Billet du Lundi 23 mars rédigé par Pierre de Lauzun, membre fondateur et membre du Conseil d’administration de Geopragma.
C’est le titre d’un livre que je viens de publier aux éditions Boleine. De quoi s’agit-il ? Dans l’esprit de Géopragma, géopolitique réaliste, il s’agit de voir comment, dans le contexte actuel, peut se situer une ligne politique et stratégique qui tienne pleinement compte de la réalité des rapports internationaux, mais sans abandonner pour autant l’idée que si on choisit une politique, c’est en vue d’un certain bien, donc sans écarter le souci de ce qu’on peut appeler le bien commun. Il faut donc mettre en perspective ces deux préoccupations.
Aujourd’hui plus que jamais, la scène internationale est composée de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n’est pas de pouvoir régulateur. Leurs rapports sont en général relativement paisibles, mais à l’occasion l’un ou l’autre recourt à la force pour imposer ses vues. Face à cela, il n’est en général pas d’autre solution que de mettre une force en face. C’est là qu’intervient la pensée stratégique. Elle porte sur l’opposition de deux volontés luttant pour l’emporter, éventuellement par la destruction des forces adverses. Mais le résultat de la confrontation de ces volontés raisonnablement intelligentes, poursuivant des buts opposés, est intrinsèquement imprévisible. C’est un élément majeur d’indétermination du futur, et par la même, occasion un scandale intellectuel.
A ce scandale s’ajoute un scandale éthique : comment rechercher le bien commun lorsque, d’une part, on ne sait réellement pas ce qui va résulter de notre action, et que d’autre part on n’avance qu’en occasionnant un certain mal, chez l’autre comme chez soi ? On ne répondra pas à cette question en parachutant d’en-haut et abstraitement des jugements moraux a priori. Il faut analyser la logique même de la stratégie, examiner les conditions effectives de son exercice dans le monde réel, et regarder enfin si on peut discerner des lignes de conduite moralement satisfaisantes. Notre monde est en pleine mutation, avec des puissances en ascension et d’autres en recul, et de moins en moins régulé. Evaluer le potentiel des uns et des autres est changeant et incertain. Compter sur le droit est sympathique, mais peu fiable. Se fier à ses forces est souvent trompeur. Une conduite éthique reste possible. Mais elle devra se fonder sur une analyse réaliste, et sur la recherche cas par cas du plus grand bien qui apparaît alors possible.
D’où le plan de ce livre, qui part de la logique paradoxale de la stratégie, et poursuit sur la problématique particulière de notre monde à la fois multipolaire et aux acteurs très inégaux, tant militairement qu’économiquement. Il évoque ensuite les pistes de solutions trompeuses ou partielles comme le piège de l’idéologie, notamment occidentale, ou l’idée réductrice des conflits de civilisations. Il pose alors la question de la recherche du bien commun dans un monde divisé et en lutte, où le recours au droit et à l’ONU s’avère d’efficacité bien limitée, sans parler de l’utopie d’une généralisation de la démocratie à l’occidentale.
Il se confirme alors que le souci de ce bien commun est en définitive de la responsabilité de chacun des acteurs, essentiellement étatiques, selon un jugement moral éduqué, cas par cas, fondé sur des principes, mais tenant compte de la réalité de forces aux multiples facettes, constamment changeantes. Le véritable bien est à ce prix.




