C. Galactéros sur Public Sénat : Algérie, Vénézuela, Irak

Caroline Galactéros, présidente de Geopragma, a réagi aux dossiers internationaux du moment sur Public Sénat hier soir. Elle était, sur le plateau d'”On va plus loin” avec Hélène Conway-Mouret, Sénatrice, Christian Makarian, Directeur délégué de la rédaction de L’Express et Vincent Jauvert, Chef du service international à l’Obs.

Les thèmes abordés étaient :

-les manifestations en Algérie,

-la rencontre entre le président Macron et le président irakien Barham Saleh,

-le retour des djihadistes en France,

-les tensions au Venezuela

 

https://www.publicsenat.fr/emission/on-va-plus-loin/le-grand-rendez-vous-politique-decryptant-l-actualite-137465

 

G. Chesnel : “La Mer de Chine Méridionale”

BILLET DU LUNDI du 25/02/2019 par Gérard Chesnel*

La deuxième rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump aura lieu à Hanoi les 27 et 28 février prochains. Le choix du lieu n’est pas sans intérêt. Kim Jong-un, à n’en pas douter, se sentira à l’aise dans un pays dont les dirigeants se classent encore parmi les communistes purs et durs. Et le brillant essor économique du Vietnam pourra l’inspirer.  Donald Trump, lui, s’est déjà rendu au Vietnam en novembre 2017 à l’occasion du Sommet de l’APEC. Mais c’était à Danang. Une visite à Hanoi d’un Président américain est toujours chargée de symboles. Mais il y a plus. Il y a l’enjeu du contrôle de la Mer de Chine Méridionale, où la Chine est de plus en plus présente alors que le reste du monde conteste sa souveraineté sur cette zone.

Ce problème ne date pas d’hier et notre pays y a joué un certain rôle. Pour simplifier, disons que les îles, îlots, récifs et hauts-fonds qui parsèment cette mer se regroupent en deux archipels, les Paracels (Xisha en chinois) et les Spratlys (Nansha en chinois). Selon les termes du traité mettant fin à la guerre franco-chinoise et délimitant la frontière sino-vietnamienne en 1887, ces deux archipels furent reconnus comme faisant partie de l’Empire chinois. Ce qui n’empêcha pas la France de les annexer en 1932, au nom de son protectorat, l’Empire d’Annam. Les protestations de la République de Chine, successeur de l’Empire chinois, n’y changèrent rien et en 1938, l’empereur d’Annam, Bao Dai, rattacha les Paracels à la province de Thua Thiên. Pour peu de temps car l’armée japonaise occupa les deux archipels de février 1939 à août 1945. La République de Chine, suivant les termes des déclarations du Caire et de Potsdam, prit la place du Japon en 1946, installa une garnison et planta son drapeau sur Itu Aba, principale île des Spratlys. Mais elle ramena ses troupes à Taiwan, après sa défaite contre les communistes et ces îles furent quasiment inoccupées jusqu’en 1956. A cette date, à la suite de revendications fort peu fondées d’un activiste philippin, la République de Chine (Taiwan) réoccupa Itu Aba où elle se trouve encore aujourd’hui.

La République Populaire de Chine, de son côté, reprit à son compte les revendications chinoises sur l’ensemble de la zone. Et le 19 janvier 1974, la marine chinoise défit la marine sud-vietnamienne et occupa les îles Paracels, avec l’accord du Nord-Vietnam qu’elle aidait dans sa guerre contre les Etats-Unis. Mais Hanoi revint sur cet accord après avoir vaincu les Etats-Unis et annexé le Sud Vietnam et, aujourd’hui, revendique les Paracels, tout comme, d’ailleurs les Spratlys.

EPA/ARMED FORCES OF THE PHILIPPINES

Ces archipels, dont l’importance stratégique n’était guère reconnue et l’intérêt économique ignoré, prirent une importance inattendue lorsqu’on s’aperçut qu’ils pouvaient receler des réserves d’hydrocarbures. De plus si l’on suit la logique de la Convention de Montego Bay sur le Droit de la Mer définissant une Zone Economique Exclusive (ZEE) de 200 milles marins autour de toute terre émergée (adoptée par l’ONU en 1973 mais non reconnue par Washington), la possession d’une seule île entraînait le contrôle d’une grande partie de la mer. Ainsi les appétits furent-ils aiguisés et, à côté des revendications séculaires de la Chine et du Vietnam apparurent celles des Philippines (pour la partie orientale des Spratlys), de la Malaisie et de Brunei.

De tous ces pays, la République Populaire de Chine est de loin la plus active, à la fois sur le plan politique et sur le plan militaire. Pékin n’a jamais cessé de revendiquer l’ensemble de la mer et de ses îles. Un modus vivendi rassemblant les parties prenantes avait commencé à se créer au début de la décennie précédente avec la « Déclaration sur la conduite des parties en mer de Chine Méridionale » (2002), mais la Chine, forte de l’appui de la Russie (des manœuvres de grande envergure russo-chinoises ont eu lieu en Mer Jaune en septembre 2005) s’est dotée d’une flotte imposante et a repris une attitude conquérante. Elle occupe effectivement une bonne partie des Spratlys (le sort des Paracels paraissant définitivement réglé) et elle augmente son emprise en aménageant des récifs pour les transformer en îles. Rappelons que selon la Convention de Montego Bay, un rocher peut avoir des eaux territoriales mais pas de ZEE. La transformation d’un récif en île permanente a donc un grand intérêt. Selon le Japon, qui a récemment décidé de prendre position dans cette affaire, la Chine aurait remblayé 13,5 km2  sur 9 récifs, créant au passage des dégâts environnementaux considérables.

