[Le Figaro] – « Nucléaire iranien : « La sortie des Etats-Unis est une chance pour la France » »

Par  [Le Figaro] – 10 mai 2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Caroline Galactéros, en sortant de l’accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis menacent une nouvelle fois la paix du monde. L’experte en géopolitique juge qu’il est temps pour la France et l’Europe de s’émanciper de la tutelle stratégique américaine.

Quitte ou double? L’Amérique sort de l’accord international sur le nucléaire conclu en juillet 2015 après plus de dix ans de négociations avec l’Iran. Accord sans doute imparfait mais protecteur, dont l’AIEA a garanti à 11 reprises le respect par la partie iranienne. Après le retrait de l’Accord de Paris sur le climat et la dénonciation de grands accords commerciaux, la décision hors tout mandat ou enquête de terrain de frapper la Syrie pour la punir de persister à vouloir exister – frappes auxquelles Paris a malheureusement cru bon de se joindre -, c’est un nouveau désaveu flagrant des mécanismes multilatéraux de gouvernance du monde que sont les Nations unies, leur Conseil de Sécurité et leurs agences. C’est aussi une humiliation pour les autres signataires de l’accord, dont l’engagement solidaire est foulé aux pieds en même temps que la signature américaine se démonétise drastiquement. C’est enfin un coup de force à l’attention du reste du monde occidental et plus encore de l’Europe, qui est priée de s’aligner sur cette provocation et d’en subir docilement les conséquences économiques considérables. L’Amérique ne craint pas de s’isoler en durcissant ses postures. Elle mise sur la pusillanimité et l’éclatement politique de l’Europe pour l’entraîner une fois de plus dans sa logique de repolarisation agressive autour d’elle, phare naturel autoproclamé d’un Occident en grand discrédit moral et politique.

Une triste décision pour la paix du monde en somme. On souhaiterait que la guerre ne finisse jamais au Moyen-Orient et que l’Europe reste divisée et faible stratégiquement à jamais qu’on ne s’y prendrait pas autrement… En Iran, la société comme le pouvoir sont résilients. Le pays poursuivra sans doute l’extension de son influence régionale, notamment en Irak, autre théâtre majeur de sa confrontation avec les États-Unis. Après l’éclatante victoire politique du Hezbollah au Liban, les élections irakiennes qui approchent pourraient être en effet l’occasion de révéler l’ascendant politique et l’ancrage étatique de la milice Badr qu’appuie l’Iran. Le scrutin du 12 mai revêt donc une importance cruciale pour l’avenir du pays mais aussi de la région et les menaces de guerre civile proférées par l’ancien premier ministre Nouri al-Maliki ne sont pas à prendre à la légère.

Crise donc, mais aussi opportunité historique pour l’Europe et la France. Car une telle démonstration de mépris et de volonté de domination doit enfin provoquer une prise de conscience dans une Europe assoupie par le consentement à la soumission et l’allégeance béate. Pour ceux, encore si nombreux, qui ne l’auraient pas compris ou refuseraient de le reconnaître, l’Amérique travaille exclusivement pour les intérêts nationaux américains, non pour le bien du monde. Et quand la réalité d’un rapport de force avec d’autres acteurs la gêne, quand le réel ne lui convient pas ou plus, alors, elle le balaie d’un revers de patte et décide seule de qui sera condamné ou sauvé. La réalité n’a plus d’importance. On met en scène, pour «l’opinion internationale», les fantasmes opérationnels qui agissent comme des leurres permettant de justifier les ambitions et les prédations utiles… Et on menace carrément les insoumis éventuels du pire. Le président américain a prévu le feu de l’enfer pour Téhéran s’il venait à reprendre ses activités d’enrichissement à des fins militaires.

