Veille effectuée par Christophe de Saizieu*

08/06/2020

  • Plus de 40 combattants ont été tués dans des affrontements dans le nord-ouest de la Syrie, où les forces du régime ont repoussé une attaque d’un groupe djihadiste lié à Al-Qaïda lancée malgré la trêve, selon une ONG.
  • Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Houras al-Din, groupuscule lié au réseau Al-Qaïda, et d’autres groupes djihadistes ont lancé une offensive contre deux villages contrôlés par le régime dans la zone de Sahl al-Ghab, dans le nord-ouest de la province de Hama, frôlant la province d’Idlib.
  • L’armée syrienne bombarde des positions djihadistes près de Ziyara.
  • Les forces soutenues par la Turquie ont arrêté une personne en train de mettre en place un engin piégé à Tell Abyad.

09/06/2020

  • Un civil est tué dans des frappes aériennes russes sur le nord-ouest de la Syrie, le premier à périr dans un raid depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu dans cette région en mars selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

10/06/2020

  • Des cellules de l’Etat islamique attaquent plusieurs positions de l’armée syrienne dans la campagne du sud-est de Hama. L’armée syrienne parvient à repousser l’attaque.

11/06/2020

  • L’armée turque a créé un autre poste dans la région d’Idlib, où plusieurs groupes terroristes sont présents. Avec la création de ce nouveau poste, ils en sont donc à 63 postes.
  • Le président Bachar al-Assad limoge le Premier ministre Imad Khamis.

Analyse de la semaine

Tout comme la semaine dernière, l’on assiste à un regain des tensions au nord de la Syrie. Le 3 juin dernier, les Russes mettent fin à la trêve signée avec la Turquie en mars en menant des raids aériens contre des positions djihadistes dans les provinces de Hama, d’Idlib et de Lattaquié. Lundi 8 juin plus de 40 combattants, forces du régime et djihadistes, sont tués dans des combats au nord du pays. Lors des raids aériens, cette semaine, un civil est tué, le premier à périr dans une frappe aérienne depuis la trêve russo-turque selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Au sud du pays, depuis quelques jours, la population descend dans la rue et manifeste sa colère contre la chute de la livre syrienne et donc la flambée des prix dans tout le pays. La dévaluation de la monnaie provoque donc de grandes manifestations dans le sud du pays, c’est pour cette raison que le président Bachar al-Assad a limogé le Premier ministre Imad Khamis, en place depuis 2016, au moment où la crise économique s’aggrave. Il est remplacé par le ministre des Ressources en eau, Hussein Arnous. 

Certains manifestants s’inquiètent de devoir faire face à une grande famine en Syrie. Si elle est naturellement occultée par les médias main stream, on ne peut passer sous silence la campagne d’incendies déclenchés par voie aérienne et à l’initiative des forces américaines et turques, qui a déjà réduit en cendres quelques milliers d’hectares de blé et d’orge syriens. La volonté de déstabilisation du régime du président Assad, intacte, passe par cette nouvelle modalité : affamer directement les populations pour les pousser enfin à une révolte décisive contre le gouvernement. Selon le Programme alimentaire mondial de l’ONU, les prix des aliments ont augmenté de 133% depuis un an. La crise économique est amplifiée par les mesures de confinement mais également par la crise qui touche actuellement le Liban qui connait une pénurie de dollars. La livre syrienne connait aujourd’hui son pire décrochage depuis le début de la guerre en 2011 entrainant donc une montée des prix à des sommets phénoménaux. Le taux de change officiel est actuellement de 700 livres pour un dollar mais sur le marché parallèle le cours de la monnaie a dépassé les 3000 livres pour un dollar. Pour comparer, en 2010, le dollar s’échangeait à 48 livres.

Le mécontentement de la population est présent dans les territoires contrôlés par Damas, dans la province de Soueïda par exemple, ou l’on entend des slogans tels que « A bas Bachar al-Assad » ou « Révolution, liberté, justice sociale ». Ces slogans rappellent ceux du soulèvement de la population au début de la guerre il y a dix ans. Ces manifestations montrent bien les difficultés pour le Président de gagner la bataille de l’après-guerre et de la reconstruction. Ces manifestations quotidiennes ont lieu à Soueïda, peuplée en majorité de Druzes, religieusement liés au chiisme ismaélien. Jusqu’à récemment, les Druzes, une secte minoritaire, étaient largement restés à l’écart du conflit mais la crise économique croissante de la nation les pousse désormais dans la rue.  Le nord du pays est également touché et, dans la région d’Idlib, les manifestations se font contre les djihadistes qui dominent la région. Le Gouvernement du Salut établi par Hayat Tahrir a-Sham, qui gouverne Idlib, a même déclaré qu’ils commenceraient à payer les salaires de ses employés en lires turques.

La monnaie a plongé de 70% depuis avril, une grande majorité de la population est confrontée à une pénurie alimentaire et les espoirs de reconstruire un pays brisé par la guerre semblent s’éloigner. Qui veut la paix mis à part la population ? Le pays ne semble pas en mesure d’absorber de nouveaux chocs et l’entrée en vigueur des sanctions américaines la semaine prochaine pourrait porter un coup de grâce à l’économie et amplifier les manifestations à l’encontre du Président.

*Christophe de Saizieu, stagiaire chez Geopragma

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