L’ancien Président philippin, Benigno Aquino III, a saisi la Cour Permanente d’Arbitrage de La Haye (CPA) et obtenu un jugement défavorable à la Chine le 12 juillet 2016, mais celle-ci n’a pas reconnu la compétence de la Cour en cette affaire (suivie d’ailleurs par Taipei) et a poursuivi ses travaux d’occupation. L’actuel Président philippin, Rodrigo Duterte, peu soucieux de confronter sa minuscule flotte de guerre à l’énorme armada chinoise, a préféré composer et, laissant de côté les questions de souveraineté, négocier avec la Chine une exploitation commune des ressources en hydrocarbures.

Aujourd’hui Pékin poursuit son dessein sans faiblir et c’est la liberté de circulation dans cette immense zone qu’est la mer de Chine Méridionale qui est en jeu. Les Etats-Unis tempêtent et envoient de temps à autre leur flotte dans la région. L’escale, en mars 2018, du porte-avion américain Carl Vinson à Danang a manifesté de façon spectaculaire cette volonté de présence, avec par conséquent l’appui du Vietnam. Il semble, à l’heure actuelle, que la défense de la liberté de navigation repose essentiellement sur les Etats-Unis. Le choix de Hanoi pour la rencontre Kim-Trump n’est, de ce point de vue, sans doute pas gratuit et il ne faut pas douter que Pékin, habile à interpréter les signes, saisira le message. Mais il en faudra beaucoup plus pour faire dévier la Chine de la route qu’elle s’est tracée.

Et l’Europe dans tout ça ? Certes nous sommes bien loin de nos territoires de chasse habituels. Mais devons-nous pour autant laisser seuls jouer dans la cour des grands les Etats Unis, la Russie et la Chine, qui n’ont déjà que trop tendance à nous ignorer ? Pour nous, il ne s’agit pas de soutenir telle ou telle revendication territoriale. Il ne s’agit pas plus de partager le gâteau des hydrocarbures (dont l’importance n’a d’ailleurs pas encore été précisément évaluée). Ce qui est en jeu est avant tout la liberté de circulation dans une mer qui nous avait toujours été ouverte. Et à terme il y aurait encore plus grave si la Chine, une fois ses ambitions satisfaites dans cette région, concentrait ses efforts sur les micro-Etats du Pacifique, auxquels elle a, au demeurant, commencé à s’intéresser sérieusement (y compris nos territoires et notamment la Polynésie française). Les flottes françaises du Pacifique et de l’Océan Indien ne sont pas loin. Elles croisent régulièrement dans la zone. La Marine britannique, de son côté, garde un œil attentif sur la situation. Alors, pourquoi ne pas aller ensemble faire des ronds dans l’eau entre Vietnam et Philippines ?

*Gérard Chesnel, membre fondateur de Geopragma

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Gh. de Castelbajac : “La Géopolitique, c’est la Vie !”

BILLET DU LUNDI du 18/02/2019 par Ghislain de Castelbajac*

Le président d’une grande puissance serre frénétiquement la main d’un dictateur en col Mao  10 000 kilomètres de Paris. Des banquiers centraux se réunissent en secret au fin fond des Etats-Unis, et des personnalités politiques en vue se mêlent dans une station de montagne surprotégée (voir #BDL du 4 février 2019). Un puissant décide d’un conflit, d’un changement de frontières. D’autres le punissent par un boycott, dont des agriculteurs et éleveurs en Bretagne et en Picardie subissent les conséquences.

La géopolitique n’est-elle qu’un théâtre d’ombres, un billard feutré à bandes multiples joué par une poignée d’hommes de pouvoir cyniques et manipulateurs ? Les colloques d’universitaires décortiquant cette science pour d’autres universitaires préconditionnés ou des diplomates en roue libre sont-ils la seule voie possible de la géopolitique vers l’agora ?

Bien sûr, de grands reporters font un travail remarquable en zone de conflit, mais les audiences de ces médias sont si faibles que beaucoup jettent l’éponge. Les peuples seraient-ils trop bêtes pour s’intéresser à autre chose qu’à des ragots de caniveau où à la vitesse de leur diesel ?

Jean-Baptiste Duroselle nous a montré le contraire en théorisant, à la Braudel ou Renouvin, un modèle quasi sériel de la géopolitique dans son magistral ouvrage « Tout Empire périra, théorie des relations internationales » publié en 1981. Duroselle y dénonce déjà la tendance des penseurs et intellectuels à enfermer la géopolitique dans une discipline déconnectée de la vie des hommes.

Pour Duroselle, la politique étrangère doit englober tant les « relations internationales » (l’Etat comme acteur dans le Système), que « la vie internationale » (l’individu comme acteur dans le Système). Le liant entre ces acteurs est constitué par ce qu’il appelle les « groupes réels » qui assurent le relai entre les aspirations des individus et les politiques d’Etat.

