Interview exclusive de Caroline Galactéros avec Dmitri Peskov, porte-parole du président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, le 19 mars pour Le Courrier de Russie : « Les Européens ne sont plus des partenaires fiables » – parution le 21 mars

Propos recueillis par Caroline Galacteros.

Dmitri Sergueïevitch Peskov est l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine. Il travaille à ses côtés depuis l’accession de celui-ci au pouvoir, en 2000. Aujourd’hui secrétaire de presse ‒ porte-parole ‒ du Kremlin, il a accepté, au lendemain de la réélection du président russe, de recevoir Le Courrier de Russie pour faire un point sur la situation politique internationale.

Le Courrier de Russie : Comment jugez-vous l’atmosphère politique internationale qui a entouré cette élection présidentielle en Russie, par rapport à celle de 2012 ? Est-elle pire ou équivalente ?

Dmitri Peskov : La tension va croissant, avec, cette fois, une agressivité vraiment sans précédent de la part de certains États. Je parle évidemment du scandale de la Grande-Bretagne accusant la Russie d’une chose à laquelle notre pays n’est aucunement lié. Et cela sans aucune preuve, sans aucune raison… excepté l’affirmation : « La Russie est coupable ». C’est vraiment difficile à expliquer ou à comprendre. Il y a aussi de très profondes contradictions entre les déclarations de certains pays et leur attitude en Syrie, qui ne nous aident pas dans la recherche d’un règlement politique et diplomatique et mettent en danger l’intégrité territoriale de ce pays, faisant toujours craindre sa désintégration. Sans parler de bien d’autres problèmes. Donc, notre estimation générale est que l’atmosphère internationale est très tendue et, malheureusement, nous observons tous un processus de démantèlement du droit international et de l’ancien système des relations internationales.

« Il faut être deux pour danser le tango »

La Russie fait tout son possible pour normaliser ses relations avec les pays européens et les États-Unis. Mais il faut être deux pour danser le tango… S’il n’y a aucune réciprocité, on ne peut y parvenir. Toutefois, nous restons globalement optimistes et pensons que, tôt ou tard, s’imposera l’idée que de bonnes relations sont bénéfiques pour chacun et pour tous. Il faut être patient. Nous sommes essentiellement concentrés sur des objectifs de réformes intérieures autour du programme de développement économique très ambitieux du président Poutine, et nous avons beaucoup à faire pour les mettre en œuvre. Mais nous serons très heureux de constater l’existence, chez nos interlocuteurs, d’une volonté politique de normalisation des relations avec nous.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur scène avec le président Vladimir Poutine lors de la conférence de presse annuelle. Crédits : kremlin.ru

« Pourquoi devrions-nous avoir à prouver quoi que ce soit ? »

LCDR : Les Occidentaux dénoncent les ambitions politiques de la Russie. Ils la soupçonnent de vouloir casser le système politique international à son profit. Comment réagissez-vous à ces accusations et à ces soupçons ?

D.P. : Nous ne réagissons pas. Pourquoi devrions-nous avoir à prouver quoi que ce soit ? Ce n’est pas nécessaire. Nous montrons notre volonté d’entretenir, à l’avenir, des relations justes et équilibrées, nous souhaitons coopérer dans le domaine commercial et économique, dans le domaine des investissements russes à l’étranger, notamment en Europe. Nous recevons aussi de nombreux investisseurs européens et faisons beaucoup pour leur offrir un contexte d’opérations stable et fiable. Il est d’ailleurs remarquable qu’en dépit de cette atmosphère de tension globale, un grand nombre d’entreprises étrangères restent et se développent en Russie et n’ont nullement l’intention de quitter le pays. Il existe en fait une contradiction manifeste : les tensions diplomatiques et politiques entre certains États et nous ne correspondent pas à l’intérêt manifeste de leurs hommes d’affaires pour la Russie et ne se traduisent pas par des tensions commerciales réelles.

LCDR : La France peut-elle jouer un rôle particulier dans l’amélioration de ce dialogue ?

D.P. : Nos présidents se parlent. Ils ont eu un entretien téléphonique le 20 mars. Cela ne signifie pas qu’ils soient d’accord sur tout. Ils ont de nombreux points de divergence, néanmoins la volonté d’échanger, le désir de trouver des solutions aux problèmes actuels, de régler nos différends par le dialogue et non par la confrontation, existent. C’est une chose à laquelle nous accordons une très grande valeur. Et c’est une excellente base pour le développement de nos relations et de diverses formes de coopération futures.

Dmitri Peskov, avant la grande conférence de presse du président Poutine du 14 décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru

LCDR : Le récent boycott, par le président Macron, du stand russe au Salon du Livre de Paris où la Russie était l’invitée d’honneur, peut-il affecter cette relation ?