Il a aussi sans équivoque menacé les entreprises européennes comme celles du monde entier de la fermeture du marché américain et de colossales représailles financières si elles avaient l’outrecuidance de prétendre commercer avec le nouveau «Rogue state n°1» diabolisé à l’envi depuis des mois déjà, et déstabilisé sans succès l’hiver dernier. L’extraterritorialité du droit américain, plus flamboyante que jamais, se manifeste ici massivement et sans vergogne comme l’outil cardinal d’un avantage concurrentiel redoutable, permettant en l’espèce de geler un marché iranien convoité par la planète entière… en attendant que les conditions soient réunies de son exploitation juteuse et quasi exclusive par les opérateurs américains. Un changement de pouvoir à Téhéran aiderait beaucoup cette «maturation» attendue de l’économie et de la société iraniennes. D’où l’intérêt de fragiliser son président «modéré», artisan de l’accord sur le nucléaire et favorable à l’ouverture de son pays au monde, pour pousser les courants ultraconservateurs soit à la faute militaire, soit au durcissement interne avec, dans l’idéal, une réaction populaire dégénérant en révolte politique…

L’Europe déstabilisée par le lâchage américain est face à un choix historique: se soumettre une nouvelle fois ou s’affranchir de cette tutelle de fait sur l’économie et sa maturité stratégique de l’UE. L’extraterritorialité du droit américain est-elle à jamais notre lot? Devrons-nous toujours, tels les petits animaux autour d’un point d’eau dans la savane, attendre que le lion ait bu pour oser nous désaltérer prudemment aussi? L’Europe doit sortir de l’enfance stratégique, oser la liberté qui ne signifie nullement l’hostilité, juste la conscience de nos intérêts collectifs propres. De même que Donald Trump s’y entend avec brio pour établir un rapport de force dans la négociation, l’Europe doit s’unir pour refuser le chantage à la soumission ou à l’alignement. Nous sommes certes encore loin d’une alternative monétaire viable et durable à la suprématie du dollar, mais le «contre monde» imaginé par Pékin avance… L’irrigation commerciale chinoise de l’Eurasie, de l’Europe mais aussi d’une partie de l’Afrique, du Moyen-Orient et bien sûr de l’Asie se structure. La grande bascule du monde est en route. L’Amérique inquiète, pour rassembler l’Occident sous sa bannière, joue ici un va-tout dangereux. Car, aveuglée par son hostilité structurelle et anachronique vis-à-vis de la Russie qui est un bout d’Occident à part entière, elle oublie la profondeur et les frontières réelles de cette notion, et peut progressivement se retrouver isolée face au reste du monde si l’Europe prenant conscience d’elle-même, rejoint Moscou, Pékin et leurs multiples alliés dans une résistance à l’imperium américain devenu trop désavantageux. La question iranienne n’est donc pas régionale mais bien globale.

Dans cette tenaille désastreuse et belligène entre deux polarisations aussi invalidantes l’une que l’autre, quel doit être le rôle de la France? Que peut faire Paris aujourd’hui? Sans doute rétablir le dialogue entre Washington et Moscou, les pousser à se souvenir enfin que l’Amérique comme la Russie sont toutes deux des piliers de l’Occident chahuté par l’émergence chinoise et qu’elles ont un intérêt stratégique convergent à fait corps sinon front, face au rouleau compresseur d’une autre nature qui doucement s’articule. Une telle lucidité constructive sera difficile à obtenir de Donald Trump comme de Vladimir Poutine. Elle n’est pas immédiatement politiquement populaire sur le plan interne ni facilement explicable pour l’un comme pour l’autre. Mais la France peut et doit tout faire pour être ce canal intelligent de communication triangulaire, qui voit plus loin que les discordes ordinaires, est capable d’innovation stratégique, veut servir un apaisement global des foyers de tension et une concentration des énergies sur les vraies menaces sécuritaires.