Mais si la géopolitique est perçue comme un jeu d’illusion, renforcé par un certain angle médiatique enclin à ne traiter qu’en surface un enjeu stratégique, un sommet ou une rencontre bilatérale, elle est en fait un rapport de force, non entre puissants, mais entre ce que Duroselle appelle les forces profondes et les forces organisées, c’est-à-dire entre les « groupes réels » et les Etats.

Cette analyse permet de mettre en perspective les rapports de forces géopolitiques sur un angle de l’événement, du slogan, de l’action et donc de « l’acceptable qui devient inacceptable ».

Le développement actuel des nouveaux médias, réseaux sociaux et divers groupes d’influence donne bien entendu raison à Jean-Baptiste Duroselle, et les « groupes réels » possèdent aujourd‘hui une force décuplée, qui risque parfois de mettre en péril cet équilibre des forces, non entre les Etats, ni même entre les Etats et les peuples, mais bien entre les Etats et ces groupes que l’on pourrait aujourd’hui définir comme des « influenceurs », groupes de pression, groupes d’intérêts ou communautés.

Théorie des systèmes et centres de gravité

Bien entendu nos Etats, fondés eux aussi sur un contrat social ou une communauté de destin, déploient des contre-pouvoirs et des défenses, mais le concept d’Empire est aujourd’hui à prendre au sens d’organisation étatique ou inter-étatique, et celui de « groupes réels » comme agents d’influence ou d’action de plus en plus puissants. Le tout constituant le destin national.

Si l’on calque sur cette vision historique celle de l’analyse systémique, ou théorie des systèmes de Morton Kaplan, l’on obtient un rapport de forces générateur d’événements accumulateurs ou destructeurs, basés sur des « centres de gravité ».

Le colonel américain John Warden III théorisa avec « The Enemy as a system » l’analyse systémique appliquée aux conflits pour une nouvelle forme de rapport de forces. L’influence, ou la guerre psychologique étant l’un des effets de leviers les plus efficaces pour agir sur les centres de gravités de l’ennemi.

Si l’approche historique nous enseigne de manière empirique les évolutions et les régularités des événements et des conflits internationaux, l’approche systémique nous en donne les moteurs et leviers d’actions autres que purement militaires.

Le sédiment nourricier de l’action géopolitique est défini par la géographie. Elle est en quelque sorte la mère de la géopolitique, elle définit le « théâtre », le champ des intérêts et des projections.

Mais la prédictivité du conflit ou de l’événement international est peut-être à prendre du côté des sociologues et démographes. Des points de rupture dans la société, tels qu’une transition démographique achevée, une pyramide des âges vieillissante, une transhumance de fond (gentrification des villes, migrations de masse…), une structure familiale particulière (patrilocale, nucléaire, communautaire…), tous ces éléments liés à la structure de la société et à leur évolution permettent de poser le champ de projection, d’action, voire de manipulation si le système analysé est adversaire, des « forces profondes » constituant les groupes d’individus.

Une révolution dans un pays donné à un instant donné ne prendra donc corps que si les éléments démographiques et sociologiques y permettent son développement, même si ladite révolution est téléguidée de l’extérieur.

C’est alors que la géopolitique prend tout son sens social, dans la mesure où l’événement générant le fait géopolitique ne peut plus être uniquement Clausewitzien, mais bien basé sur des tendances lourdes liées à l’évolution des sociétés et à leurs capacités à se mobiliser sur des sujets ou des thèmes dont les enjeux portent les conséquences concrètes sur les populations.

Aujourd’hui dans nos sociétés occidentales et particulièrement en France, différents groupes de pression, plus ou moins spontanés, plus ou moins téléguidés, occupent le nouveau champ médiatique sur des sujets internationaux et offrent une grille de lecture de plus en plus concrète en termes d’effet de levier entre l’action, au sens d’activisme, et le résultat attendu.

Des référendums ?

Les récents événements en France ayant abouti à la mise en place d’un « Grand débat national » par le gouvernement permettent aux Français de s’exprimer sur divers sujets, dont l’organisation des institutions. La pression de la rue et plusieurs partis politiques d’opposition, font valoir la revendication de la mise en place d’un Referendum d’Initiative Citoyenne (« RIC ») sur le modèle helvétique.

La réticence du pouvoir et de certains intellectuels à mettre en place un tel mécanisme en France est mû par l’inadaptation de certains thèmes, des questions graves et stratégiques, à une question simple, voire simpliste et binaire.

Verrait-on un jour un référendum en France dont la question serait « souhaitez-vous que la France participe à une coalition armée pour changer le pouvoir en place en Syrie par la force ? », ceci juste après la manipulation, maintenant avérée, de l’attaque chimique en Ghouta ? Il est vrai que dans ce cas précis, le peuple français aurait sans doute été bien plus sage que les dirigeants de l’époque si la question leur avait été posée ainsi…

Pourtant, la géopolitique comme la définition de la politique étrangère de la France et de sa stratégie méritent certainement un traitement bien plus direct entre les forces profondes et les forces organisées, dans le cas de la France contemporaine, entre l’Etat et son peuple.