D.P. : Nous comprenons très bien qu’il existe une solidarité transatlantique et que la Grande-Bretagne cherche des soutiens parmi ses alliés. Cela dit, tôt ou tard, ils [les Britanniques, ndlr] vont devoir prouver leurs accusations, et nous espérons que, s’ils échouent dans cette tentative ‒ ce dont nous ne doutons pas ‒, de nombreux alliés comprendront qu’ils doivent repenser leur position envers eux.

« Les relations entre Moscou et Pékin sont fondées sur la non-ingérence et la non-interférence dans les affaires de politique intérieure »

LCDR : Le président chinois Xi Jinping, dans le message de félicitations qu’il a adressé à Vladimir Poutine pour sa réélection, estime que les relations sino-russes sont exemplaires et qu’elles constituent un « exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales ». De quel nouveau type de relations s’agit-il ?

D.P. : Ce n’est pas un nouveau système. En fait, c’est le retour à l’ancien système, à celui, traditionnel, des relations intergouvernementales, le seul valable et durable dans le contexte actuel. Cette approche entre Moscou et Pékin est fondée sur la non-ingérence dans les affaires intérieures, la non-interférence dans les questions relevant de la souveraineté nationale et le respect mutuel des traditions et du système politique de chacun. Cette approche nous permet de trouver de multiples points de convergence, bénéfiques à nos interactions. Nous avons de nombreux projets communs, la Chine est l’un de nos principaux partenaires commerciaux. Nous sommes très satisfaits du niveau de relations entre nos deux pays et du dialogue franc et ouvert entre nos deux leaders.

« Vous ne pouvez prétendre être un médiateur utile en Syrie en prenant le parti d’un camp »

LCDR. : Pour revenir à la Syrie, comment la France peut-elle se rendre utile dans le processus de règlement politique ?

D.P. : Vous savez, pour participer à un processus de sortie de crise et de règlement politique, vous devez vous situer dans une position médiane. Vous ne pouvez pas prendre parti pour un camp ou un autre et prétendre, en même temps, être un médiateur utile. Pour jouer un rôle, il faut aussi être attendu et accepté par les parties en conflit. Nous pensons qu’il est important que la France joue un rôle dans le règlement de la question syrienne, mais la France est partie de la coalition internationale dirigée par les Américains. Elle doit donc se déterminer. La Russie fait beaucoup en Syrie. Elle essaie de jouer un rôle important pour sauver ce pays des attaques massives du terrorisme international qui sont très largement sous-estimées. Cela prendra du temps, beaucoup de temps, et nécessitera des efforts. Il est, je le répète, essentiel d’empêcher la désintégration politique et territoriale de la Syrie, faute de quoi les conséquences pour la région toute entière sont imprévisibles.

Des sapeurs russes dans la ville syrienne d’Alep. Crédits : ministère de la Défense russe.

«Les Occidentaux ont soutenu un coup d’État au cœur de l’Europe »

LCDR : En Europe et en France, on ne comprend pas toujours la manière russe, jugée assez lapidaire, voire elliptique, de communiquer, d’expliquer quelles sont les positions politiques du pays. Ne pensez-vous pas qu’il serait utile pour Moscou d’améliorer sa communication, pour une meilleure compréhension mutuelle ?

D.P. : Nous avons le même problème avec les Européens, parce qu’ils ne peuvent plus être considérés comme des partenaires fiables pour nous. Ils sont tout à fait imprévisibles. Concernant la récente affaire en Grande-Bretagne par exemple, l’attitude de Londres ne peut être sérieusement analysée. Assez fréquemment, nous ne comprenons pas la logique de différentes capitales européennes, leur langage, leurs objectifs réels. Ainsi, pourquoi prennent-ils des décisions contraires à leurs intérêts économiques ? Pourquoi adoptez-vous des sanctions contre la Russie en prenant pour prétexte la situation en Ukraine ? Pourquoi déclarez-vous que la Crimée est occupée par la Russie, en fermant les yeux sur le fait que presque 100% de la population de ce territoire veut Poutine comme président et vote pour lui ? Est-ce que cela pourrait se produire dans un territoire occupé ? Évidemment non. En refusant de voir cette évidence, vous prenez des sanctions et mettez du même coup en péril les intérêts de vos entreprises. Incompréhensible… Nous sommes prêts à nous montrer très patients et à expliquer encore et encore notre point de vue à nos homologues européens, mais nous n’observons pas de disposition comparable chez eux, nous constatons même un manque de bonne volonté en la matière…

LCDR : S’agissant de la Crimée, il est difficile d’invoquer la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes, si par ailleurs vous souhaitez des relations internationales fondées sur le respect de la souveraineté nationale…

D.P. : Ce qui s’est passé en Crimée doit être bien compris : il y a eu en Ukraine, au cœur de l’Europe, un véritable coup d’État, soutenu par les États-Unis et par des puissances européennes, visant à faire basculer le pays dans l’orbite de l’OTAN et de l’Union européenne.

