Billet d’actualité par Dott. Dario Rivolta du 22 août 2021, ancien député et Vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement de la République d’Italie

Quelle sera à l’avenir la qualification correcte de ce qui se passe en Afghanistan: « retraite », « défaite”, “évasion”, ou simplement « honte »? Ce que nous pouvons déjà dire, à ce jour, c’est que, si le départ des troupes américaines et de l’OTAN était juste prévisible, la manière dont il a été mis en œuvre n’est que la dernière des erreurs d’une guerre qui put être consensuelle, mais qui s’est ensuite poursuivie avec superficialité et incompétence. Désormais et à juste titre  Biden est culpabilisé, à la vue des images télévisées qui sont la résultante de sa décision soudaine: des milliers d’Afghans effrayés, prêts à prendre le risque d’être tués par la foule pour arriver à l’aéroport, des personnes désespérées qui s’accrochent aux escaliers de l’avion au départ ou même aux ailes sans même les abandonner au moment du décollage, la perspective de toutes les formes de violence contre les femmes et les filles, les troupes des talibans, les gens qui entrent dans la ville sans frapper un coup, un président qui a fui le pays quelques heures après qu’il ait annoncé que Kaboul “résisterait”…. Même un journal américain traditionnellement proche des démocrates, The Atlantic, écrit: “cette trahison s’inscrira dans l’infamie et le fardeau de la honte s’abattra sur le président Joe Biden. » Comment ne pas partager cette émotion, mais la comparaison que d’aucuns font avec Saigon et la débâcle au Vietnam n’est pas appropriée. Après le départ des soldats américains, le gouvernement du général Van Thieu dura encore deux ans avant de devoir tout céder au vietcong. Même le départ des Soviétiques en 1989 n’est pas comparable. Leurs troupes ont mis neuf mois à quitter définitivement le territoire afghan et leur retraite a été organisée dans les moindre détails. Le gouvernement afghan qu’ils ont laissé à Kaboul a résisté à une guerre civile jusqu’en avril 1992 et n’est pas tombé aux mains des seuls Talibans, mais aussi au célèbre général Massoud qui occupait toute la partie nord du pays.

Les événements de ces jours ont donc une histoire en soi et, alors que la majorité des analystes cherchent (naturellement) à prédire ce qui pourrait se passer et comment vont se comporter les nouveaux “propriétaires” du Pays, il est tout aussi utile, sinon plus encore, de comprendre ce qui a mal tourné et comment cela a été possible, après vingt ans de combats entre les troupes armées du monde entier -l’OTAN – et un groupe de guérilléros aguerris, les premiers s’en allant la queue entre les jambes, et les seconds voyant grossir leurs rangs chaque jour qui passe.

Les images diffusées à la télévision dans le monde entier qui décrivent le drame de personnes désespérées essayant de monter à bord de n’importe quel avion donnent, naturellement, une image fortement négative non seulement des Américains, mais de l’ensemble de l’OTAN et, par conséquent, de nous tous, les Occidentaux. Personne ne peut nier que la direction de l’OTAN est américaine et qu’ils étaient à la tête des opérations militaires et qu’ils indiquaient aux  alliés comment traiter avec le gouvernement local, que faire, où et quoi financer, etc. Bien entendu, nos concurrents, les Chinois, se feront un plaisir de nourrir cette image négative et déjà de Pékin, on invite à observer que “Les Occidentaux ne savent que détruire sans construire, alors que nous, nous ne nous rendons dans d’autres pays que pour construire”.

Avant d’énumérer toutes les erreurs commises, il est cependant bon de rappeler les résultats positifs qu’a connu la population afghane au cours de ces vingt dernières années: la mortalité infantile a diminué de moitié, les années de fréquentation scolaire et d’augmentation de l’éducation à trois millions et demi de filles (bien qu’environ deux millions ne fréquentent toujours pas les écoles), le nombre de diplômés a augmenté, et de nombreuses femmes ont un emploi décent dans le secteur privé ou le public. L’espérance de vie des femmes a augmenté d’au moins dix ans, il y a une certaine diffusion des téléphones portables et des ordinateurs privés et cela, associé à la multiplication des médias indépendants, a offert une ouverture sur le monde. Malheureusement, on ne sait pas dans quelle mesure cela restera sous le gouvernement taliban, qui ne repose que sur une mauvaise lecture du Coran et de la Sharia. Cependant, même pour ces fanatiques, il ne sera pas facile d’effacer bon nombre de ces nouvelles habitudes  qui, du moins dans les villes, ont imprégné l’âme de nombreux hommes et femmes.