Un nouveau pacte d’action et de projection de la France à l’étranger pourrait, être mis en place dans le cadre du Grand débat. Notre cohésion nationale, la crédibilité politique et le niveau d’adhésion démocratique aux choix de nos gouvernants en sortiraient renforcées.

Si le gouvernement et les institutions décidaient de le mettre en place, la perspective d’un RIC n’aurait de sens que si les questions posées l’étaient dans un débat dénué d’influence extérieure et d’immédiateté, et si les Français avaient toutes les cartes en main pour un éclairage de leurs choix et de leurs convictions.

Un référendum aurait par exemple dû se tenir en France sur le rôle de notre pays dans l’OTAN lorsque qu’il fut décidé d’en réintégrer le commandement militaire sans consultation démocratique préalable.

De la même façon, il serait éclairant de connaitre le résultat d’une question posée sur l’intérêt de maintenir des sanctions économiques contre la Russie après 5 ans d’un entêtement qui n’a abouti qu’à développer l’agriculture russe et a fortement handicapé les agriculteurs et éleveurs français. Sans même parler de l’intérêt géopolitique, quel intérêt économique la France y trouve-t-elle ? Nul doute que ces questions concrètes préoccupent en Picardie ou en Bretagne et ont fait l’objet de débats au sein du mouvement des gilets jaunes, mais pas seulement.

GEOPRAGMA peut, par les travaux et débats organisés en son sein, être l’un des facilitateurs de cette mise en lien des enjeux géopolitiques avec ceux – économiques, culturels et sociétaux – qui touchent nos concitoyens au quotidien.  En permettant de dégager du manichéisme ambiant une grille de lecture à froid, loin de la doxa officielle comme des influences extérieures, GEOPRAGMA aspire à incarner ce lien entre « les relations internationales » et « la vie internationale » qui ne serait plus seulement subie par les Français, mais éclairée lucidement et pragmatiquement par la présentation du champ des possibles et des dangers d’influence et de manipulation.

Plus que jamais, le champ géopolitique fait partie de la vie des citoyens. Il est donc temps d’apporter aux forces profondes et aux forces organisées de notre pays les outils d’analyse qui leurs permettront d’éclairer leurs choix.

*Ghislain de Castelbajac, membre fondateur de Geopragma 

J.-Ph. Duranthon : “Un 6 février industriel”

                                        

BILLET D’HUMEUR du 12/02/2019 par Jean-Philippe Duranthon*

Ce 6 février-là n’a pas donné lieu à des manifestations de rue (mais le samedi 2 et le samedi 9, si…). Mais il a connu deux décisions qui conduisent à se poser quelques questions sur la politique industrielle de l’Union européenne (si toutefois cette expression n’est pas un oxymore).

*

Le 6 février dernier, la Commission européenne a bloqué la fusion entre Alstom et Siemens, souhaitée par les entreprises et leurs gouvernements. Le propos, ici, n’est pas de dire si la fusion de la branche transports d’Alstom avec Siemens et les modalités qui ont été retenues pour la réaliser sont, après la vente à l’américain GE de l’activité énergétique, la meilleure façon d’assurer la pérennité et l’avenir du « champion » qu’est, ou plutôt qu’était, Alstom. Il n’est pas non plus de commenter les nombreuses analyses et déclarations qui ont suivi cette décision, en particulier celles du ministre de l’Economie et des Finances français, qui a vivement critiqué la Commission.

Le propos est de s’interroger, à partir de ce cas (mais il aurait pu s’agir d’une affaire concernant un autre secteur), sur la façon dont la Commission aborde les questions industrielles et sur l’action qu’elle mène pour faire en sorte que l’Europe dispose de capacités industrielles lui permettant d’assurer son autonomie par rapport aux grandes puissances.

Dans le dossier Alstom/Siemens, la Commission a fait preuve d’une double myopie :

– une myopie spatiale en considérant que le seul marché pertinent au regard de la concurrence entre industriels est le marché européen. Comme si les marchés américain et asiatique étaient négligeables ; comme si les entreprises ne devaient pas conquérir le marché le plus vaste possible pour amortir leurs coûts de développement sur un nombre maximal de produits ; comme si l’Europe était seule au monde ;

– une myopie temporelle en estimant qu’elle devait se fonder uniquement sur la situation présente et ne pas prendre en compte ses évolutions prévisibles. Comme s’il ne fallait pas, au contraire, chercher à préparer le futur ; comme si l’appareil productif et l’organisation sociale pouvaient être ajustés en temps réel ; comme si les Etats devaient se plier à la dictature du court terme.

La décision de la Commission soulève plusieurs questions :

– la concurrence est indubitablement le meilleur moyen d’assurer l’adaptation aux besoins, la qualité et l’efficience des produits et des services. Mais aussi, de toute évidence, le droit du Marché unique européen a besoin d’être revu et adapté à la réalité présente. Il est indispensable d’initier rapidement un travail sur ce sujet ;

– la menace principale, pour Alstom comme pour Siemens, est chinoise et s’appelle CRRC. A l’heure où la Chine redonne à ses entreprises d’Etat un rôle essentiel pour assurer son développement économique et conquérir des marchés extérieurs, on peut s’interroger sur le respect des engagements que la Chine a pris lorsqu’elle a intégré l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La fermeture du marché chinois à de nombreux produits étrangers, l’impossibilité pour des entreprises étrangères de prendre le contrôle d’entreprises chinoises (la seule possibilité étant de participer à des joint ventures à hauteur de 49 % maximum), la persistance d’importantes subventions d’Etat, en particulier, interrogent ;

