Veille effectuée par Edmond Huet*

05/06

-Le Sénat américain dévoile un projet de loi visant à sanctionner plus durement les entreprises participant à la construction du gazoduc Nord Stream 2. L’Allemagne critique ces sanctions et dénonce ce nouvel usage de l’extraterritorialité du droit américain, contraire au droit international.

-Un pétrolier en provenance des États-Unis arrive au port de Klaipeda, en Lituanie. À partir du port de Klaipeda, ce pétrole sera acheminé vers la Biélorussie, qui en a fait la commande il y a quelques semaines.  

6/06 

Les membres de l’OPEP+, à l’exception du Mexique, s’entendent pour prolonger d’un mois supplémentaire les coupes actuellement en vigueur.

8/06

Dans le cadre de l’accord conclu fin 2019 avec le Gouvernement d’Union Nationale (GUN) de Libye, la Turquie dévoile les sept zones de gisements énergétiques qu’elle compte explorer en Méditerranée orientale.

12/06

La Turquie annonce le déploiement d’importantes manoeuvres navales et aériennes en Méditerranée.

14/06

Dans l’optique de trouver une solution pacifique en Libye, la Turquie invite à Ankara une délégation russe et le ministre iranien des Affaires étrangères. Alors qu’elle doit débuter, la réunion est brusquement reportée à « une date ultérieure ».

16/06 

– Les entreprises du projet Nord Stream 2 demandent au gouvernement danois l’autorisation d’entrer dans ses eaux territoriales, afin de poursuivre la pose du tuyau. L’Agence danoise de l’énergie annonce donner sa réponse d’ici un mois.   

– Le ministre turc des Affaires étrangères se rend à Tripoli, siège du GUN. Il est probable que cette visite concerne la mise en oeuvre de l’important accord conclu fin 2019 entre Tripoli et Ankara. 

Évolution des cours du 03/06 au 17/06 :

– Le baril de Brent était à 40,71$ à la clôture du 17 juin, soit une évolution d’environ +2,3% par rapport au 3 juin.

– Le baril de West Texas Intermediate (WTI) était à 37,96$ à la clôture du 17 juin, soit une évolution d’environ +1,8% par rapport au 3 juin.

Analyse de l’actualité du secteur pétrolier 

Le marché pétrolier reste stable. Certes, l’envolée du cours à la fin du mois de mai (+15% en une semaine) s’est rapidement suivie d’un retour à la normale. Mais le Brent comme le WTI se sont durablement installés aux alentours des 40$, et s’il est vrai que ce cours reste objectivement faible par rapport à son niveau précédant l’épidémie, et que l’année 2020 portera quoiqu’il arrive un coup évident au secteur pétrolier, cette stabilisation permet en tout cas aux producteurs de reprendre leur souffle. Moyennant encore quelques incertitudes, qu’on ne peut jamais vraiment exclure dans un marché pétrolier souvent imprévisible, les pays de l’OPEP+ ont accepté de prolonger leurs coupes. L’offre reste ainsi limitée, cependant que la demande mondiale retrouve progressivement son niveau antérieur à la crise.

Vendredi 5 juin, un pétrolier en provenance des États-Unis à destination de la Biélorussie a atteint le port de Klaipeda, en Lituanie. Cette arrivée n’est pas une surprise. Nous écrivions déjà dans une veille précédente que la Biélorussie souhaitait faire appel aux ressources énergétiques américaines. L’importation de pétrole américain se justifie pourtant difficilement d’un point de vue économique. Cette livraison est longue, laborieuse (le pétrole est livré par navire-citerne, puis par voie ferroviaire jusqu’en Biélorussie) et par conséquent bien plus coûteuse. Mais les préoccupations de la Biélorussie sont avant tout politiques : il s’agit de s’émanciper de Moscou. Cela intéresse naturellement les États-Unis, heureux de mêler débouchés économiques et influence géopolitique. À ce titre, la Lituanie, qui souhaite également tourner son regard vers l’Ouest, a proposé à la Biélorussie de servir de plateforme portuaire pour l’importation en Europe de gaz naturel liquéfié (GNL). Celui-ci viendrait, évidemment, de l’allié américain. 

En Libye, dont nous savons que les terres regorgent de pétrole et les eaux de ressources gazières, les tractations diplomatiques se poursuivent. Alors que le maréchal Haftar semblait en position de force il y a quelques mois, l’intervention turque lui a infligé de sévères défaites. Haftar est à présent acculé à la défensive. Il perd en crédibilité auprès de ses sponsors, notamment l’Égypte et la Russie, qui semblent s’intéresser à une autre personnalité : Aguila Saleh, le président du parlement de Tobrouk. L’Égypte et la Russie souhaitent avant tout orienter le conflit vers une résolution qui leur profite in fine : si leur client libyen Haftar continue de multiplier les revers, les fusils risquent de changer d’épaule.

Analyse de l’actualité du secteur gazier 

Le 12 juin, la Turquie a annoncé le déroulement d’importantes manoeuvres navales et aériennes en Méditerranée, sous le nom d’opération « Haute Mer ». Ces opérations, qui pourraient sembler bénignes, s’inscrivent en réalité dans le cadre d’une ambition qu’Ankara ne cache plus : poursuivre sa mainmise sur toute la Méditerranée orientale mais aussi occidentale. L’accord conclu avec la Libye fin 2019 sur l’exploitation des gisements gaziers participe de cette ambition, qui attise logiquement l’antagonisme de la Turquie avec ses pays voisins : Israël, l’Égypte, la Grèce et Chypre. Tous ces pays possèdent des eaux territoriales dans une zone dont Ankara revendique l’exploitation. Les réactions de l’Union Européenne ne se sont pas fait attendre,  mais force est de constater qu’elles tombent plus que jamais dans l’oreille d’un sourd.

Il y a deux semaines, des sénateurs américains ont présenté un nouveau projet de loi visant à sanctionner les entreprises qui participent au projet Nord Stream 2. Le ministre allemand de l’Économie Peter Altmaier a condamné cette « escalade », et rappelé que les sanctions américaines sont « en conflit avec le droit international ». Moscou s’est joint à cette critique, précisant pour sa part que Nord Stream 2 sera bel et bien achevé en dépit des sanctions américaines.

Au même moment, les opérateurs de Nord Stream 2 ont demandé au gouvernement danois la permission d’entrer dans les eaux territoriales du Danemark afin de compléter la pose du gazoduc. L’Agence Danoise de l’Énergie a simplement indiqué qu’elle donnerait sa réponse d’ici quatre semaines au plus tard. Dans cet intervalle qui est plutôt long, on peut aisément supposer que les États opposés au gazoduc – les États-Unis ainsi que de nombreux pays d’Europe de l’Est – essaieront d’obtenir du gouvernement danois qu’il refuse cet accès. En cas de refus, celui-ci s’ajouterait à la liste des obstacles dressés contre le projet Nord Stream 2 – une liste déjà bien longue.

*Edmond Huet, stagiaire chez Geopragma

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