Source: https://www.lecourrierderussie.com/international/2018/03/dmitri-peskov-europeens-plus-fiables/

[Portail de l’IE] – « Entretien avec Caroline Galactéros, présidente de Geopragma : le nouvel action tank géopolitique français »

Par Nicolas Raiga-Clemenceau Portail de l’IE — 08 mars 2018

Docteur en Science politique, ancien auditeur de l’IHEDN, Caroline Galactéros a enseigné la stratégie et l’éthique à l’École de Guerre et à HEC. Colonel de réserve, elle dirige aujourd’hui la société de conseil Planeting et elle tient le blog Bouger les lignes. Le 12 février dernier elle a lancé, avec sept autres membres fondateurs, l’association Geopragma. Caroline Galactéros a accépté de répondre au Portail de l’IE au sujet de ce nouveau think tank qui a aussi l’ambition être un action tank au service des intérêts stratégiques de la France et de ses entreprises.

Portail de l’IE (PIE) : Qu’est-ce qui vous a décidé à créer GEOPRAGMA ?

Caroline Galactéros : Ce qui m’a frappé, c’est que je connais beaucoup de gens dans de nombreux milieux, de spécialistes, d’experts et d’hommes d’affaires qui touchent la matière, qui pensent comme moi et qui croient que dès que l’on a un dialogue amical, en confiance, qu’on fait preuve d’un bon sens argumenté par une pratique, on est infiniment plus efficace qu’en faisant la morale à partir d’une position de surplomb. Mais ces personnes, très présentes dans le milieu de la recherche stratégique française, sont pour beaucoup isolées voire marginalisées. Et la pensée comme la pratique stratégiques françaises s’en trouvent grandement affectées puisqu’elles sont maintenues dans une sorte de vase clos stratégique avec, in fine, une sensible régression de notre influence globale, de notre crédibilité et même une remise en cause de notre statut de puissance. Nous voulons fédérer ces diverses personnalités autour d’une plateforme à l’échelle nationale puis progressivement internationale, qui aura un regard réaliste et pragmatique sur les questions internationales.

PIE : Comment se sont passées les premières semaines après la  naissance de votre mouvement ? Avez-vous eu beaucoup de  ralliements ?

Caroline Galactéros : Oui, nous sommes sollicités toute la journée. De nombreuses personnes sont en train d’adhérer. Elles partagent avec nous leurs centres d’intérêts, nous demandent ce qu’elles pourraient faire au sein de l’association et comment la soutenir. Je crois que nous répondons à un besoin, un manque. Il y a un tournant pragmatique dans les faits qui ont démontré que le moralisme ne fonctionnait pas et avait des résultats sanglants. L’évolution de la guerre en Syrie a constitué un moment capital de cette prise de conscience.

PIE : Durant la conférence de lancement de GEOPRAGMA, vous avez indiqué vouloir prendre au mot Emmanuel Macron sur la fin du néo-conservatisme en France et sur le retour du gaullo-mitterandisme, comme pour le mettre au défi et en cohérence avec ses propos.

Caroline Galactéros : Oui, il a fait, dès son arrivée, de bons gestes et pris ce tournant pragmatique que l’époque rend urgent si l’on veut rester dans la course d’un nouveau monde qui se restructure, sans trop se payer de mots. Il lui faut désormais, sans attendre, donner du corps, du poids, de la matière et de l’engagement concret à ces intuitions initiales car en matière internationale, la crédibilité, c’est la cohérence et la cohérence, c’est le verbe et l’action.

Nous voulons être l’un des pôles d’intelligence alternative qui défendra les intérêts français, qui n’aura pas peur d’être critique ni dissonant, bien au contraire, mais pas non plus par posture. Nous exprimerons notre satisfaction ou notre mécontentement sans réserve. Il y a tant de sujets sur lesquels il faut travailler, des sujets qui vont nous sauter à la figure si l’on ne fait rien. Je pense à la Libye en ce moment. Il faut arrêter d’être dans l’image. Qu’est-ce que le moralisme nous rapporte ? La France est un pont, une puissance de médiation, d’intelligence, de subtilité et de dialogue. Elle n’a pas à être « pour les uns » ou « contre les autres ». Je crois beaucoup que les dysfonctionnements du système international viennent des décalages de puissance et du fait que certains s’assoient sur le tout petit peu de gouvernance mondiale qu’on avait pu mettre en place depuis un demi-siècle. On a les Nations Unies, on a des principes de coexistence optimale. Les États, les frontières et les peuples, y compris les plus divers, signifient quelque chose. En niant les dimensions historique et nationale ainsi que celles de la souveraineté, en oubliant ou relativisant, au nom d’une prétendue morale humanitariste qui est le masque du cynisme le plus abouti, tous les principes de la Charte des Nations Unies comme l’intangibilité des frontières ou la non-ingérence dans les affaires intérieures, on ne résout pas les problèmes, on les aggrave.

