Article rédigé par Renaud Girard, membre du Comité d’orientation stratégique de Geopragma.

      Joe Biden continue à innover dans la grande stratégie. Il en est à sa troisième innovation stratégique sur l’arène internationale. La première fut, en Afghanistan, son concept de retrait précipité sans nécessité. La seconde fut, avec l’AUKUS, l’humiliation sans nécessité d’un allié serviable. La troisième est, aujourd’hui, l’hystérie sans nécessité face à des manœuvres militaires russes, cantonnées aux territoires de la Russie et de la Biélorussie.
 
      Le président a ordonné le retrait d’Ukraine du personnel diplomatique et militaire américain, invoquant le risque imminent d’une invasion russe. Poutine a dit qu’il n’y en aurait pas. Mais Joe Biden y croit tellement qu’il a averti ses alliés que le déferlement des chars russes sur le sol gelé des grandes plaines ukrainiennes pourrait commencer à l’aube du mercredi 16 février 2022. Quelle précision dans le renseignement ! Depuis l’Irak de 2003 et ses prétendues armes de destruction massive, la CIA a dû faire beaucoup de progrès. 
 
     Biden aime l’Ukraine, où son fils a naguère trouvé un emploi fort bien rémunéré. C’est une nation jeune et sympathique. Le pays est issu de la désintégration de l’URSS, décidée par le Russe Eltsine, l’Ukrainien Kravtchouk, le Biélorusse Shushkevich, lors d’un dîner très arrosé, tenu en catimini, le 8 décembre 1991, dans un pavillon de chasse de la forêt de Bieloviej (sud-ouest de la Biélorussie). La population ukrainienne est plus digne d’éloge que les oligarques tirant depuis trente ans les ficelles du pouvoir à Kiev. Elle a longuement manifesté son attachement à l’Europe durant l’hiver 2013-2014 ; elle a courageusement envoyé ses enfants se battre au Donbass, en août 2014, puis en janvier 2015, contre un ennemi beaucoup plus fort. Les oligarques, faisant de la corruption un système, ont hélas pourri la démocratie ukrainienne jusqu’à la moelle.
 
     Si Biden aime, à raison, les Ukrainiens, pourquoi a-t-il décidé de faire partir tous les citoyens américains d’Ukraine ? Parce qu’il ne saurait, face au méchant ours russe, faire courir les mêmes risques aux diplomates et conseillers militaires américains qu’aux trois millions d’Ukrainiens qui habitent Kiev ? 
 
        Les fonctionnaires américains, qui sont payés pour ça, ne devraient-ils pas au contraire rester auprès de leurs amis ukrainiens, dans cette phase que Washington décrit comme particulièrement dangereuse ? Voit-on les « barbares » russes pénétrer dans les enceintes diplomatiques pour y violer les femmes américaines et assassiner leurs compagnons ? Allons, allons, un peu de sérieux M. Biden. Reprenez-vous. En faisant fuir les investisseurs, vous avez déjà beaucoup pénalisé l’économie ukrainienne. Êtes-vous si sûr que votre hystérie réussira à obliger les Allemands à renoncer au gaz russe pour acheter du gaz de schiste liquéfié américain ?
 
      M. le Président des États-Unis, vous n’avez pas jugé la situation avec suffisamment de sang-froid. Certes manœuvres militaires il y a. Mais y a-t-il eu, depuis l’automne, le moindre incident frontalier ou naval entre les Russes et les Ukrainiens ou entre les Russes et les pays de l’Otan ? Non.
 
         Quand vous dites que M. Poutine n’est pas un tendre, vous avez raison. Mais cet ancien officier du KGB est-il un acteur géopolitique irrationnel ? Je ne le crois pas. Or quel serait son intérêt à envahir l’Ukraine ? Avoir à gérer une guérilla en plein cœur de l’Europe ? Il a connu l’échec soviétique en Afghanistan ; il n’a aucune envie de plonger l’Armée Rouge dans un nouveau bourbier.
 
           Quand il s’adresse à nous, Occidentaux, Vladimir Poutine est indéniablement rude sur la forme. Il n’hésite pas à laisser ses cyber-corsaires infiltrer nos infrastructures. Mais quand on l’écoute sans hystérie, on s’aperçoit qu’il n’a pas tort sur tout.
 