– une politique industrielle ne saurait se limiter à une politique de la concurrence et au nécessaire respect des droits des consommateurs. Les nouvelles générations de produits exigent des développements extrêmement coûteux, que les entreprises peinent la plupart du temps à financer sans l’aide des Etats (sauf peut-être les GAFA – encore que…). Les Etats-Unis et la Chine se sont, selon des modalités différentes, organisés en conséquence, l’Europe non. Certes, celle-ci a mis en place et finance des programmes de recherche ; mais la complexité de leurs règles de gestion, la multiplicité des objectifs qu’ils doivent satisfaire (contribution au développement des régions moins avancées économiquement ou à la politique environnementale, etc), pour légitimes que soient ces objectifs, ne facilitent pas l’efficience et la rapidité des initiatives.

L’échec de la fusion Alstom/Siemens doit donc conduire à ouvrir plusieurs chantiers.

*

Une autre décision à grande portée industrielle a été annoncée le 6 février dernier : ce jour-là, en effet, les ministres de la Défense de France et d’Allemagne ont annoncé la conclusion d’un marché d’étude avec Dassault Aviation et Airbus, complété par un accord industriel entre les motoristes Safran et MTU, pour concevoir et construire le « système de combat aérien du futur » (SCAF). Remarquons tout d’abord que, quand il s’agit de questions militaires, l’on néglige les instances européennes et l’on préfère le bon vieux dialogue entre Etats souverains. Notons aussi qu’on ne cherche pas à fusionner les entreprises mais à les faire travailler sur un projet – majeur – commun.

L’on ne peut, bien sûr, que se réjouir de voir les deux principaux pays de l’Union (faisons comme si le Royaume-Uni n’en faisait déjà plus partie) travailler ensemble pour conjuguer leurs forces et éviter l’éparpillement de leurs crédits d’étude.

Soyons cependant attentifs à l’équilibre industriel sur lequel sera fondée la coopération qui s’engage et au risque de contradiction entre une volonté politique légitime consistant à placer l’Allemagne et la France sur un pied d’égalité et une réalité industrielle qui montre, dans ce domaines, une prédominance réelle de notre pays :

– dans le domaine des cellules, les deux pays contrôlent à parts égales Airbus mais l’homologue de Dassault Aviation n’existe pas en Allemagne ;

– dans le domaine des moteurs, le français Safran est un motoriste complet, capable de développer seul des moteurs civils et militaires et associé à GE dans le cadre de CFM International qui est le premier motoriste au monde. L’allemand MTU, pour sa part, n’est pas un motoriste complet et autonome, il joue plutôt le rôle de sous-traitant majeur ;

– dans le domaine des systèmes, le français Thales n’a pas d’équivalent en Allemagne.

Ne va-t-on pas, si l’on privilégie l’objectif politique d’une coopération équilibrée entre les deux pays, permettre à l’industrie aéronautique allemande de se porter au niveau de l’industrie aéronautique française, alors que celle-ci est aujourd’hui beaucoup plus complète ? Ne risque-t-on pas de devoir accepter une domination allemande sur Airbus pour faire pièce à Dassault Aviation ? Ne risque-t-on pas de transformer MTU en « vrai » motoriste, alors qu’il en existe déjà deux majeurs en Europe, Safran et Rolls-Royce ? Quelles contreparties les Allemands vont-ils demander à l’insertion de Thales dans l’ensemble ?

Le risque est d’autant plus fort que l’Etat allemand, grâce à la politique budgétaire qu’il a su mener depuis de nombreuses années, dispose de moyens financiers que la France sera en peine de mobiliser. Ne risque-t-on pas de devoir accepter un deal du même type que celui qui a fondé EADS, l’écart initial entre les forces industrielles étant compensé par un engagement financier plus important pour aboutir à une égalité de droits et de pouvoirs ?

Le propos, ici, n’est pas de contester une coopération qui est à la fois naturelle compte tenu de l’entente franco-allemande, constante depuis de nombreuses années par-delà les vicissitudes politiques dans les deux pays, et indispensable pour ne pas éparpiller les moyens industriels et financiers dont les deux pays disposent. Il est seulement de montrer les enjeux auxquels il faut réfléchir et la nécessité d’être très vigilant.

*

« Le pape, combien de divisions ? ». Même si certains l’oublient parfois, l’Histoire montre régulièrement que le pouvoir d’influence n’est pas que militaire. L’Europe ne conservera son autonomie et son influence que si elle continue à disposer d’une économie, et en particulier d’une industrie, saine et suffisamment puissante. Puissent les décisions du 6 février le rappeler à tous.

* Jean-Philippe est membre fondateur de Geopragma. 

Ch. Coonen : “Réseaux 5G : encore une révolution qui échappe à l’Europe ?”

BILLET DU LUNDI du 11/02/2019 par Christopher Th. Coonen* 

Le mot « 5G » sera sur toutes les lèvres lors du « Mobile World Congress » du 25 au 28 février prochains, grand-messe mondiale annuelle de la téléphonie mobile à Barcelone. Pourquoi ? Car c’est l’héritier tant attendu du standard actuel, la 4G.