PIE : Dans l’analyse que vous faîtes, n’est-il pas important de se poser des questions sur l’influence des médias, de l’OTAN ou de l’Union européenne sur les actions de la France sur la scène internationale ?

Caroline Galactéros : Si, bien sûr. Mais, nous l’avons dit, nous réfléchirons à tout puisque que tout est lié. Nous ne nous interdirons rien parce que s’il l’on commence à s’interdire intellectuellement ou politiquement des choses, on redevient aveugle. Par exemple, je suis en train de lire l’excellent livre d’Eric Branca, L’ami américain : Washington contre de Gaulle, (Perrin, 17/08/2018), qui explique parfaitement comment tout a été fait pour que l’Europe n’arrive jamais à exister stratégiquement de façon crédible.

PIE : Cela explique votre volonté d’avoir une approche transversale des sujets : géopolitique, intelligence économique, influence, études culturelles…

Caroline Galactéros : Oui, notre approche sera complètement pluridisciplinaire et transversale, parce que la réalité est comme ça : tout est lié, c’est le propre de de la géopolitique. 

PIE : Ce qui est intéressant, ce sont les formats que GEOPRAGMA va adopter. D’abord, vous proposerez des analyses.

Caroline Galactéros : Il y aura un pôle académique, c’est certain. À travers lui, nous organiserons des séminaires très restreints et des colloques, nous publierons nos analyses.

PIE : Mais vous comptez aussi agir…

Caroline Galactéros : Oui, GEOPRAGMA est, aussi et même d’abord, un action tank. Cette idée est ambitieuse et il faut la mettre en œuvre intelligemment. Il y a tant à faire, notamment en matière de diplomatie d’affaires mais aussi de diplomatie informelle, toujours au service des intérêts français d’États  ou d’entreprises et en appui des appareils institutionnels existants. Plus largement, considérant le tragique et persistant verrouillage des appareils diplomatiques, l’invasion de doxas intellectuelles indigentes et le confinement consenti de la réflexion en profondeur au cercle de l’intime, nous croyons dans la nécessité du développement d’un canal, d’une plateforme de dialogue politique au sens large et noble du terme (c’est-à-dire aussi culturel et sociétal) non dogmatique, a-idéologique, inclusive, innovante, parfaitement indépendante, pour dénouer nombre de malentendus et de germes de crise et favoriser des rencontres et des relations fécondes. C’est tout sauf naïf. Là encore, la lucidité comme le réalisme sont aux antipodes du cynisme. Ils sont les vecteurs de l’apaisement.

PIE : À ce moment-là, ne sortirez-vous pas du cadre associatif ?

Caroline Galactéros : J’ai voulu monter une association parce que je crois beaucoup à l’élan des mouvements de personnes. GEOPRAGMA est avant tout un mouvement d’idées pour fédérer et réveiller la pensée stratégique française. Cependant, dans le cadre de l’Action tank, il s’agira, in fine, de travailler avec des entreprises françaises et, pourquoi pas, dans quelques années, de promouvoir à l’étranger notre approche pragmatico-ethique, bref de faire école. Notre structure associative, si c’est nécessaire, évoluera en fonction du développement de ces activités. Diverses possibilités existent. Une chose est sûre : nous sommes un mouvement d’idées et de convictions portées par des praticiens de la chose internationale dont la teneur a des prolongements pratiques évidents et utiles. Le reste, si j’ose dire, est de « l’intendance » et « elle suivra », comme il se doit.…

PIE : Quelle sera la première action publique de GEOPRAGMA ?

Caroline Galactéros : Notre premier travail sera de définir ou de redéfinir les intérêts de la France dans le monde. Pour cela, nous avons à faire des choix car la matière est à spectre très large…. Nous sommes déjà en train de définir des axes et, pour chacun d’eux, nous allons bientôt mettre en place des groupes de travail resserrés. Ensuite, nous demanderons à certains de nos membres d’y contribuer pour produire à l’automne, un document synthétique, sorte de vademecum opérationnel qui, je l’espère, fera réagir.

Source: https://portail-ie.fr/analysis/1771/entretien-avec-caroline-galacteros-presidente-de-geopragma-le-nouvel-action-tank-geopolitique-francais

[Notes-geopolitique] – « Jean-François Fiorina s’entretient avec Caroline Galactéros »

Par Jean-François Fiorina Notes-geopolitique — 08 février 2018

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Caroline Galactéros : il faut rompre avec la pratique internationale occidentale des trente dernières années dont les résultats sont dramatiques aux plans humain comme sécuritaire global.

