 

Notre souhait était d’offrir la possibilité à ces États ou à leurs diplomates de haut niveau de s’exprimer sur le sujet sans filtre ni biais d’interprétation. Par conséquent, tout ce qui est publié l’a été avec l’accord exprès des ambassades. 

Afin que les entretiens soient conduits de manière la plus homogène possible, un questionnaire servant de base a été élaboré. D’autres questions ont cependant été posées, au gré des discussions. 

Questionnaire

  1. Comment analysez-vous l’état actuel des relations internationales à l’échelle mondiale et les modes de coopération ou confrontation entre Etats ou groupes d’Etats ? Comment pensez-vous que cette situation va évoluer à court, moyen et long terme ? 
  2. Comment la politique étrangère de votre nation s’inscrit-elle dans cette réalité ?
    Comment vos relations évolueront-elles dans les prochaines années avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, ou encore l’Union Européenne ? Qu’attendez-vous d’eux ?
  3. Quels sont pour vous les axes d’alliance(s) à venir ? Et quid de vos « adversaires », « concurrents » ou « partenaires » ? 
  4. Quels sont vos principaux enjeux énergétiques, économiques, environnementaux et numériques à court et moyen termes ? 
  5. Peut-on encore parler de « choc des civilisations » ou la mondialisation a-t-elle rendu ce concept obsolète ? 
  6. Quel(s) rôle(s) souhaitez-vous que la France joue au niveau mondial et estimez-vous qu’elle joue ce rôle actuellement ? Sinon à quelles conditions ?
  7. Verriez-vous votre pays s’associer à la France sur une initiative ou un dossier international d’envergure ? Lequel ? Quel rôle jouerait la France aux côtés de votre pays pour régler ce dossier ou mettre en œuvre cette initiative ?
  8. Quel(s) rôle(s) souhaitez-vous que l’Union européenne joue au niveau mondial et estimez-vous qu’elle joue ce rôle actuellement ?
  9. Pensez-vous que la souveraineté soit une notion dépassée ou moderne ? Et celle de peuple ?   Quels sont pour vous les conditions de la cohésion nationale et ses facteurs de dilution ?
  10. Selon vous, quels sont les fondements de l’influence internationale de demain ?
  11. Que pensez-vous de l’invocation de valeurs et de principes moraux en matière internationale ?
  12. Sujet libre 

À ce jour, sept ambassades se sont prêtées à la totalité de l’exercice qui est aujourd’hui publié. 

D’autres entretiens le seront dans les semaines à venir. 

Geopragma adresse ses remerciements les plus vifs à l’ensemble des ambassadeurs et des diplomates qui ont accepté de nous répondre. Leur contribution fut à tous égards passionnante. 

Les perceptions sur la crise de la gouvernance mondiale étant bien évidemment évolutives, l’idée selon laquelle cet exercice devait devenir permanent s’est imposée à nous. 

Certains Etats nous ont indiqué leur souhait d’y participer à terme mais ne pouvaient le faire pour diverses raisons sur cette première publication. Par conséquent, si certaines ambassades souhaitent actualiser leur contribution ou que d’autres souhaitent participer à l’exercice, elles peuvent toujours se rapprocher du secrétariat de Geopragma (desk@geopragma.fr).

En espérant que ce recueil constituera pour chacun d’entre vous une source d’informations intéressantes pour mieux comprendre la richesse des perceptions et des attentes de ces Etats, et que cela permettra à terme, de contribuer à définir des orientations et des propositions concrètes pour une coexistence plus favorable aux intérêts communs des acteurs du monde, nous vous souhaitons à tous une très bonne lecture.

Geopragma 


Vous pouvez retrouver l’intégralité des entretiens sur la Crise de la Gouvernance mondiale en cliquant sur ce lien : Panorama de la Gouvernance mondiale



Le 21 octobre 2019

Ambassade de la République d’Autriche 

Monsieur Wolfgang Wagner, Ministre Plénipotentiaire

Monsieur Gilbert Schenkenbach, Premier secrétaire

L’ambassade, compte tenu de l’évolution du contexte international depuis l’entretien initial, a souhaité modifier récemment certaines parties de l’entretien et de ses déclarations.