Nous utilisons nos smartphones en France et en Europe depuis 2012 à leur plein potentiel grâce à la 4G. Ce fut alors une petite révolution, car la 4G offrait deux atouts : premièrement, elle permettait la circulation des appels vocaux directement par Internet et non plus par le réseau téléphonique. Deuxièmement, la 4G s’appuyait sur le « multiplexage » (passage de différents types d’information par le même canal) permettant d’augmenter les flux d’informations et des données.

Le réseau 4G donne un aspect superlatif au terme haut débit. A juste titre : ses débits théoriques sont nettement supérieurs à la génération précédente (3G), allant de 42 Megabits / seconde à 300 Megabits / seconde pour la “LTE” (Long Term Evolution). La « LTE Advanced » va au-delà de 1 Gigabit/seconde.

Les inventeurs de WhatsApp ne s’y étaient pas trompés, lançant en 2009 une application Android et iOS permettant un service de messagerie, de MMS (envoi de messages enrichis de photos, vidéos et messages vocaux), et d’appels vocaux, tous gratuits sous réseau WIFI, faisant trembler les opérateurs traditionnels de téléphonie mobile qui voyaient déjà leurs millions d’abonnés les déserter. Pour la petite histoire, ces démissionnaires de Yahoo! avaient postulé chez Facebook et vu leurs candidatures rejetées, avant de se faire racheter à prix d’or quelques années plus tard en 2014 par le même Facebook pour la modique somme de 19 milliards de dollars…Facebook impliqué dans le scandale de l’usurpation de données via Cambridge Analytica, et décrié par certains de ses anciens employés pour une insoutenable légèreté de l’être s’agissant du traitement des données personnelles. Facebook a 1,7 milliard d’abonnés au niveau mondial, WhatsApp 1,5 milliard – de lourds enjeux.

Nous voici au cœur du sujet : avec la 5G, le débit de données sera 10 à 100 fois plus puissant qu’avec la 4G. Au-delà des calculs et des quantités de débit, il existe un calcul de pouvoir, d’influence et de renseignement qui devrait inquiéter au plus haut point tous dirigeants politiques, militaires et d’entreprises. En effet, contrairement à la 4G, les données ne seront plus uniquement transportées d’un point A vers un point B, mais bien interactives dans tous les sens et depuis de multiples sources, rendant la gestion des villes connectées, les utilisations des voitures autonomes ou encore des drones civils et militaires bien plus efficaces avec des réactions en contexte et en temps infiniment réel. C’en sera fini de la « latence technologique ».

Or, face à ces enjeux de souveraineté colossaux, comme d’ailleurs sur bien d’autres sujets, l’Europe se retrouve de nouveau coincée entre les Etats-Unis et la Chine.

Les grandes manœuvres ont débuté pour l’attribution des licences 5G à l’échelle mondiale, ainsi que les appels d’offre organisés pour la construction de ce réseau révolutionnaire qui comprendra des « backbones » de fibre optique terriens et sous-marins, des routeurs et des réseaux du dernier kilomètre. Les entreprises qui les installeront auront à gérer leur part de réseau et les données y transitant, et pourraient assez facilement créer des « portes arrière » pour capter et potentiellement copier celles-ci.

Imaginons le revers de la médaille. Ces applications tellement plus puissantes et versatiles auront aussi leur talon d’Achille : les hackers d’Etat, petits ou grands, ou des pirates informatiques privés, pourront créer de véritables crises et failles en déréglant la circulation de véhicules en ville, paralysant totalement ces mêmes villes, ou encore en faussant le ciblage de la livraison d’un colis ou d’un missile…Il n’existe pas pour le moment de standard de cryptographie et de sécurité associé à la 5G.

Entre temps, sur l’autre rive de l’Atlantique, le Président Trump a pourtant adressé aux agences fédérales en octobre 2018 l’un de ses « Memorandum » : « il est impératif que les Etats-Unis soient les premiers dans la technologie cellulaire de cinquième génération (5G) », soulignant que la course à la 5G avec la Chine était une priorité de sécurité nationale. Mais en oubliant de mentionner l’importance de la cyber-sécurité de ces nouveaux réseaux et abrogeant même des dispositions prises par la « Federal Communications Commission » de l’administration du Président Obama pour que les réseaux de la 5G soient sécurisés en amont par des standards pour réduire les risques d’intrusions et de cyberattaques…

C’est donc un vide sidéral de part et d’autre face à des dangers très tangibles et incroyablement destructeurs. S’affrontent sur cette question de standards gouvernements et acteurs privés, et ces derniers ont bien plus de chance d’innover rapidement et de se mettre en ordre de bataille avant que ne le fassent les bureaucraties d’Etat ou pire la bureaucratie communautaire avec telle ou telle « directive » ; notre regard peut s’arrêter sur l’impuissance et même l’inconscience des nations sur ces sujets depuis vingt ans sur toutes sortes de questions liées à la technologie… En l’absence de standards et de supervision, tout est possible.