Docteur en science politique, auditeur de l’IHEDN, géopolitologue, Caroline Galactéros a longtemps travaillé dans l’évaluation et la prospective stratégiques pour les services du Premier ministre. En février, elle lance à Paris Geopragma, Think tank / Action tank consacré à une approche réaliste de la géopolitique. 

Pour elle, l’idéalisme moralisateur est destructeur d’humanité et d’efficacité tandis que le réalisme pragmatique éthiquement inspiré permet d’atteindre des résultats optimaux en matière de coopération et d’apaisement des tensions.

L’humanitarisme est devenu une grande menace pour l’humanité, le cynisme des « bons sentiments » a fait des ravages qui ont plongé l’Occident dans un discrédit moral et politique profond d’où il est urgent de l’extraire.

Le 12 février aura lieu à Paris, à la Maison des Arts et Métiers, le lancement du projet Géopragma, que vous définissez comme un pôle français de géopolitique réaliste. Pourquoi cette initiative et quels objectifs poursuivez-vous ? 

Geopragma est le fruit d’un rapprochement entre des personnes aux profils éclectiques qui ont travaillé dans le monde de la défense, de la sécurité, de l’entreprise et plus généralement au sein de l’univers des relations internationales.

Souvent déçus, parfois en colère, ils sont mécontents de la manière dont la France et ses intérêts sont traités tant par les médias que par nombre de décideurs notamment politiques. Ethnocentrisme inconscient, manque de réalisme et angélisme exacerbé aboutissent aux pires désastres géopolitiques.

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Geopragma signifie géopolitique pragmatique. Le pragmatisme commande de dire que les excès de l’humanitarisme post Guerre froide l’ont mué en un redoutable ennemi pour l’humanité.

Le devoir d’ingérence a très souvent caché des buts peu avouables comme la déstabilisation ou la destruction d’Etats ou de nations avec des conséquences humaines terribles.

Qui oserait dire sérieusement que les Libyens vivent mieux aujourd’hui que sous le colonel Kadhafi ou les Irakiens que sous Saddam Hussein ?

Geopragma ne rêve pas le monde pas plus qu’il ne le nie en le soumettant à des filtres idéologiques et partisans. Il le prend tel qu’il est.

Quelques exemples : les réalités africaines demeurent ce qu’elles ont toujours été. Des populations définies par leurs langues et leurs origines ont été séparées par l’arbitraire des frontières héritées de la colonisation.

Ces frontières ne tiennent pas face aux liens historiques des peuples et seront remises en cause au prix de grands drames. Pour les pragmatiques que nous sommes, le meilleur cadeau que l’on puisse faire à l’Afrique est de la laisser aux Africains et de moins s’ingérer dans leurs affaires.

On pense aussi au Moyen-Orient mis à feu et à sang par notre entêtement à déstabiliser les grands Etats laïcs dont les pouvoirs autocratiques étaient aussi les garants de complexes et fragiles équilibres multiconfessionnels et tribaux ; ou encore aux Balkans des années 90, livrés aux appétits de leaders sans scrupules avec notre bénédiction nourrie de l’ignorance de la question des minorités et du refus de comprendre que nos mécanismes démocratiques allaient immanquablement structurer une domination communautaire et plonger la Bosnie-Herzégovine dans la guerre civile.

La plateforme que constitue Géopragma s’affirme tout à la fois comme un vecteur d’action et de réflexion… 

CLESHS72-3Effectivement. Geopragma est un Think tank et un Action tank, car le caractère opérationnel nous paraît essentiel.

Mais cette fonction de « boite à action » obéira strictement à notre socle de principes fondamentaux communs.

Indépendance, cohérence, pragmatisme, autorité, puissance, influence, dialogue, respect, éthique et responsabilité sont nos mots d’ordre.

Nous sommes des êtres profondément libres intellectuellement, aux antipodes de ce que j’appelle la pensée mercenaire ou simplement auto contrainte et inhibée, qui assèche la réflexion comme le coeur. Et nous ne sommes pas seuls.

Chacun de nous en connait d’autres qui ont ce même tropisme réaliste mais que l’écosystème stratégique français marginalise ou ignore. Nous voulons rassembler ces consciences pour repenser ensemble une politique étrangère digne de ce nom pour notre pays.

Geopragma veut s’affirmer comme un pôle de réflexion stratégique indépendant qui vise le renouveau et la promotion de la pensée stratégique française, à partir d’une vision réaliste, non dogmatique et éthique du monde et des hommes.

Il s’agit de mettre nos réseaux et nos savoir-faire divers mais très complémentaires au service de la France, de sa puissance et de son influence.

Pas en désordre ou en contre, mais en appui de ce qui semble se structurer au niveau gouvernemental.