Dans quinze jours, Vladimir Poutine recevra le président français non à Moscou, mais très symboliquement à Saint-Pétersbourg, en miroir de la réception de Versailles et dans les habits de Pierre le Grand. La symbolique européenne est au cœur de cette rencontre. Il faut enfin saisir notre chance de refaire de notre continent un acteur stratégique à part entière utile à la paix du monde, et de la France une puissance médiatrice inégalable. Contre une telle ambition, bien des pressions s’exerceront, mais elle est à notre portée et à notre hauteur. Il faut y entraîner les Européens ou ceux du moins qui acceptent de sortir de leurs égoïsmes revanchards pour donner au rêve européen sa véritable dimension. L’Europe a besoin de sens, de cohérence, et surtout d’oser explorer sans se payer de mots, la question centrale de l’articulation de sa «double souveraineté»: celle de ses États membres et celle qu’elle a besoin d’incarner collectivement face aux autres acteurs stratégiques mondiaux. Il ne s’agit nullement ici d’une Europe qui serait «une France en plus grand». Mais Paris a l’occasion de donner ici l’impulsion initiale fondatrice d’une renaissance crédible. Si nous ne sommes pas capables de nous unir sur un tel projet, alors que tout nous en démontre l’urgence vitale, nous serons ad vitam aeternam le jouet désarticulé des offensives de division américaine, russe, turque et naturellement chinoise. Nous aurons été surtout les fossoyeurs désinvoltes de notre rêve.

Source: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/05/10/31002-20180510ARTFIG00132-nucleaire-iranien-la-sortie-des-etats-unis-est-une-chance-pour-la-france.php

[Magazine – Le mensuel] – « Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma. Une nouvelle guerre froide, plus dangereuse que l’ancienne »

Par Jenny Saleh Magazine – Le mensuel – 04/05/2018

Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma. Une nouvelle guerre froide, plus dangereuse que l’ancienne

Frappes tripartites en Syrie, alignement français sur les positions américaines, renégociation éventuelle de l’accord sur le nucléaire iranien, autant de dossiers qui laissent entrevoir une nouvelle guerre froide inquiétante. Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma (Pôle français de géopolitique réaliste), fait le point sur ces développements qui pourraient bien enflammer la région. 


Lors d’une interview accordée à Fox News le 22 avril, Emmanuel Macron a affirmé que les Etats-Unis et leurs alliés devraient rester en Syrie pour reconstruire une «nouvelle Syrie» et contrer l’influence de l’Iran et de Bachar el-Assad dans ce pays. Que peut-on attendre de la visite d’Emmanuel Macron à Washington? La France est-elle définitivement alignée sur les positions américaines? Je souhaite de tout cœur que ce ne soit pas le cas. Paris n’a aucun intérêt à un quelconque alignement sur les Etats-Unis. Notre ADN stratégique doit redevenir celui d’une indépendance assumée de pensée et d’action et d’une analyse de la conflictualité mondiale et du rôle que nous, Français, devons y jouer en fonction de nos intérêts nationaux stricts et de nos «avantages comparatifs».

Nous n’avons à mon sens rien gagné, si ce n’est mépris et discrédit, à nous laisser entraîner pour complaire à Washington, à frapper de manière précipitée et suspecte, hors mandat de l’Onu et sans preuves la Syrie qui n’attaquait personne. Les objectifs américains au Moyen-Orient ne sont pas les nôtres. Ils sont fondés sur le double ciblage de l’Iran – pour complaire à Israël – et de la Russie pour limiter son influence régionale et empêcher toute autonomisation de l’Europe en matière stratégique, qu’une relation normale et pacifiée avec Moscou pourrait enclencher.

Pour notre président, il s’agit d’aller à Washington pour nourrir sa relation avec le président américain, bien plus pragmatique et créatif que ses tweets compulsifs ne le laissent penser, puis à Moscou dans quelques semaines, non pour faire allégeance à l’un ou à l’autre, mais pour montrer à Donald Trump tout l’intérêt qu’il y a pour lui à avoir comme alliée (non comme vassale alignée) une France qui peut, veut et sait parler à tout le monde, y compris à Moscou et à Téhéran, préservant ainsi d’importants canaux de communication dans une atmosphère où le dogmatisme ignorant, le cynisme et le manichéisme font peser de véritables menaces non seulement sur la paix mondiale.

Tout est fait pour que la guerre en Syrie reparte de plus belle, que les Russes perdent patience et que les Iraniens reprennent leur quête de sanctuarisation nucléaire si l’Amérique, foulant de nouveau au pied le droit international, sort de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien. Attention pour la France à ne pas tomber dans le piège narcissique que l’on nous tend. L’entourage redoutable de Donald Trump, qui déteste son imprévisibilité et le contrôle désormais étroitement, ne supporte pas les esprits indépendants et on veut clairement nous faire rentrer dans le rang en jouant sur notre besoin d’exister et de compter. Nous pouvons et devons compter autrement.