Réfléchissons cependant aux erreurs commises et aux raisons pour lesquelles une victoire militaire et politique (maintenue entre 2001 et 2005) s’est ensuite transformée en défaite totale.

Lorsque la guerre a commencé et que les troupes de l’OTAN ont chassé les Talibans de Kaboul, il y eut une attitude généralement positive parmi l’ensemble de la population. Les attentes des Afghans pour une vie plus libre et plus de bien-être étaient nombreuses et les soldats étrangers étaient davantage considérés comme des “libérateurs” que des “envahisseurs”. Les Talibans ont également compris qu’ils avaient été vaincus et, entre 2002 et 2004, ils ont demandé à plusieurs reprises au président élu Karzaï d’être associé au gouvernement du pays, bien qu’en tant que force minoritaire. Karzaï a demandé aux Américains, mais le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld l’a fait savoir, même à travers une conférence de presse (sic!), que c’était parfaitement inenvisageable. Ce fut le début de la fin.

Les Américains, habitués à être un grand pays puissant et respecté n’ont jamais essayé (du moins leurs politiciens) de développer une quelconque empathie envers les cultures étrangères ni même de connaître en profondeur l’histoire des pays dans lesquels ils se trouvaient. Les mêmes soldats envoyés combattre, puis garder, n’étaient pas suffisamment éduqués sur ce qu’ils rencontreraient et, comme cela s’est également produit en Irak, ils se sont souvent retrouvés à adopter envers les habitants des comportements qui leur semblaient normaux alors que pour de nombreux Afghans, ces comportements s’associaient à des infractions. L’incapacité de comprendre la dynamique sociale et culturelle de l’Afghanistan les a amenés à prendre des décisions qui se sont avérées totalement fausses.

L’une d’elles était de ne pas accorder le poids voulu aux grandes tribus et de ne pas tenir compte des hostilités historiques qui les divisaient parfois. Les Talibans ont pu exploiter les rivalités tribales et aiguiser le sentiment d’éloignement des tribus qui n’étaient pas impliquées dans les privilèges du pouvoir. Les relations entre les différents groupes ethniques, Tadjiks, Azari, Ouzbeks et Pachtounes ont également été sous-estimées et, surtout, les différences d’évolution culturelle et de préparation au changement entre les villes et les campagnes n’ont pas été prises en compte.

J’ai eu l’occasion de rencontrer lors de leur visite en Italie le président Karzaï (ethniquement pachtoune) et son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Abdullah Abdullah (tadjik).  Cela s’est passé à Rome, en présence d’un de nos sous-secrétaires dont je préfère ne pas citer le nom. Notre politicien, pendant le déjeuner, s’est senti obligé de dire péremptoirement au Président qu’il devait, immédiatement, faire des lois pour libérer les femmes, interdire la Sharia et diriger un gouvernement laïque ouvert aux valeurs du monde occidental. Calme et avec un bon anglais, Karzaï a répondu en disant que des réformes aussi importantes ne pouvaient pas être faites soudainement car elles allaient à l’encontre des traditions de la grande majorité de la population. La modération et le temps étaient nécessaires, et les sentiments de ceux qui pourraient réagir négativement ne devraient pas être affectés. Abdullah acquiesça.

Malheureusement, le succès de la guerre a assez facilement fait croire à ceux qui ne voulaient pas comprendre les réalités locales que tout était possible et les occupants ont commencé à se comporter en maîtres et à être perçus comme de véritables “étrangers”.