Le tournant pragmatique amorcé par le nouveau pouvoir comme « l’alignement des planètes » assez inespéré observé au plan international laissent espérer « une heure française » du monde.

Cette perspective nous conforte et nous oblige. Les Etats doivent rester souverains car ils constituent les chevilles-ouvrières du système international.

Face à une mondialisation longtemps vendue comme « heureuse », la naïveté ou l’irénisme ne sont plus de mise.

Depuis la fin de la Guerre froide, l’équilibre fragile du monde bipolaire a volé en éclats. La multiplication des ingérences a eu comme résultat une kyrielle de conflits et de désastres humains et un effet boomerang déstabilisant massif pour nos propres sociétés européennes.

L’unipolarité autour d’une Amérique ivre d’elle-même n’a pas eu plus de succès en matière d’apaisement, bien au contraire.

Quant à la nouvelle bipolarisation du monde autour d’un binôme sino-américain qui semble se dessiner, il n’est pas certain qu’elle soit une fatalité. Il faut réfléchir à tout cela sans a priori ni facilité.

Il est donc nécessaire de repenser les fondamentaux d’une nouvelle architectonique des relations internationales.

Dans un monde incertain et en recomposition où s’affichent de pures logiques de puissance avouées ou en gestation, quelle est la place de la France ?

Osons-nous afficher une stratégie de puissance ?

Avons-nous seulement une ligne stratégique cohérente avec nos intérêts nationaux ?

D’ailleurs, quels sont-ils ?

Ne sommes-nous pas au contraire dans une dangereuse utopie qui nous coupe des réalités du monde ?

Ne devrions-nous pas plutôt affirmer notre puissance en même temps que notre spécificité en appuyant nos actions sur les principes qui de tout temps ont fait la force de l’approche française : coopération, médiation, dialogue, respect mutuel ?

Ces principes ont été oubliés au profit d’un assujettissement progressif à la vision géopolitique américaine qui ne correspond qu’à la marge aux intérêts supérieurs de notre pays.

Il n’y a rien d’agressif à évoquer l’intérêt national ou la question de la souveraineté qui sont aux antipodes du nationalisme et du souverainisme.

C’est le respect des Etats qui peut produire de la puissance collective, non leur effacement. Il en va de même pour les frontières, les identités, les cultures…

Voilà pourquoi le développement entropique de superstructures aux attendus initiaux louables mais progressivement déconnectées du vécu des peuples telle notre Union Européenne engendre l’incompréhension puis le rejet des peuples, générant des dénis de démocratie, une destructuration progressive de certaines sociétés et une inquiétante montée des populismes.

Pour Geopragma, il faut commencer par prendre en compte prioritairement l’intérêt de la France. En géopolitique, rien n’a en effet changé fondamentalement depuis des décennies voire des siècles : la volonté d’indépendance des Russes, celle des Chinois de trouver les ressources qui leur manquent, celle des Etats-Unis d’aligner le monde sur leur agenda…

Il est temps d’affirmer notre propre volonté pour nous réinsérer dans un concert des nations dont on puisse maitriser la cacophonie structurelle sans prétendre en araser la pluralité essentielle et indispensable.

N’est-ce pas une vision un peu sombre voire cynique ? 

De tous les procès d’intention faits au réalisme et à la realpolitik, celui en cynisme est sans doute le plus immérité. Le réalisme serait cynique ?

C’est très exactement l’inverse. En situation de crise ou de conflit, la part d’humanité, de mesure et de compromis accessible s’ancre dans les possibles que seul porte le réel. Il faut donc partir de lui, non des images, projections mentales et fantasmes narcissiques collectifs qui sont les masques ordinaires de la volonté de puissance et de domination.

Le réalisme est la condition même d’une éthique vivante de l’action collective, de l’indépendance et donc de la liberté. Vous n’êtes pas libre ni « moralement » fondé à agir si vous vous bornez à l’idéologie ou au dogmatisme moralisateur.

Chez Geopragma, nous ne sommes ni « pro », ni « anti » qui ou quoi que ce soit. Nous traitons les faits tels qu’ils sont et il faut bien reconnaître qu’ils se révèlent impitoyables pour la crédibilité de l’action occidentale depuis 20 ans. Il faut oser le reconnaitre pour enfin agir autrement.

Un autre axe sur lequel entend agir Geopragma réside dans l’aide concrète aux acteurs. Au-delà la production et de la diffusion d’écrits et de réflexion, nous voulons avoir une capacité à agir.

On a assisté depuis 20 ans à la montée en puissance des sociétés militaires et de sécurité privées. De même va se développer une « diplomatie privée ».

Car c’est aussi une affaire privée que de favoriser les relations entre des entreprises et des marchés compliqués comme c’est une fonction privée (mais de service public) éminente que de favoriser le dialogue entre des Etats qui ne se parlent plus ou qui se parlent mal.