Avec la 5G se dessine donc un combat mondial entre les géants qui construisent et gèrent déjà nos réseaux 4G en Europe : Cisco (US), Ericsson, Nokia et Alcatel (EU) –qui tous trois possèdent des parts de marché minoritaires aujourd’hui – et deux géants chinois, ZTE et Huawei. Cette dernière a fait les choux gras des quotidiens récemment, avec la détention de sa DAF (surtout fille du fondateur) au Canada sous mandat d’arrêt des Etats-Unis pour violation potentielle des sanctions mises en place contre l’Iran. Huawei s’est vue qualifiée par la Commission Européenne de société « inquiétante » car les terra datas qu’elle traite pourraient tomber dans la nasse des services de renseignements chinois. Huawei est en pleine ascension en Europe, ayant doublé ses effectifs entre 2013 et 2018 pour atteindre 14.000 employés, avec une part de marché des infrastructures de réseaux européens estimée à 15-20%. Son chiffre d’affaires en 2018 s’est établi à 100 milliards de dollars, plus que Cisco et même IBM. Elle a détrôné Apple pour devenir le deuxième vendeur de smartphones au monde, derrière Samsung.

Contre ce mastodonte, les Etats-Unis mènent une campagne de pressions notamment envers les opérateurs télécom en Europe, ainsi qu’envers nos gouvernements pour sortir Huawei de cette « course aux armements » du 21ème siècle d’un nouveau genre. L’Administration américaine a dépêché des émissaires au Royaume-Uni, en Allemagne, et en Pologne en 2018 pour faire passer un message très clair : les gains de coûts associés au fait d’utiliser un prestataire tel que Huawei sont sans commune mesure avec les risques (et coûts) d’intrusions chinoises dans les infrastructures de l’OTAN…et la possible remise en cause de la construction d’une base de l’armée américaine en Pologne évaluée à USD $ 2 milliards. L’effet de cette campagne s’est même fait ressentir jusqu’en Australie qui a sorti Huawei des appels d’offres liés à la 5G.

Lorsque Huawei et ZTE ont remplacé les puces américaines par des chinoises dans leurs smartphones, le gouvernement des Etats-Unis a sommé ses deux plus importants opérateurs de téléphonie mobile, AT&T et Verizon, d’arrêter la vente de ces smartphones dans leurs boutiques. Ils s’y sont pliés sans broncher.

La crainte des Etats-Unis repose en partie sur une loi de l’Empire du Milieu datant de 2017, la « Loi Nationale d’Intelligence », qui enjoint les sociétés chinoises de soutenir et de coopérer avec les services de renseignement chinois, où qu’elles opèrent.

Mais cette posture du gouvernement américain est imprégnée d’une hypocrisie sans vergogne. Car dans cette affaire, il existe aussi un angle « NSA » (National Security Agency), les « Grandes Oreilles » de notre grand allié qui sont allées jusqu’à épier les téléphones mobiles de chefs d’Etat « amis ». En 2013, son directeur, l’Amiral Michael S. Rogers, avait interdit aux dirigeants des opérateurs télécom américains d’inclure Huawei ou tout autre acteur chinois dans leurs appels d’offre. Ensuite, grâce aux révélations d’Edward Snowden, nous savons qu’une opération de piratage conduite à partir de 2010 par cette même agence, nommée « Shotgiant », lui a permis de s’immiscer dans les systèmes d’information du géant à son QG à Shenzhen. Cette intrusion n’aurait apparemment pas révélé l’existence de codes sources « malins » ou de programmes systématiques de collecte de données.  Le gouvernement américain continue à ce jour de démentir l’existence d’une telle opération.

Et l’Europe, où est-elle dans tout cela ? Elle est loin sur son propre territoire, de reconstruire et même simplement de rénover son propre réseau avec les seuls acteurs nordiques et français. Elle se retrouve coincée entre les acteurs publics et privés chinois et américains. Peut-être pourrait-elle donner l’exemple comme elle l’a fait avec la RGPD, encore faudrait-il qu’il y ait une véritable prise de conscience et une ambition stratégique de la part de nos leaders politiques pour « sécuriser » cette révolution technologique, protéger les données confidentielles de nos entreprises et de nos gouvernements, et même pour s’en emparer. Il y a urgence. La mise en place de la RGPD est en effet d’ores et déjà elle-même menacée par le « Cloud Act II » voté par le Congrès américain en 2018.

 

*Christopher Th. Coonen, secrétaire général de Geopragma

J.-Ph. Duranthon : “Davos 2019, ou quand la montagne n’est plus magique”

BILLET DU LUNDI du 04/02/2019 par Jean-Philippe Duranthon*

En 1924 Thomas Mann a publié La montagne magique, qui se déroule pour l’essentiel à Davos, ville de cure réputée où le héros du roman rencontre différents personnages incarnant chacun une composante de la société d’alors. Depuis 1971 se tient chaque année dans le même Davos le Forum économique mondial (ou World economic forum – WEF) que Wikipedia définit comme la « réunion des dirigeants de la planète et des élites économiques » : une sorte de café du commerce à l’échelle mondiale donc, mais dont la porte ne peut pas être poussée par n’importe qui puisqu’il faut y être invité par la fondation organisatrice. Les promoteurs du Forum convient les participants à communier autour d’une conviction commune selon laquelle la démocratie politique, le libéralisme économique et le dialogue multilatéral assureront à tous paix, prospérité et bonheur. Une nouvelle forme de magie peut-être, permettant de gommer les différences de cultures et d’aspirations et de résoudre l’ensemble des problèmes rencontrés sur la planète. Continue reading “J.-Ph. Duranthon : “Davos 2019, ou quand la montagne n’est plus magique””

P. Lalonde : “N’abandonnons pas les Afghans”

(AP Photos/Allauddin Khan, File)

BILLET D’HUMEUR du 01/02/2019 par Patricia Lalonde*

En 1999 nous étions une trentaine de femmes de divers pays à avoir entrepris d’aller à Douchanbé au Tadjikistan, proche de la frontière avec l’Afghanistan, pour une conférence organisée par nos amies afghanes alors sous le joug des Talibans. Elles réclamaient leurs droits fondamentaux et en avaient écrit la Charte.