Un facteur qui a aliéné la majeure partie de la population était la corruption qui s’est propagée presque immédiatement avec l’arrivée des dollars américains, européens et du FMI. Ceux qui pouvaient gagner une place proche de n’importe quelle entité ou réalité étrangère auraient non seulement gagné beaucoup plus que ceux qui n’avaient pas réussi mais, s’ils le voulaient, pourraient également « arrondir » leur rémunération. Comme cela s’est produit au Moyen Âge avec le cardinalat, les charges publiques ont été vendues ou confiées sur la base de la consanguinité ou de l’appartenance tribale. Même parmi les militaires afghans, éduqués par l’Occident, on savait que de nombreux commandants s’emparaient de la nourriture, du carburant et des fournitures destinées aux troupes pour les revendre sur le marché noir. Aussi sur les salaires des soldats, certains ont spéculé et très peu ont déclaré qu’un plus grand nombre de membres du personnel de leurs départements perdaient leur salaire dû (la même chose s’est produite en Irak). Karzaï lui-même était soupçonné d’avoir tiré des avantages personnels de ses contacts avec la compagnie pétrolière Unocal ou avec d’autres entreprises étrangères, tandis que son frère Ahmed Wali Karzaï contrôlait le commerce de l’opium dans des régions entières du pays, travaillait pour la CIA et recrutait des paramilitaires pour qu’elle les utilise contre les insurgés. Il était à la tête du conseil provincial de Kandahar et l’un des hommes les plus puissants d’Afghanistan. Il a été tué lors d’une attaque non revendiquée par les talibans.

Cette atmosphère corruptrice s’est avérée présente dans tout le pays, ce qui a conduit un nombre croissant de citoyens à considérer le gouvernement central et ses ramifications locales comme profitant et servant les “étrangers”. Après la victoire éclatante de ces derniers jours, un porte-parole des talibans a admis qu’il n’avait pas gagné grâce aux armes, mais parce qu’il avait le soutien de la majorité de la population. Les preuves nous montrent que ce n’est pas loin de la vérité.

L’arrogance des puissants et les injustices étaient une chose quotidienne, et un exemple simple du déroulé peut être vu dans la façon dont les terres ont été saisies aux propriétaires légitimes sans que les victimes puissent s’y opposer. Pour ne citer qu’un exemple, un chef tribal des Alizai, tel Raees Baghrani, a été exproprié sans explication d’une grande partie des terres de la tribu par un seigneur de guerre proche du gouvernement. En réponse, lui et sa tribu ont cédé leurs armes et toutes les terres restantes aux Talibans, obtenant d’eux une protection en retour.

Tout cela ne pouvait qu’être connu par les dirigeants politiques et militaires de l’alliance, mais il a été décidé qu’il valait mieux laisser les choses aller et faire semblant de ne pas savoir. On soupçonne également que même parmi les Occidentaux, certains ont pu bénéficié de cette situation.

Biden est certainement le plus responsable de ce qui se passe ces jours-ci et de la façon dont les choses vont évoluer, mais les fautes des dirigeants américains ont commencé à partir de la présidence Bush et se sont poursuivies ensuite avec Obama et Trump.

Dès le début, la décision a été prise de ne pas entraver la culture de l’opium, à l’exception de quelques exemples sporadiques à offrir aux médias internationaux. Au cours de ces vingt années, la culture du pavot a même augmenté. Ce sont en partie les Talibans eux-mêmes qui ont forcé les agriculteurs à le cultiver dans les territoires qu’ils contrôlaient, mais même là où le gouvernement de Kaboul était dominant, la production s’est poursuivie sans crainte. Le problème est que les coquelicots, une fois récoltés, ont dû arriver au Pakistan, où ils ont été transformés en héroïne dans les laboratoires locaux. La frontière avec le Pakistan était contrôlée par les Talibans dans la région pachtoune et les guérilléros imposaient de lourds droits de passage. La même chose s’est produite sur le chemin du retour alors que les marchandises “travaillées” y revenaient pour prendre le chemin du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan ou de l’Iran. Il n’est pas exagéré de dire que la guérilla a été en grande partie financée précisément par le commerce de l’opium autorisé par les troupes d’occupation.

