Veille effectuée par Marc-Adan Ourradour*

Les évènements de la semaine :

19/06

  • Rencontre entre les ministres des affaires étrangères italien et turc à Ankara. 
  • Le vice-président turc a déclaré une intensification de la coopération entre Ankara et Washington sur le dossier libyen.

20/06

  • Dans un discours télévisé le président Egyptien, Abdel Fattah al-Sissi a prévenu qu’un franchissement de l’axe Syrte/Al Jufra par les forces du GUN pourrait mener à une intervention directe de l’Egypte. Il a également rendu visite aux troupes stationnées proche de la frontière libyenne.

21/06

  • Les forces de l’Armée Nationale Libyenne annonce la mise en place d’une « No Fly Zone » autour de Syrte.
  • Le ministre de la défense grec lance un avertissement à la Turquie. « We will burn those Approaching our Land »

22/06

  • Le président français Emmanuel Macron a déclaré que la Turquie jouait un jeu dangereux en Libye et que la France ne pouvait l’accepter.
  • Une délégation du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) est arrivée à Zouara (est de Tripoli).
  • L’ambassadeur américain en Libye a déclaré que le conflit favorisait un possible retour de l’Etat Islamique et d’Al Qaida sur le territoire libyen.
  • Le président tunisien Kais Saied a été reçu par Emmanuel Macron à l’Elysée. Il déclare que la Tunisie ne tolérera pas une partition de la Libye, que le gouvernement de Tripoli est temporaire, et qu’il devra être remplacé par un gouvernement légitimé par le peuple libyen.

23/06

  • Le ministre des Affaires étrangères russes, Sergei Lavrov, a eu des entretiens téléphoniques avec ses homologues turc et égyptien. Il a déclaré que la Turquie et l’Egypte acceptaient l’idée que des acteurs externes créent les conditions d’un dialogue inclusif.
  • La Mission d’appui des Nations Unies pour la Libye annonce la création d’un groupe de travail sur le Droit International Humanitaire et les Droits de l’homme pour la Libye.
  • L’ANL achemine des renforts à Syrte.
  • Visioconférence des ministres des Affaires étrangères de la Ligue Arabe. Ils se sont entendus pour soutenir l’initiative égyptienne.

24/06

  • Le ministre des Affaires étrangères italien, Luigi Di Maio, s’est rendu à Tripoli pour rencontrer le premier ministre du GUN.
  • Le porte-parole de l’ANL a déclaré que la présence turque en Libye pouvait déstabiliser la région et que les forces de l’est avaient contrarié les plans d’Ankara et des Frères musulmans.
  • Le ministre des Affaires étrangères des Emirats Arabes Unis réaffirme son soutien à la France à la suite des actions agressives de la Turquie.

25/06

  • Déclaration conjointe de Paris, Berlin et Rome pour demander la fin de toute ingérence étrangère dans le conflit libyen, le respect de l’embargo et la suspension des combats.
  • Le GUN demande le retrait des forces du maréchal Haftar de Syrte et Jufra. C’est à cette condition que la Turquie acceptera des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu.
  • Des mercenaires russes stationnent près du champ pétrolier de Chachara au sud du pays.

26/06

  • Entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine. Les deux présidents ont notamment discuté de la crise libyenne et de la nécessité d’instaurer un cessez-le-feu.
  • Plusieurs systèmes sol-air Pantsir-S1 se dirigent vers Syrte.

27/06

  • Des convois de missiles lourds de l’ANL se dirigent vers Syrte.
  • Des mercenaires russes ont été aperçus près d’Al Jufra.

28/06

  • Le chef du GUN, Fayez al-Sarraj, appelle la Cour pénale internationale à envoyer une équipe pour enquêter sur les crimes commis par les forces du maréchal Haftar.