On voit bien le rôle d’intermédiation que vous entendez jouer entre Etats dans des configurations complexes. Que peut faire concrètement Géopragma pour les entreprises ?

Jamais les affaires n’ont été aussi politiques. Il suffit d’ouvrir un journal pour le comprendre. Geopragma applique son approche réaliste à tout, donc aussi aux marchés et aux entreprises et sur le long terme.

Elle rassemble des membres qui ont des niveaux d’information particulièrement « pointus » et dont certains sont de véritables experts de zones géographiques ou de thématiques complexes.

Nous pouvons aider les entreprises à aborder des marchés délicats, à établir des relations ad hoc sur un mode haut de gamme, à dénouer des écheveaux ou nouer des partenariats, en nous fondant essentiellement sur des rapports humains privilégiés découlant d’une appréhension culturelle fine et ancienne.

La dimension subjective et même l’affectivité – au sens du moteur profond qui guide l’action humaine – sont à l’oeuvre à tout moment dans une relation d’affaires comme dans toute autre forme de relation. N’ayons pas peur de ces mots ni de ce qui fait de chaque homme un être non modélisable par essence.

CLESHS72-4Il n’y a ni recettes ni modèles reproductibles pour réussir. Il y a des hommes entrant en relation et derrière eux, dans leurs coeurs et leurs esprits, des histoires, des héritages, des cultures, des systèmes de pouvoir et des enjeux qui les dépassent, les contraignent ou les renforcent.

C’est la matière première et vivante des relations internationales ou d’affaires, entre entreprises comme entre Etats.

Identifier les bons interlocuteurs et nouer avec eux, souvent dans les épreuves, des relations privilégiées ne s’improvise pas en 72 heures dans une foire ou un colloque.

Il faut un authentique effort de partage et aussi le rejet sincère d’une position de surplomb ou d’une présomption qui se paieront sinon cher.

La construction de réseaux efficaces est une affaire de longue haleine qui exige patience, « goût » de l’Autre et intelligence des situations.

La pratique des mœurs juridiques et contractuelles de certains pays est aussi essentielle.

On le voit avec la question de l’extra-territorialité du droit américain qui pose un problème majeur à certaines entreprises françaises. Notre ami Hervé Juvin, qui connaît parfaitement ces questions nous est précieux en ce domaine comme en bien d’autres.

Enfin, nous savons tous que nous entrons dans un monde toujours plus dangereux. Aussi la dimension sécuritaire est-elle très présente dans notre démarche.

Nous savons interpréter et partager de l’intelligence et de l’information qui permet de sécuriser des cadres d’opérations ou d’interventions pour des entreprises légitimement préoccupées par la sécurité de leurs opérateurs.

Si je vous comprends bien, c’est à partir d’un socle de valeurs communes que vous comptez établir des synergies entre les différents acteurs… 

Exactement. Tant auprès des gouvernements que des institutions ou des entreprises, nous sommes en mesure de faire du conseil en stratégie puis de décliner une série d’actions concrètes pour mettre en oeuvre les axes choisis. Mais cela se fera à partir du socle de valeurs que je vous ai exposé.

Le monde et les hommes sont en très grand manque d’authenticité, de considération, de loyauté, de cohérence. Une vraie famine…

Ces sources cachées plus que taries sont celles de la crédibilité et de la légitimité durables. C’est dans un partage de nos convictions avec nos clients que peuvent se nouer des synergies fructueuses.

La capacité à agir de façon pragmatique et opérationnelle est tout sauf froide. Dans cette perspective, il nous faut fédérer et agréger à notre action toutes les personnalités susceptibles d’apporter leurs compétences en géopolitique, géoéconomie et relations internationales, leur expertise, leurs savoir-faire, leurs réseaux…

Intégrons-les à notre plate-forme, publions avec elles des analyses, des notes, produisons de la réflexion et surtout, agissons…

Ces ressources humaines de haute valeur contribueront non seulement à repenser la politique étrangère française, mais aussi à mener des actions ciblées permettant aux structures publiques ou privées de reprendre l’avantage sur la scène internationale en gagnant des marchés ou en aidant au rétablissement de liens diplomatiques forts avec ceux qui souhaitent renouer ou conforter leurs liens avec la France.

Nous pouvons conduire et faciliter des actions en matière de diplomatie d’entreprise dans le cadre de pays en reconstruction, comme cela sera bientôt le cas en Syrie, ou dans des pays qui veulent de nouveau s’intégrer dans la communauté internationale comme l’Iran.

Il s’agit de proposer à des entreprises, institutions et Etats des actions concrètes au plus près de leurs préoccupations et non alignées sur des présupposés idéologiques « hors sol ».

Au bout du compte, l’idéalisme moralisateur produit du choc, du conflit et fait beaucoup plus de morts que le pragmatisme.