Geopragma : Comment analysez-vous l’état actuel des relations internationales à l’échelle mondiale et les modes de coopération ou confrontation entre Etats ou groupes d’Etats ? Comment pensez-vous que cette situation va évoluer à court, moyen, et long terme ?

Ambassade de la République d’Autriche : Pour évoquer d’abord rapidement le titre de cet entretien, la crise de la gouvernance mondiale, oui, bien-sûr, l’Autriche la constate. Il y a une crise du multilatéralisme. C’est notre ministre des Affaires étrangères Alexander Schallenberg qui vient de l’évoquer lors de son discours à New-York. Mais l’Autriche fait aussi un constat : en dépit de la crise, cela fonctionne toujours. Pour un pays comme l’Autriche, le multilatéralisme est un atout essentiel car nous sommes un petit pays, ou moyen si l’on veut, cela dépend de la comparaison. Ce n’est pas un hasard si nous avons rejoint l’Union européenne en 1995, dès que c’était possible. Pendant la période de la Guerre froide, le meilleur moyen pour défendre notre souveraineté était alors la neutralité. Ensuite, dès que cela a été possible, nous sommes devenus membre de l’Union européenne, tout en gardant la neutralité qui reste ancrée dans notre Constitution. Désormais, nous voyons dans la coopération européenne notre meilleur moyen de défendre notre souveraineté. La souveraineté partagée pour défendre aussi notre souveraineté nationale. Le multilatéralisme en Europe n’est pas en crise puisque la coopération européenne fonctionne en principe. Au niveau global pourtant, il faut se battre pour défendre le multilatéralisme, et l’Autriche est tout à fait prête à le faire, parce que nous sommes aussi l’un des quatre pays-hôte des Nations Unies. Le bon fonctionnement des Nations Unies est, pour plusieurs raisons, un but primordial pour l’Autriche. C’est l’une des bases de la politique étrangère autrichienne. Il est évident que le système du multilatéralisme est en crise à l’échelle mondiale. Nous, en Europe, on se réveille et on voit que c’est le cas, et on essaye de réagir, d’améliorer nos propres moyens d’action, de continuer à faire compter nos valeurs. 

Je trouve que certains traités internationaux sont de bons exemples de cette situation. Par exemple, il y a le traité de la COP21 qui a été conclu ici à Paris. Cela a été un grand succès pour la diplomatie française et européenne, mais malheureusement les Américains s’en sont retirés. Mais il y a d’autres sujets pour lesquels on conclut de nouveaux traités. Par exemple, en Autriche, il y a eu une grande conférence pour la protection des victimes civiles dans les zones peuplées. C’est un sujet assez spécialisé, mais important, et où l’Autriche fait des efforts pour progresser. 

Geopragma : Comment pensez-vous que cette crise de la gouvernance mondiale va évoluer ?  Comment vous voyez ces deux blocs Chine/Etats-Unis qui sont « en confrontation » sur pas mal de sujets ? Pensez-vous que ce monde-là sera le même dans quelques temps ? Ou y a-t-il d’autres schémas qui sont possibles ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Possible, c’est une question difficile, mais en même temps, nous pensons que les structures que l’on a vont survivre dans le court et le moyen terme. Pour l’instant, même si on parle d’une crise, ça fonctionne toujours. On l’a vu aussi à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, nous discutons des questions internationales comme la Syrie, même si on a vu qu’au Conseil de sécurité, il y avait différentes opinions, mais pour l’essentiel, les structures sont là, et nous sommes contents de les avoir. Elles vont survivre et évoluer à court et moyen terme. Les conflits vont rester au niveau actuel, c’est-à-dire plutôt « stagnant », comme le conflit en mer de Chine par exemple. Avec l’initiative de la Route de la soie, c’est la première fois que la Chine sort de son « introvertisme », et cela change la donne complètement. 

Geopragma : Comment la politique étrangère de votre nation s’inscrit-elle dans cette réalité ?