Le Pakistan était une autre des grandes erreurs commises par Washington. Islamabad, mais surtout les services secrets pakistanais (ISI) dans toutes ces années ont fait un double jeu: permis, voire encouragé, le transit de terroristes de l’autre côté de la frontière, ont accueilli en le sachant les chefs Talibans (et d’Al-Qaida, comme on l’a vu avec Oussama Ben Laden); fourni du matériel et de la formation à la milice qui a progressivement rejoint la bande à la guérilla; ils ont même pu virer aux Talibans une partie des fonds que les américains envoyaient au Pakistan destinés à la sécurité du Pays (pas moins de 12 milliards de dollars). Tout le monde sait que les Chinois ont depuis longtemps une relation privilégiée avec les différents gouvernements pakistanais et à Pékin, ainsi qu’à Moscou et à Téhéran, cela ne dérangeait pas que quelqu’un (c’est-à-dire nous) fasse pression sur les groupes fondamentalistes afghans. C’était une garantie que les actions terroristes n’atteindraient pas leurs pays et c’est également l’objectif principal des réunions que les deux gouvernements ont eues ces dernières semaines avec des représentants des Talibans. En même temps, il était pratique pour tous, pour des raisons évidentes, que les Américains y restent enlisés le plus longtemps possible. Que le Pakistan fasse semblant de coopérer avec les occidentaux d’une part et en même temps d’aider les Talibans de l’autre était un fait qui ne dérangeait pas (en effet!) ceux qui avait des difficultés avec Washington dans d’autres parties du monde.

Les principales raisons pour lesquelles les Pakistanais ont continué à vouloir de bonnes relations avec les Talibans sont plus d’une. Tout d’abord, l’ethnie pachtoune chevauche la frontière entre les deux pays et il devient difficile, même s’ils le souhaitent, d’empêcher tout contact entre ceux d’Afghanistan et ceux du Pakistan. Les liens familiaux et économiques continuent d’exister de l’autre côté de la frontière, à tel point qu’au moment du détachement de l’Inde, il y avait des différends avec Kaboul pour savoir où fixer la frontière. Deuxièmement, c’est précisément l’Inde qu’Islamabad veut éloigner de l’Afghanistan. Le gouvernement du président Ghani a fait de nombreuses ouvertures à Delhi et les échanges entre les deux gouvernements s’intensifiaient. Ce n’est pas un hasard si l’Inde y a 24 consulats alors que le Pakistan n’en a que quatre. La crainte que Delhi puisse utiliser l’Afghanistan comme tête de pont pour “entourer” le Pakistan est depuis longtemps une phobie constante pour tout gouvernement pakistanais. À cet égard, il convient de rappeler que le Pakistan lui-même était le seul (ou l’un des rares) pays à avoir accepté de reconnaître le gouvernement des Taliban lors de leur première prise de pouvoir.

Une autre grave erreur a été de retarder dans le temps la formation d’une armée afghane. Même Bush a admis plus tard, dans ses mémoires, que c’était une erreur: “pour tenter de ne pas avoir à faire supporter au gouvernement afghan des dépenses insoutenables…nous avons gardé leur armée trop petite.”

Ensuite, cela a été corrigé, mais en faisant une autre erreur: enrôler qui que ce soit, sans en vérifier les motivations. Dans une enquête menée en 2017 auprès de 1 657 officiers dans onze provinces, seuls onze pour cent ont déclaré s’être enrôlés pour combattre les talibans. Les autres ont admis qu’ils l’avaient fait pour un salaire. Il est évident que mettre un uniforme était justifié par l’argent perçu, mais pas pour mourir au combat…
>>> Un érudit coranique des Talibans, interrogé par un journaliste occidental, a répondu: “Les Talibans se battent pour la foi, pour le Paradis, pour tuer les infidèles…l’armée et la police ne le font que pour de l’argent”. Le résultat a été vu ces jours-ci avec la reddition presque partout sans combattre et en cédant leurs armes aux guérilleros. Enfin, il faut ajouter que les sentiments tribaux encore répandus dans une grande partie de la population définissent comme “valeur individuelle” la résistance à l’occupation des étrangers. La présence des Américains en Afghanistan était et est ressentie comme une « attaque” contre ce que signifie être « Afghans » et c’est-à-dire défendre l’honneur, la religion, sa patrie. Et un gouvernement perçu (naturellement) comme entaché d’être aligné avec les occupants étrangers ne pouvait certainement pas susciter de tels velléités à combattre.