Le 15 avril, après que Macron ait affirmé que les Etats-Unis allaient rester en Syrie, il s’est vu contredit dans la journée par la Maison-Blanche. Dans le même temps, lors des jours précédents et suivants les frappes, on a assisté à de nombreux moments de flou dans les positions de l’Administration américaine, entre les tweets belliqueux de Trump et les déclarations plus posées des militaires. Beaucoup d’hésitations et de couacs qui rendent souvent illisible la politique US. Que penser de la proposition américaine d’envoyer une «force arabe» au nord-est de la Syrie? Finalement, les Etats-Unis ont-ils une stratégie en Syrie (autre que contenir l’Iran)?

Je n’ai jamais cru au discours lénifiant sur l’improvisation stratégique américaine, la concurrence des think tank et des courants intellectuels, etc… Cette diversité erratique est évidemment une composante d’une posture globale qui elle, ne change guère sauf dans ses modalités d’application. Au Moyen-Orient, depuis au moins 35 ans, par le déclenchement ou l’entretien de conflits, il s’agit pour Washington de purger périodiquement la région de ses excès de pétrodollars qui la rendent dangereuse pour l’économie américaine, de prévenir toute unification politique de la nation arabe (d’où la déstabilisation méthodique des grands Etats musulmans laïcs), de s’appuyer sur des autocrates tant qu’ils obéissent sinon de les faire taire, d’empêcher (comme en Europe) toute puissance régionale (Russie, Turquie et naturellement Iran) de prendre l’ascendant local et, last but not least, de préserver le déséquilibre stratégique en matière nucléaire au profit ultime d’Israël, son allié stratégique majeur.

Dans le contexte actuel où est en train de se structurer une nouvelle bipolarité «de tête» entre Washington et Pékin, il devient d’autant plus important de maîtriser ses affidés, régionaux comme européens, et d’empêcher la Russie de faire un come-back humiliant et gênant pour les alliances jugées nécessaires (avec l’Arabie saoudite) et même avec la Turquie. Cela donne un jeu apparemment incohérent donc peu lisible, mais en fait assez clair. La présence américaine, directe ou indirecte, demeurera en Syrie (sans doute à l’est de l’Euphrate en effet) et en Irak, même si les Irakiens s’en émeuvent et cherchent à diversifier leurs appuis. D’autant plus que Moscou chasse aussi sur les terres saoudiennes et consolide son influence en Egypte et en Algérie.

Déjà affaiblie diplomatiquement lors du mandat de François Hollande, la France ne s’est-elle pas définitivement discréditée au Moyen-Orient?
Dieu merci, rien n’est jamais définitif en matière internationale. Mais il faut cesser de s’enferrer dans nos lourdes erreurs passées, de chercher à escamoter «le troisième larron» dans le conflit syrien entre Daech et l’épouvantable Bachar. C’est un conte pour enfants qui ne trompe plus personne. Nous devons adopter une posture pragmatique pour être enfin utiles. En Syrie, cela signifie rompre avec tout soutien politique ou concret à l’engeance islamiste sunnite qui agit comme un retardateur du «moment politique» pour ce malheureux pays. Cela signifie aussi joindre nos efforts diplomatiques à ceux des Russes et des Iraniens. Plus nous attendons plus nous nous enfonçons dans un «anti-russisme» et un «anti-iranisme» primitifs, plus nous nous décrédibilisons, nous nous marginalisons et démontrons notre ignorance entêtée des véritables lignes rouges de la région que nous ne sommes pas les seuls à définir.

Quel était le véritable objectif des frappes du 14 avril? Tenter de rééquilibrer un rapport de forces trop défavorable au camp atantiste?

Je crains que oui au plan local. Mais à l’échelle globale, il s’agissait par cette opération punitive et précipitée de manifester une repolarisation idéologique, politique et sécuritaire autour de l’Alliance atlantique mais plus encore de l’Amérique qui la contrôle.