Ambassade de la République d’Autriche : Pour nous, c’est très clair. Pour notre ministère, l’Union européenne est le point de référence le plus important. C’est la structure dont nous avons besoin et en laquelle nous avons confiance. Nous essayons toujours de trouver un consensus avec les partenaires européens. Cela dit, il existe également des sujets où l’on a des positions spécifiques comme celle qui touche aux armes nucléaires. Là, nous avons des opinions et des positions assez strictes. Sinon, nous recherchons toujours le consensus

Geopragma : Quels sont les pays avec lesquels aujourd’hui vous avez besoin particulièrement d’un dialogue ? Quels sont pour vous les axes d’alliance(s) à venir ? Et quid de vos « adversaires », « concurrents » ou « partenaires » ?

Ambassade de la République d’Autriche : L’alliance la plus importante se trouve sans aucun doute dans le cadre de l’Union européenne. Cela étant, ce sont les Etats-Unis, en dépit de la politique de la présidence actuelle, qui sont des alliés traditionnels… 

Geopragma : Ce sont des alliés obligatoires ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Oui, toujours. Sur la Russie, nous sommes assez contents de la politique d’Emmanuel Macron. Parce que c’est aussi plus ou moins notre position. Nous voyons dans la Russie le plus important voisin de l’Union européenne, et il n’est pas possible de rester dans un « non-dialogue ». Il faut rechercher le dialogue, il faut trouver des moyens pour progresser vers un vrai dialogue. L’Autriche, comme tous les pays européens, a condamné l’annexion de la Crimée comme illégale du point de vue du droit international.C’est là vraiment le cœur de notre politique étrangère en tant que petit pays neutre. Nous défendons toujours le droit international. Et en même temps, nous cherchons une issue à cette crise. Mais s’il y a de nouvelles transgressions du droit international, nous nous en tenons au « pacta sunt servanda ». 

Geopragma : Pendant les deux années que j’ai passées à Bruxelles, on n’a pas arrêté d’appliquer des sanctions contre les Russes. Maintenant la France a compris. J’étais députée dans le groupe centriste. Mais ils sont devenus Renew Europe maintenant, et il est certain que cette obsession de la Russie est assez pathétique. Même si vous avez raison pour la Crimée, il n’y a pas vraiment de visibilité. Maintenant, le président Macron a compris que pour régler les affaires dans le monde — comme l’Amérique est en train de nous laisser un peu tomber —, le plus proche partenaire restait tout de même la Russie. Au Moyen-Orient, c’est la Russie qui est en train de s’engager contre le terrorisme. Il est vrai qu’au niveau européen, on a le sentiment qu’on court derrière les événements. On ne les voit pas venir. Et c’est ce qu’a fait notre président récemment, en disant qu’il était important de reprendre le dialogue avec Moscou. Donc vous comprenez désormais le positionnement de Monsieur Macron ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Nous, comme la France – et peut-être même plus si on regarde les pourcentages –, nous sommes dépendants, interdépendants aussi, mais nous avons aussi des intérêts économiques en Russie, de même que la France également. Mais malgré cela nous appliquons certaines sanctions. 

On le comprend. En même temps il est clair que l’économie autrichienne comme celle de la France a de grands intérêts en Russie, et que les sanctions que nous avons décidées sont aussi des sanctions qui jouent contre nos propres intérêts économiques. Mais pour des raisons de droit international, il fallait les prendre.

Et quel est le point de vue de votre Think Tank sur la relation que devraient avoir les Européens et la France vis à vis de la Russie ? 

Geopragma : Pendant les deux ans que j’ai passés à Bruxelles, nous étions minoritaires. 

Ambassade de la République d’Autriche : Les deux ans à Bruxelles ? 

Geopragma : Oui. Nous étions trois ou quatre députés de notre groupe à penser qu’il fallait absolument améliorer les relations avec la Russie. Mais je ne vous cache pas que c’était très difficile. Dès que vous commenciez à parler de la Russie, soit on vous considérait comme étant “Front National”, soit on nous plaçait dans le groupe de l’ultra-gauche avec les mélenchonistes français et la gauche européenne. C’était très difficile. Donc je pense qu’avec les décisions de Monsieur Macron par rapport à la Russie, maintenant, ils doivent être tous complètement ébranlés dans le groupe auquel j’appartenais car c’était le groupe le plus antirusse. Il y avait beaucoup de Lituaniens, de Polonais qui avaient des réactions très épidermiques.