D’autres (et nombreuses) erreurs ont été commises. Comme lorsque, par exemple, Obama a autorisé une « augmentation » des troupes mais a fixé une date limite pour leur séjour. Ou lorsque des bombardements « ciblés » frappant par erreur des passants lors de mariages ou de fêtes locales. Ou même lorsque, sans s’en rendre compte, l’armée américaine est intervenue croyant qu’elle frappait les Talibans et n’était au contraire qu’un outil involontaire de querelles locales en faveur de l’un plutôt que de l’autre.

Plus récemment, la situation s’est même aggravée. La guerre, devenue très impopulaire aux États-Unis quel qu’en soit le président, tant en campagne électorale que pendant son mandat, les USA ont annoncé un retrait quasi définitif des troupes. Obama l’a fait et Trump l’a répété avec encore plus de détermination. Ce dernier, en février 2019, a ouvert des négociations à Doha avec des représentants des Talibans, exigeant même du président Ghani qu’un de leurs dirigeants soit libéré, détenu, afin qu’il puisse participer aux pourparlers.

À la demande de son homologue, il a été convenu que les réunions devaient se tenir sans la présence de représentants du gouvernement afghan, ce qui constituait la première grande délégimitation de ce gouvernement. Un accord préalable a été conclu et prévoyait la libération des prisonniers respectifs, la cessation des attaques, la préparation à de nouvelles élections et, surtout, l’engagement des Talibans à ne plus permettre aux groupes terroristes de trouver refuge sur le territoire. En retour, les Américains se retireraient en quelques mois. Que quelqu’un puisse vraiment croire de tels engagements de la part des guérilleros semble impossible, mais Trump, poussé par des exigences de politique intérieure, a fait semblant de les croire. Les attaques se sont cependant poursuivies, un soldat américain a été tué et il y eu de nombreux blessés. Même à contrecœur, Trump a été contraint de considérer les pourparlers comme “un échec.” Pour la campagne électorale, cependant, il était nécessaire de démontrer aux électeurs américains que l’engagement de retirer les soldats serait maintenu et en novembre 2019, il a donné l’ordre de reprendre les négociations. Avec les résultats que nous connaissons.

Biden a également fait campagne pour la fin de la guerre en Afghanistan et le retour de tous les soldats. Il n’a pas eu le courage (ou le bon sens) de rejeter les accords avec les Talibans et a décidé non seulement de procéder au retrait, mais de le faire sans prévenir l’armée US, l’Afghanistan, ou sans remettre en cause les livraisons en particulier d’armes.  Comment être surpris dès lors que l’armée afghane ait fait défection…


 Ce qui se passe ces jours-ci n’est pas quelque chose d’inattendu. La CIA et les généraux américains avaient averti l’administration qu’un retrait total et dans un court laps de temps signifieraient une avancée écrasante des Talibans et l’effondrement total du gouvernement Ghani. Il est inutile pour Biden de prétendre que ce sont des événements imprévisibles. Sans être un agent secret, il était clair pour tout analyste de la politique internationale qu’un tel retrait sonnerait comme une bousculade, avec pour conséquence nécessaire d’éliminer tout désir de résistance de ceux qui préféreraient s’y opposer et d’amener au découragement et au désespoir ceux qui n’avaient pas d’alternative.  

Maintenant, les analystes peuvent s’aventurer à deviner quel sera l’avenir du pays même si, en réalité, personne ne peut le prédire honnêtement car les variables sont encore très nombreuses. Il est vrai que les Talibans ont gagné parce qu’une grande partie de la population les préférait aux “étrangers”, mais cela ne suffit pas à imaginer que leur pouvoir soit volontiers accepté même par ceux qui les ont aidés jusqu’à présent. Et il faut aussi regarder vers les Tadjiks où le fils du Grand général Massoud a annoncé qu’il avait déjà organisé la résistance.

Ce qui reste comme établi (et nous espérons qu’il n’y a pas d’autres évêques de « l’exportation de la démocratie » qui ne la comprennent pas), c’est qu’il est impossible de faire naître de l’extérieur des processus politiques calqués sur les modèles occidentaux. Pour qu’ils durent, il est essentiel qu’ils trouvent des racines dans la culture locale et qu’ils naissent spontanément.

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