Elections indonésiennes : suite mais pas fin (2/2)

Par Gérard Chesnel, le 24 octobre 2019*

Le premier article de la série consacrée aux élections indonésiennes est disponible ici

 

Dimanche 20 octobre, le Président Joko Widodo a été intronisé pour un second mandat présidentiel de cinq ans. La cérémonie s’est déroulée sous le signe de l’unité nationale. Les deux anciens Présidents encore vivants, Megawati Soekarnoputri (2001-2004) et Susilo Yudhoyono (2004-2014), étaient présents, de même que le richissime voisin, le Sultan de Brunéi, Hassanal Bolkiah.

 

Prabowo Subianto

 

Le Président s’est immédiatement attelé à la tâche difficile de la formation du gouvernement. Le nouveau cabinet porte le nom de « Kabinet Indonesia Maju », c’est-à-dire cabinet de l’Indonésie qui va de l’avant (en marche ?). Sa composition révèle quelques surprises. La principale est l’alliance qu’a passée Joko Widodo avec son principal adversaire aux dernières élections, l’ancien général à la réputation sulfureuse, Prabowo Subianto, gendre de l’ancien Président Suharto. Celui-ci obtient le poste crucial de ministre de la Défense. En théorie, la large victoire de Jokowi aux élections (plus de 55% des voix) ne le contraignait pas à une telle alliance. D’autres militaires occupent des postes inattendus, comme celui de ministre de la Religion, attribué à l’ancien général Fachrul Razi , qui est lui-même assisté de deux autres officiers généraux à la retraite. Il semblerait que le nouveau ministre soit partisan d’un islam modéré puisque dans sa première déclaration il a dit vouloir s’opposer au radicalisme. Sa nomination, en tout cas, a provoqué certaines réactions de déception au sein du principal parti musulman, le Nahdlatul Ulama, dont le dirigeant, Ma’ruf Amin, a pourtant été élu Vice-président de la République. Le nouveau ministre de l’Éducation et de la Culture, Nadiem Makarim, a lui aussi un profil inhabituel puisque c’est un jeune homme d’affaires (35 ans) qui a fait fortune entre autres dans le e-commerce et les motos-taxis !

 

Voilà donc un cabinet en apparence très consensuel. Sans doute Joko Widodo a-t-il estimé nécessaires ces alliances surprenantes après la vague de protestations et de violences qui ont suivi sa réélection et qui ont culminé avec la tentative d’assassinat, le 10 octobre, de Wiranto, ministre de la Sécurité. Il n’empêche que la présence de tous ces militaires à des postes clés interroge. Peut-on faire confiance à Prabowo Subianto ? En 1970, le Président chilien Allende avait accordé toute sa confiance au général Pinochet. On sait quel en a été le résultat. Espérons que l’Indonésie, qui n’a plus connu de coup d’État militaire depuis 1966, ne subira pas le même sort.

 

*Gérard Chesnel, trésorier et membre fondateur de Geopragma