Donald Trump menace de se retirer de l’accord sur le nucléaire si les signataires européens ne durcissent pas ses conditions d›ici au 12 mai. Que peut-il se passer? Les Européens peuvent-ils encore le convaincre de maintenir l›accord? D’un autre côté, les Iraniens estiment-ils que les Européens (ou du moins la France) sont encore des partenaires fiables?

Pour les Russes, de moins en moins, ainsi que l’a récemment dit Dmitri Peskov, porte-parole du président Poutine, durant l’affaire Skripal et l’hystérie antirusse à laquelle elle a donné lieu. Les Iraniens quant à eux, sont évidemment déçus mais surtout inquiets de voir les fissures apparaître dans la résolution des signataires européens de l’accord de juillet 2015, dont certains commencent à évoquer une possible renégociation. Seul Paris est encore sur une ligne légaliste stricte ainsi que vient de le rappeler notre président. Sur ce sujet, nous avons un rôle très important à jouer pour empêcher ceux qui veulent la montée des tensions et pourquoi pas l’affrontement, de l’emporter.

Lors de cette crise entre Etats-Unis et Russie, la Turquie s’est posée en médiatrice, après s’être rapprochée de Moscou pour combattre les Kurdes à sa frontière. Erdogan veut-il s’éloigner de l’OTAN? Son rapprochement avec Moscou est-il tactique ou stratégique? Va-t-il être obligé de choisir entre Otan et Russie?


La Turquie a tout à gagner à rester dans l’OTAN. Ce statut d’allié majeur et massif du Flanc sud de l’Alliance est stratégique pour Ankara, et Washington soutient de fait l’offensive contre les Kurdes et veut évidemment conserver la Turquie dans l’Alliance pour cette présence aux frontières du chaudron moyen-oriental. Cela permet à Ankara de jouer sur tous les tableaux, de pratiquer le chantage à grande échelle vis-à-vis de l’Amérique et de l’OTAN (contre la Russie) de la Russie, de l’Iran et de la Syrie (contre l’Amérique), enfin envers l’Europe sur la question des migrants. Chacun a besoin de la Turquie, les enchères montent et les Kurdes trinquent… Ce qui démontre bien, si besoin était, le niveau de cynisme auquel notre moralisme et nos bons sentiments déclaratoires servent de paravent transparent. Et je ne parle même pas du Yémen.

En 2017, Trump, comme Macron, paraissaient plutôt conciliants envers Vladimir Poutine. Aujourd’hui, les positions se sont durcies, également du côté du Royaume-Uni, empêtré dans l’affaire Skripal. Est-on entré dans une nouvelle guerre froide qui ne dit pas son nom et qui pourrait se jouer au travers d’une guerre régionale au Moyen-Orient?

C’est à mon avis précisément parce que cette phase constructive s’était en effet ébauchée il y a un an que nous avons subi une «reprise en main», via une manœuvre déterminée de contre-influence et de repolarisation des alliances. Rares sont finalement ceux qui recherchent vraiment l’apaisement. Le gigantisme des intérêts économiques, industriels, financiers et énergétiques, qui constitue l’arrière-fond de l’actualité internationale, est un facteur belligène important sans parler des corporatismes technocratiques, des divers lobbies, des castes, chapelles et écoles qui n’ont que peu d’intérêt à voir l’esprit de conciliation avancer. Nous sommes en effet entraînés dans une forme de nouvelle guerre froide, à mon sens plus dangereuse que l’ancienne, car les méthodes ont changé, les codes de pensée et de conduite ont explosés, les acteurs se sont multipliés et plus personne ne prise la paix puisque la plupart de ces dirigeants n’ont connu la guerre que d’assez loin, semble-t-il.

Jenny Saleh

Source:

http://magazine.com.lb/index.php/fr/component/k2/item/18458-caroline-galact%C3%A9ros-pr%C3%A9sidente-du-think-tank-geopragma-une-nouvelle-guerre-froide-plus-dangereuse-que-l%E2%80%99ancienne?issue_id=271