Ambassade de la République d’Autriche : Quand vous dites qu’il faut améliorer les relations, pour aboutir à cet objectif, il faut que les deux parties coopèrent. Les Russes doivent aussi reconstruire la confiance et cela passe par l’Ukraine. Et là encore, nous disons « Merci Monsieur Macron » car il essaye de redynamiser le processus. 

Geopragma : Quel est l’état de vos relations avec la Chine ? 

Ambassade de la République d’Autriche : C’est comme avec tous les pays européens, la relation représente un énorme potentiel économique. La Chine est une grande puissance économique maintenant. La question est de savoir comment Pékin va utiliser cette puissance économique sur le plan stratégique. L’Autriche essaye d’utiliser en même temps ce potentiel en étant partenaire et observateur, par exemple de l’initiative 17+1, qui était 16+1. Mais en même temps, nous sommes observateurs et pas membre. Et nous ne sommes pas prêts à accepter les paramètres de la Chine coûte que coûte. 

Geopragma : Vous faites référence aux Ouïghours ou pas du tout ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Nous faisons référence à la liberté d’expression, en général. Ce sont des droits fondateurs auxquels nous tenons.

Geopragma : Ce qui se passe à Hong Kong va vous empêcher d’avancer ou pas ? 

Ambassade de la République d’Autriche : C’est quelque chose d’assez fondamental. Nous devons défendre la liberté d’expression, même si cela nous coûte un petit peu en termes de commerce. 

Geopragma : Quand vous pensez au duo franco-allemand, il faut, selon vous, qu’il reste solide et que vous vous agrégiez à cela ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Oui. Même si nous n’avons pas les mêmes structures que vous, les Français et les Allemands, pour des raisons historiques, politiques, et pour des raisons économiques aussi. Si on parle de la politique de sécurité, la France est même plus importante comme elle est membre permanent au Conseil de sécurité. Par cette seule présence, la France a déjà une position primordiale pour l’Union européenne en général, surtout depuis le Brexit, et par ce moyen aussi pour l’Autriche. Sinon, nos relations historiques étaient bien sûr un peu difficiles parfois. Mais aujourd’hui nos relations bilatérales avec la France sont les meilleures. Mis à part nos opinions divergentes sur les armes nucléaires et l’énergie nucléaire. C’est le seul sujet où nous ayons des avis différents. 

Geopragma : Quels sont vos principaux enjeux énergétiques, économiques, environnementaux et numériques à court et moyen terme ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Nous voudrions atteindre les objectifs fixés dans l’Accord de Paris sur le climat. Cela veut dire qu’il faut réduire les gaz à effet de serre. Et l’Autriche est assez bien placée puisque 75% de notre production électrique est déjà renouvelable. Jusqu’en 2030, on veut atteindre les 100%. Les gaz à effet de serre n’ont pas trop diminué à cause de la circulation et du chauffage dans les foyers. Alors d’où vient nos approvisionnements de gaz ? Principalement de la Russie pour le moment avec laquelle on a des contrats à très long terme. Comme tout le monde dans l’Est de l’Europe, avec Gazprom. Cela va continuer pour le moment, mais si on arrive à réduire la consommation, ça va changer… Nous avons déjà pas mal de gaz qui vient aussi des Pays-Bas, de Belgique, et de Norvège. En Autriche, 10% du pétrole vient du territoire autrichien. On a des réserves de pétrole à l’Est du pays. 

Du point de vue énergétique, nous sommes dans une position favorable, car nous sommes un pays montagneux. Il y a beaucoup de ruisseaux, de fleuves, de rivières qu’on peut utiliser pour la production hydroélectrique. C’est un vrai atout.

Geopragma : Vous avez toujours été assez « écologiques ». 

Ambassade de la République d’Autriche : Oui. Nous avons eu un certain avantage. 

