Billet du Lundi 17 mars rédigé par Patricia Lalonde, Vice-présidente de Geopragma.
Bagdad a accueilli la septième conférence internationale de l’« Institut du Dialogue pour la Paix » qui avait pour mission de promouvoir la démocratie dans le pays en y renforçant la société civile et les institutions…
Deux jours de dialogue entre chercheurs et politiques internationaux avec toutes les instances du pays.
Le projet de corridor « the Iraq Development Road », qui relierait l’Asie à l’Europe à partir du « Grand Faw Port » et passant par Istanbul, a largement été abordé : il s’agit de faire revivre l’ancienne voie ferroviaire Bagdad/Berlin.
En quelque sorte il s’agit de doubler sur terre le Canal de Suez avec un réseau d’autoroutes, de trains rapides, de pipelines, de câbles, permettant aux pays voisins de profiter de cette nouvelle infrastructure pour se moderniser, diversifier leurs économies, faciliter la recherche et l’éducation afin d’attirer des étudiants de toute la région… Un tel projet devrait surpasser les challenges économiques et politiques, attirer des investisseurs et des alliés, et éviter de défendre des positions extrémistes.
Le premier ministre Mohamed Shia al Soudani a fait un discours fort en faveur d’un dialogue libre, pendant que Nechirvan Barzani, le Président de la région du Kurdistan a rappelé l’importance d’une plus forte intégration entre Bagdad et Erbil afin de démontrer le potentiel de l’Irak à devenir un pont pour la paix plutôt qu’un terrain de conflit.
Ces projets devraient être adaptés aux principaux blocs qui font le nouvel Irak :
Les Chiites, les Kurdes et les Sunnites… Et doivent surtout permettre de lutter contre toute velléité de retour à un islam rigoriste.
La répartition des postes entre chaque groupe n’en facilite d’ailleurs pas la tâche.
Le président doit être un Kurde, le premier ministre un Chiite et le président du parlement un Sunnite.
Cette répartition des rôles a amené de façon totalement absurde à un troc entre les groupes chiites et sunnites au parlement qui ont réussi à proposer une loi autorisant le mariage des fillettes dès 9 ans ! Les Chiites cherchant à obtenir l’assurance que les Sunnites les protègeraient contre toute violence et lutteraient pour empêcher la résurgence de Daesh ; en contrepartie les Chiites accepteraient d’appliquer la Sharia sunnite sur l’âge du mariage des filles !
La conférence ne pouvait ignorer la nouvelle situation en Syrie où certains massacres d’Alaouites et de Chrétiens avaient déjà commencé.
Les Irakiens se sont montrés prudents, n’oubliant pas à quel point leur pays avait souffert de l’extrémisme islamiste quand Daesh occupait une partie du territoire…
Le président de l’Union Patriotique du Kurdistan, Bafel Jalal Talabani, a appelé à la formation d’un gouvernement syrien, représentant tous les groupes, les Kurdes, les Chrétiens et les autres. Il a appelé à un dialogue en profondeur avec les principaux pouvoirs sur l’avenir de la Syrie.
Malheureusement ce que nous avions prédit est arrivé : le nouveau pouvoir d’Ahmed al Charaa à Damas n’a pu ou n’a pas voulu arrêter les massacres commis par islamistes radicaux contre les Alaouites et les Chrétiens.
Le chaos est maintenant installé en Syrie et une résurgence de Daesh demeure possible.
Les Irakiens, après avoir connu un tel scénario : chute de Saddam Hussein, guerre civile et implantation de Daesh sur une grande partie du territoire redoutent une contagion syrienne.
Ils suivent avec attention les nouveaux développements en Syrie qui semble menacée par un morcellement de son territoire. Certains voudraient l’appeler « fédéralisme » mais peut-être est-ce un moyen d’échapper à l’islamisme radical sur tout le pays ?
Le récent assassinat dans une opération conjointe des forces irakiennes et kurdes, appuyés par les Américains, d’Abdullah Maki Musleh al Rifai (dit Abu Khadija), le patron local d’ISIS, en est peut-être la démonstration…