Un vrai combat, contre le Quai d’Orsay à l’époque et les représentants des Nations Unies qui nous expliquaient que les Talibans avaient apporté la sécurité… Certes mais à quel prix !
L’application de la Charia la plus stricte… Aucun droit pour les femmes réduites en fantômes errant dans les rues et encore quand elles ava
ient le droit de sortir.

18 ans plus tard, alors que les Afghanes ont retrouvé leurs principaux droits, que  les écoles pour filles et les universités sont réouvertes, que les Afghanes ont le droit de voter, qu’un quota leur permet d’être représentées au parlement à hauteur de 23%, les voilà à nouveau menacées du retour à un Emirat islamique dictatorial. Au nom de la Paix et de la Sécurité !
Allons-nous de nouveau abandonner les Afghanes et les Afghans ?

L’Envoyé spécial de Washington pour l’Afghanistan Zalmay Khalilzal a entrepris dans un premier temps, des négociations directes avec les Talibans au Qatar sans concertation avec les autorités afghanes. Négociations qui n’avaient jusqu’à présent jamais abouti… Comment les Afghans peuvent-ils accepter que l’avenir de leur pays se trame dans leur dos entre Américains et Talibans, sous l’œil bienveillant du Pakistan ?

Est-ce une récompense faite aux Talibans pour la recrudescence de leurs attentats qui ont fait des milliers de victimes dans tout le pays et à Kaboul ? Est-ce le juste retour sur investissement qui a coûté plus de 1000 milliards de dollars au contribuable américain d’après SIGAR (Inspection pour la reconstruction)  depuis 17 ans ?

Qu’ont demandé les Talibans ? Que les troupes américaines se retirent d’Afghanistan, qu’un gouvernement intérimaire soit constitué.

Qu’ont demandé les américains ? Que l’Afghanistan ne soit plus un «  Safe Heaven » pour Al Qaeda et Daesh. Quelle naïveté… Nombre de Talibans jouent un vrai double jeu depuis longtemps avec El Qaida et Daesh.

Dans un deuxième temps, Zalmay Khalilzal va devoir faire avaler la pilule aux autorités afghanes… En tout premier lieu à son président Asraf Ghani et à son CEO Abdullah Abdullah.
C’est sans compter sur le fait que celui-ci vient de nommer deux fortes personnalités qui seront intransigeantes dans ces négociations : Amrullah Saleh, ancien collaborateur d’Ahmad Shah Massoud, ancien puissant patron des services de renseignement afghans de 2004 à 2010, un des plus fervents combattants contre les talibans au ministère de l’intérieur et Assadullah Khaled, lui-même quelques temps à 
ce même poste avant d’être blessé par un attentat kamikaze des Talibans.

Des élections présidentielles sont prévues le 28 Juillet. Déjà plus d’une dizaine de candidats se sont déclarés : le Président Ghani avec Amrullah Saleh comme vice-président, Abdullah Abdullah, Hanif Atmar, Wali Massoud, le frère du Commandant, et Gulbuddin Hekmatyar, le patron du Hezb Islami longtemps proche du groupe Haqqani, proche des Pakistanais et qui avait été surnommé le « boucher de Kaboul » pendant la guerre civile, etc.

La société civile s’organise pour résister à l‘arrivée possible des talibans au pouvoir.
Preuve que la démocratie est en route. Pourquoi l’Amérique cherche t-elle à donner l’Afghanistan aux talibans ?

Les afghans doivent pouvoir décider eux-mêmes  du prix qu’ils sont prêts à payer pour la paix.

Si l’Amérique de Trump a vraiment décidé de se laver les mains du sort des afghans, l’Europe devrait parler d’une voix forte et empêcher le possible scénario du retour des talibans au pouvoir de devenir réalité.

* Patricia Lalonde est députée française au Parlement européen et vice-présidente de Geopragma.

[France Inter] Caroline Galactéros sur Trump et la Russie

Caroline Galactéros, présidente de Geopragma, était invitée par Laurent Goumarre, hier soir, dans l’émission le « Nouveau Rendez-Vous ». Le thème abordé était : “Trump est-il un agent russe ?”.

Elle était en compagnie de M. Bernard Bajolet (ancien directeur de la DGSE), M. Slobodan Despot (éditeur et écrivain) et M. Alain Frachon (journaliste au Monde).

Vous retrouverez son intervention sur ce lien : https://www.franceinter.fr/emissions/le-nouveau-rendez-vous/le-nouveau-rendez-vous-31-janvier-2019