Geopragma : Même de l’avance ! 

Ambassade de la République d’Autriche : Oui. Maintenant tout cela fait consensus au-delà de notre pays. Et l’Autriche est dans le mainstream, je dirais. Nous ne sommes plus les pionniers. Nous avons aussi beaucoup de production énergétique éolienne, surtout à l’Est de notre pays. Mais nous recherchons la diversification, qui est pour nous l’enjeu le plus important, même s’il faut aussi ajouter que la Russie ne nous a jamais causé de problèmes pour l’importation de gaz. Même lors de la petite crise de 2006. 

Plus globalement, l’économie autrichienne se porte plutôt bien. Il y a toujours un taux de chômage très bas, fondé sur les exportations. Et nous avons le bénéfice historique de notre maillage puissant de PME. Elles sont notre colonne vertébrale. 

Geopragma : Un peu comme les Allemands avec le Mittelstand.

Ambassade de la République d’Autriche : C’est très similaire. Le Mittelstand fonctionne très bien en Autriche. Mais nos dirigeants font très attention à ce que ce système continue, à le renouveler, à faciliter la croissance. Pour le moment tout se passe très bien. Pour rajouter un chiffre, sur 10€ en Autriche, 6€ proviennent de l’exportation. 

Geopragma : On aborde le numérique ? Le combat contre le cybercrime ? 

Ambassade de la République d’Autriche : On voit l’importance croissante de la défense dans les cyberguerresNous devons davantage développer nos compétences. 

Geopragma : Peut-on encore parler de « choc des civilisations » ou la mondialisation a-t-elle rendu ce concept obsolète ?

Ambassade de la République d’Autriche : En Autriche, nous n’avons jamais parlé du choc des civilisations. Comme beaucoup de monde, on avait certaines critiques contre le terme en soi. Evidemment, à cause de la mondialisation, il y a une forte tendance contre le choc des civilisations. Si on parle de bipolarité, aujourd’hui c’est tout à fait autre chose que la bipolarité entre la Russie et les États-Unis. Déjà, à cause de l’interdépendance économique. Il y a aussi des observateurs et des analystes qui disent que Trump ne va pas avoir à nouveau du succès, parce que la guerre commerciale contre la Chine coûte trop cher aux Etats-Unis. Nous croyons aussi qu’il faut réguler la mondialisation et utiliser ses possibilités. 

Geopragma : Le KAICIID traite du dialogue inter-religieux ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Oui. Il s’agit de promouvoir toute la culture, non seulement au niveau religieux, mais aussi pour promouvoir la coopération et la cohabitation des civilisations. Mais ce n’est pas sans critique, notamment à cause de la politique de l’Arabie Saoudite. 

Geopragma : Ils sont partout. L’Arabie Saoudite s’est mise au cœur de tous les colloques, et de toutes les initiatives en matière de dialogue inter-religieux et interconfessionnel. 

Ambassade de la République d’Autriche : Il y a eu certains évènements comme celui de l’assassinat de Khashoggi… Hélas, ce dialogue est un peu difficile, mais il est nécessaire. C’est l’un des moyens par lequel l’Autriche essaye de jouer son ancien rôle de médiateur, même si le KAICIID a annoncé son intention de quitter Vienne pour Genève.

Geopragma : Qu’est-ce que l’Autriche a fait par rapport aux ventes d’armes à l’Arabie Saoudite ?

Ambassade de la République d’Autriche : Nous n’en vendons pas. Déjà, on n’en vendait pas beaucoup. 

Geopragma : Quel(s) rôle(s) souhaitez-vous que la France joue au niveau mondial et estimez-vous qu’elle joue ce rôle actuellement ?

Ambassade de la République d’Autriche : Quand la Grande-Bretagne sortira de l’Union européenne, ce rôle devient plus important qu’avant. 

Mais je ne crois pas que ça va aboutir à l’utilisation du français plus que maintenant. L’anglais va rester la langue de l’Union européenne. C’est plutôt une question linguistique, mais la puissance et l’influence de la France vont bien sûr augmenter avec la sortie de la Grande-Bretagne. En même temps, il va être très important de maintenir le lien entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. 

