Veille effectuée par Marc Adan Ourradour*

Source modifiée : Google Maps

Les évènements de la semaine :

15/05

  • Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés annonce être venu en aide à plus de 3 500 réfugiés en deux semaines.
  • Bombardement aérien du GUN sur les troupes de l’ANL à Bani Walid.

16/05

  • Le ministre turc des affaires étrangères appelle à ce que l’on arrête le maréchal Haftar et ses alliés. Il demande à l’OTAN d’agir pour protéger les populations civiles et s’étonne de la position française.
  • Les forces de l’ANL annoncent avoir détruit 4 drones. 

17/05

  • Entretien téléphonique entre le président turc et le chef du GUN (Fayez Al-Sarraj).
  • Les forces du GUN bombardent la base d’Al Watiya.

18/05

  • Prise de la base d’Al Watiya par les forces du GUN.
  • Combats au sud de Tripoli.
  • Le GUN bombarde des positions de l’ANL au sud de Syrte.
  • Le ministre des affaires étrangères déclare que les armes trouvées dans la base d’AL Watiya seront présentées au Conseil de Sécurité pour démontrer la violation de l’embargo.
  • Des véhicules de l’ANL se repliant depuis la base d’Al-Watiya ont été pris pour cible par des frappes aériennes dans la région de Tiji.

19/05

  • Les forces du GUN continuent leur progression au sud de la base d’Al-Watiya. Ils sont entrés dans les localités de Tiji, Badr et Al-Jawsh.
  • La chef par intérim de la Mission d’appui des Nations unies en Libye s’exprime devant le Conseil de sécurité sur l’évolution de la situation.

20/05

  • Les forces de l’ANL annoncent le début d’un repli de quelques kilomètres sur le front de tripoli. Le porte-parole de l’ANL annonce que ce mouvement a pour but de faciliter les mouvements de population pour la fin du Ramadan. 
  • Les forces du GUN mènent des frappes aériennes sur Tarhouna.
  • L’ANL mène des frappes aériennes sur Abu Grein.

21/05

  • Les frappes aériennes sur Tarhouna continuent.
  • Combats au sud de la ville de Gharyan.

Cela fait maintenant plusieurs semaines que les forces du Gouvernement d’Union National (GUN) gagnent du terrain. Après avoir conquis les territoires côtiers à l’ouest de la capitale libyenne, le GUN a lancé une offensive sur la base d’Al-Watiya, une des principales bases du maréchal Haftar dans l’Ouest du pays. La chute d’Al-Watiya est un sérieux revers pour l’Armée Nationale Lybienne (ANL) qui doit se replier plus au sud. Maintenant que ce point clé est tombé, les forces du GUN vont pouvoir progresser vers le sud et s’attaquer à Tarhouna, une des dernières positions fortes du maréchal Haftar en Tripolitaine. Après la chute de la base d’Al-Watiya, l’ANL annonce le recul de ses troupes présent sur le front de tripoli prétextant une aide aux mouvements de populations pour la fin du Ramadan.

La Libye étant un pays tribal, le changement de rapport de force peut aller très vite. Si des tribus commencent à douter de la victoire du maréchal Haftar, elles pourraient se déclarer neutres et même rejoindre le camp du gouvernement de tripoli. Par effet domino, les forces de l’ANL pourraient se retrouver sans appui dans la région et devront encore reculer. Nous pouvons nous demander si les soutiens du maréchal Haftar vont intervenir pour soutenir celui qui a dû abandonner son « offensive finale » sur tripoli. L’Egypte pourrait tenter d’empêcher les forces du GUN de s’étendre vers l’est de Libye et la frontière égyptienne. La mission d’appui des Nations unies en Lybie s’inquiète de la suite du conflit. Malgré l’embargo décidé par l’ONU et la mission européenne IRINI destinée à la faire respecter, les armes arrivent en Libye pour équiper les forces du GUN et les troupes de l’ANL. L’objectif pour les parties est alors de souligner et occuper le terrain médiatique en affirmant que c’est son adversaire et ses parrains qui ne respectent pas l’embargo sur les armes.

Après la prise de la base d’Al-Watiya, les forces du GUN ont saisi le matériel militaire abandonné par les forces de l’ANL. Le gouvernement de tripoli a déclaré que les armes trouvées seront montrées au Conseil de sécurité comme preuve du non-respect de l’embargo sur les armes. Cela ne manque pas d’ironie sachant que la Turquie est elle aussi désormais largement impliquée militairement dans le soutien aux forces du GUN. En entrant dans la base, les soldats sont notamment tombés sur un système anti-aérien Pantsir-S1. Ces engins sont de fabrication russe et auraient été livrés aux troupes du maréchal Haftar par les Emirats arabes unis. Cette semaine cinq Pantzir-S1 ont été détruits par des frappes aériennes un peu partout sur le territoire. Pour avoir un ordre d’idée de l’importance de la perte, ces cinq Pantzir-S1 représentent 10% de la commande effectuée par les Emirats arabes unis en 2000 (734 millions de dollars). Une fois de plus, les drones turcs TB-2 ont montré leur efficacité et leur action décisive dans les récents évènements. Les grandes puissances ont tout intérêt à investir et développer des drones modernes car ces derniers fournissent un outil efficace et relativement facile à déployer pour intervenir sur différents théâtres d’opérations. Alors que le maréchal Haftar connait une période difficile avec l’arrivée de la Turquie sur place, le président égyptien al-Sissi menace à son tour d’intervenir militairement en Lybie pour freiner l’influence grandissante de la Turquie dans le pays.

*Marc Adan Ourradour, stagiaire chez Geopragma

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