Analyse :

Depuis le début de l’année et grâce au soutien de la Turquie, le Gouvernement d’Union Nationale a réussi à mettre en échec l’offensive des forces du maréchal Haftar sur Tripoli. Les forces de l’ouest du pays ont progressivement reconquis le nord­-ouest du pays (Sorman, Sabrata, Al-Watiya,Tarhounah) et prolongé leur avancée jusqu’à Syrte, point stratégique qui sépare le pays en deux. Cette semaine est marquée par un calme relatif et une pause dans les combats. Le GUN n’a pas réussi à faire tomber rapidement Syrte et l’Armée Nationale Libyenne achemine des renforts. Les forces de l’est ont mis en place une solide défense qui pourra s’appuyer sur une No Fly Zone. L’ANL peut également compter sur le soutien de l’Egypte qui s’est dit prête à intervenir en cas de dépassement de l’axe Syrte/Al-Jufra. Malgré la détermination du GUN à vouloir reconquérir l’entièreté du territoire, la position de l’Egypte et les pressions de la communauté internationale qui multiplie les demandes pour l’établissement d’un cessez-le-feu peuvent laisser penser qu’une avancée rapide des forces du GUN en cyrénaïque sera très compliquée.

On est toutefois toujours loin d’un quelconque accord entre les deux parties. L’ONU n’a toujours pas trouvé de médiateur pour la Libye qui fasse consensus.  Au début du mois, l’Egypte a présenté un plan pour la Libye qui propose la mise en place d’un cessez-le-feu, la poursuite des négociations, le désarmement des milices, le départ des supplétifs étrangers et la création d’un Conseil présidentiel élu. Cette semaine, la Ligue Arabe a approuvé ce plan déjà salué par une grande partie de la communauté internationale à l’exception de la Turquie. Quid de la position d’Ankara si cette proposition avait était faite par un pays neutre et non pas par le Caire qui soutient ouvertement l’ANL pour contrer l’influence des Frères musulmans et de préserver la sécurité de ses frontières ? Pourtant un accord serait le bienvenu, les populations souffrent de l’arrêt de l’exploitation des champs de pétrole qui représentent une grande partie du PIB, des mines et de la menace d’une crise sanitaire.  Le conflit Libyen est d’abord une guerre civile qui oppose le GUN de Tripoli au gouvernement de Benghazi dont la principale force est l’ANL. La Libye est un pays tribal et l’équilibre (forcé) du temps de Kadhafi sera difficile à retrouver. Cependant les tribus ne sont pas toute entièrement impliquées dans le conflit, et certaines ont déjà changé de camp plusieurs fois, se plaçant du côté du plus fort. Le conflit est également marqué par l’utilisation de mercenaires étrangers payés grâce à l’argent des puissances alliées. Le GUN a largement profité de l’engagement de mercenaires tout droit venus de Syrie et payés par la Turquie. Mais l’ANL possède également ses mercenaires, notamment soudanais. L’action de la Turquie qui désormais agit à visage découvert sans prendre la peine de dissimuler son intervention marque peut-être un tournant dans la façon qu’ont et qu’auront à l’avenir les puissances d’intervenir dans un conflit. Certains pays pourraient être tentés d’imiter Ankara, en Libye ou ailleurs. Les récentes tensions entre la France et la Turquie montrent les divergences et les rapports de force qui existent au sein de l’OTAN. Dans une moindre mesure c’est aussi le cas avec l’Union Européenne avec l’Italie qui penche plus en faveur du GUN. Certains pays peuvent coopérer sur un théâtre et être adversaires sur un autre. Des négociations peuvent alors avoir lieu entre les deux pays et l’évolution de la situation dans un conflit peut avoir une influence sur un autre. Le conflit libyen a également démontré l’efficacité des drones. Une flotte de drones modernes est un atout puissant qui donne de la flexibilité à l’intervention de puissances étrangères. L’utilisation de mercenaires et de drones témoigne d’une nouvelle façon de faire la guerre qui pourrait faire école chez les grandes puissances, leur permettant de ne plus ou très peu engager de troupes dans des pays étrangers.

*Marc-Adan Ourradour, stagiaire chez Geopragma

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