Geopragma : Est-ce que vous pensez qu’il y a d’autres domaines où la France peut prendre un leadership ? On a parlé un peu du Format de Normandie, de l’Ukraine… 

Ambassade de la République d’Autriche : Le leadership est important dans les relations internationales, mais il n’est pas nécessaire que cela soit toujours du côté français… Mais, par exemple, nous avons absolument besoin d’un leadership de la partie française dans le dossier iranien. Là, on est aussi du côté des Français pour sauvegarder le JCPOA. 

Geopragma : Il semblerait que les Iraniens ne soient pas contents. Et je pense que l’Europe ne fait pas assez. 

Ambassade de la République d’Autriche : Non pour l’instant rien n’a fonctionné. Nous approuvons toutes les initiatives françaises, tout ce que fait Monsieur Macron sur l’Iran. De la même façon, sur l’Ukraine, s’il pouvait débloquer les choses, ce serait très bien. Il existe aussi une autre initiative, « L’Alliance pour le multilatéralisme », qu’il a fondée avec l’Allemagne. Au travers de notre présidence du Conseil de l’Union européenne, « Effective Multilateralism » était l’une de nos priorités. Ça s’y inscrit tout à fait. Le système multilatéral des Nations Unies nous tient à coeur. C’est très important. Si l’on parle de l’Iran, nous étions très fiers que Vienne soit le lieu de rencontre, de conférences. C’est aussi pour cette raison là que nous avons beaucoup regretté la sortie des États-Unis du JCPOA. 

Geopragma : Pensez-vous que la notion de souveraineté soit maintenant dépassée, ou au contraire toujours moderne ? 

Ambassade de la République d’Autriche : Le concept de la souveraineté a été un peu dilué en Europe à cause de la mondialisation et de l’Union européenne. Les frontières se sont élargies, se sont éloignées un peu. Mais il y a eu un « Backlash » : je pense que nos populations veulent avoir plus de souveraineté, plus de repères nationaux. Sur le plan géopolitique, on voit la nécessité de penser de plus en plus sous l’angle de la souveraineté. On a bien vu que le manque de souveraineté nous rend faibles. Oui, je dirais que, aussi pour nous, il faut plus de souveraineté. Une Europe qui protège, ça c’est une notion française, mais dans le cadre de notre présidence de l’Union européenne, c’était aussi une priorité importante.  

Geopragma : Quelle est votre position concernant l’immigration ? Et quelles sont vos relations avec la Hongrie ? 

Ambassade de la République d’Autriche : La crise de l’immigration en 2015 a très clairement montré que les gens veulent avoir de la souveraineté et ont besoin d’avoir ce sentiment. Voir que l’État est capable de protection mais est également capable d’agir. 

En ce qui concerne la Hongrie, on avait finalement le même but, agir de manière souveraine afin d’être maîtres de la situation aux frontières. En même temps, il faut toujours trouver un consensus, un moyen pour réunir les valeurs et les faits, et prendre les décisions nécessaires. Parce que l’Autriche tient au droit d’asile. L’Autriche et la Suède sont les pays qui ont accueilli le plus grand nombre de demandeurs d’asile en termes de pourcentage de leur population depuis l’année 2015. Désormais, la tendance est de réduire un peu les flux. Oui, ça va ensemble avec la souveraineté. On veut savoir qui entre sur notre territoire. 

Comme la France, comme n’importe qui. C’est pour ça que la crise migratoire était une crise, parce qu’on était en train de perdre le contrôle. 

Geopragma : La question que nous sommes obligés de poser, c’est celle de la Turquie et de leur offensive en Syrie.   

Ambassade de la République d’Autriche : Il y a un mot très clair de notre ministre. Il a dit qu’il vaudrait mieux arrêter les négociations avec la Turquie parce qu’ils font déjà du « sur place ». 

Geopragma : Ça fait quinze ans que ça dure… 

Ambassade de la République d’Autriche : Actuellement les deux côtés ne croient pas que cela va aboutir.

Partager cet article :
Geopragma