         Est-il vrai que les Occidentaux ont, après la décision de Moscou de retirer ses troupes d’Allemagne de l’Est, pris des engagements devant Gorbatchev de ne pas étendre l’Otan vers l’est ? D’après le témoignage de Jack Matlock, le dernier ambassadeur américain en URSS, c’est vrai.
 
           On reproche à Poutine d’avoir, en août 2008, aidé militairement le séparatisme ossète en Géorgie. C’est exact. Mais l’Otan n’a-t-elle pas, en mars 1999, aidé militairement le séparatisme kosovar en Serbie ?
 
        En géopoliticien classique, Poutine est obsédé par la sécurité du territoire russe. Nous préférerions que sa priorité soit d’établir un État de droit en Russie. Mais il a 69 ans, et nous ne le changerons pas. Il ne veut pas d’une intégration de l’Ukraine dans l’Otan. Cette demande est-elle aussi scandaleuse qu’on le dit ? Posons-nous une seule question : comment réagirait Washington si la Russie entrait en alliance militaire avec le Mexique, et y installait des missiles braqués sur les infrastructures américaines ? 

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3 comments

  1. Roland Paingaud

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    ALORS JOURNALEUX , ON AIME PAR DESSUS TOUT LA LIBERTE D’EXPRESSION IL PARAIT !??

    Le salmigondis libéral habituel du Figaro.
    Ce n’est pas avec des pseudo-droites que Géopragma nourrira une contre-information.

    Sous la Horde D’Or, aux XIII°-XIV°, les communications russes sont devenues difficiles, opprimées ; c’est alors qu’est née la divergence qui, six siècles plus tard, aboutissait à des revendications pseudo-ukrainiennes, promues par des activistes ukrainiens très sporadiques, mais soutenus par la C.I.A. , les services spéciaux israéliens, les réseaux Soros, et consorts.
    En reconnaissant magnanimement à Poutine des droits à la défense, tout en passant sous silence la menace fondamentale de l’O.T.A.N. d’une province intrinsèquement russe, la pseudo-droite dans cet article soutient a posteriori l’islam féroce et envahissant à l’origine de la divergence.

    Poutine, et le peuple russe entier, savent que si cette séquelle de la Horde D’Or aboutissait à la séparation totale, ce ne serait pas par dessein du bonheur d’une nation ukrainienne, mais de la destruction du peuple russe, réfractaire au progressisme de l’OCCIDENT-Ouest en décomposition, dans laquelle surnagent farouchement les réseaux militaro-industriels américains.

    Le Figaro est viscéralement plus proche de Soros que de n’importe quel peuple.

  2. Roland Paingaud

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    Le salmigondis libéral habituel du Figaro.
    Ce n’est pas avec des pseudo-droites que Géopragma propagera l’essentiel.

    Sous la Horde D’Or, aux XIII°-XIV°, les communications russes sont devenues difficiles, opprimées ; c’est alors qu’est née la divergence qui, six siècles plus tard, aboutissait à des revendications pseudo-ukrainiennes, promues par des activistes Ukrainiens très particuliers, mais soutenus par la C.I.A. , les services spéciaux israéliens, les réseaux Soros, …
    En reconnaissant magnanimement à Poutine des droits à la défense, tout en passant sous silence la manipulation fondamentale de l’O.T.A.N. d’une province russe, la pseudo-droite de cet article soutient à posteriori l’islam bestial et envahissant à l’origine de la divergence.

    Poutine, et le peuple russe entier savent très bien que si cette séquelle de la Horde D’Or aboutissait à la séparation totale, ce ne serait pas avec le dessein du bonheur d’une nation ukrainienne, mais avec celui de la destruction du peuple russe, réfractaire au progressisme de l’OCCIDENT-Ouest décadent.
    Le Figaro est viscéralement plus proche de Soros que de n’importe quel peuple.

  3. Xavier DENIS

    Répondre

    Pourquoi disserter sur Biden alors que le sujet est le comportement de la Russie en Ukraine et la réaction de l’Europe ?

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