Cessons de vouloir imposer nos référents politiques, culturels et sociétaux à des populations qui n’en veulent pas et souhaitent rester fidèles à leurs façons de penser et de vivre propres.

CLESHS72-5Nous devons admettre que depuis le début des années 1990 la volonté normative occidentale au nom de grandes et fort belles idées – droits de l’homme, liberté, démocratie, etc. – a abouti à imposer des règles qui n’ont rien à voir avec les souhaits réels des populations locales et à structurer des modèles de puissance alternatifs attractifs.

Et puis la France a encore des atouts majeurs dans son jeu : son passé, son image, le positionnement gaullien qui fut le sien, auquel elle a renoncé sans même en prendre conscience.

C’est finalement une hauteur de vue et une cohérence entre un discours ambitieux et un agir déterminé, généreux et bienveillant pour le monde qu’elle a abandonnées en chemin.

Il est temps de retracer cette voie sans emphase mais sans crainte.

En guise de conclusion, quelle serait votre devise ? 

Pour nous qui entendons conduire une diplomatie informelle sur le long terme et sans tabous au profit de l’intérêt supérieur de notre pays, nous avons choisi une triple référence à consonance latine : « anti dogma, anti doxa, pro statera », que nous pourrions traduire par « anti dogmes, anti pensée dominante, pour une juste appréciation des choses ».

Pour en savoir plus  sur Caroline Galacteros :

CLESHS72-6Née à Lyon en 1967, Caroline Galacteros intègre en 1986 les classes préparatoires à l’Ecole normale supérieure de Lyon, tout en suivant une licence d’histoire, avant de passer une maîtrise et un troisième cycle (DEA) de Sciences Politiques à Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Elle se forme ensuite à la phénoménologie de la communication et de la relation interpersonnelle (CEFPPC- Lyon) tout en préparant sa thèse de doctorat d’Etat en sciences politiques, qu’elle soutient en 2001 à Paris-I Panthéon-Sorbonne (Magna com laude), sur le thème : « Analyse critique de la gestion des crises balkaniques de l’après-guerre froide ».

On la retrouve en 2006/2007 comme auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes des Défense Nationale), promotion Vauban (AA59).

Dès l’aube des années 1990, elle intervient dans des cénacles prestigieux liés au monde de la défense, de la diplomatie ou des grandes écoles (IRA, CEA, ESCP, IHEDN, CHEAR, CDEC, CRR-FR), accomplit des missions auprès du CAP (Centre d’analyse et de prévision) du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense, ou encore dans le cadre du International Visitor’s Program du Département d’Etat américain.

Elle exerce également ses talents dans le cadre de masters divers. Membre à plusieurs reprises des jurys des concours ENA, EMSST et Ecole de guerre (CID), elle participe à des travaux et des groupes de réflexion dans le cadre du Centre de doctrine et d’emploi des forces, au COS ou encore à l’Ecole de guerre.

Caroline Galacteros est depuis 2004 colonel dans la réserve opérationnelle des armées (terre). Professionnellement son parcours est tout aussi brillant.

Entrée dès 1990 à la Fondation pour les études de défense nationale comme assistante du président, elle est ensuite pendant près d’une décennie chargé de mission au Secrétariat général de la défense nationale, en charge des Balkans, réalisant de nombreuses missions sur le terrain.

Elle est ensuite chercheur associé à l’Ecole normale supérieure, puis professeur invité à HEC, avant de devenir en 2009 directeur de séminaire à l’Ecole de guerre.

En outre, après avoir fondé en 2004 son cabinet – Planeting – elle crée et préside Géopragma, pôle français de géopolitique réaliste.

Caroline Galacteros a également une importante activité éditoriale.

Elle a publié Manières du monde, Manières de guerre (éd. Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société : le progrès va-t-il dans le bon sens ? (avec Régis Debray et le général Vincent Desportes, éd. Nuvis, 2014).

Editorialiste au magazine Le Point depuis 2014, sa rubrique « Etat d’esprit, esprit d’Etat » est consacrée aux questions géostratégiques et aux enjeux liés à la défense : lepoint.fr/ actualité/ Les invités du Point.

Elle publie régulièrement sur le Figaro Vox et pour d’autres médias français et étrangers; notamment pour Le Courrier de Russie, et intervient fréquemment sur les chaines de télévision et de radio.

Caroline Galactéros est la créatrice du Blog « Bouger les lignes » (overblog.com) qui analyse les lignes de faille et les « signaux faibles » de la conflictualité internationale. http://galacteros.over-blog.com/

Voir aussi son blog de la revue Le Point, lepoint.fr/ actualité/ Les invités du Point

Twitter : @CGalacteros ; Facebook et Linkedin : Caroline Galacteros

Caroline Galactéros est la présidente de Géopragma, pôle français de géopolitique réaliste, association de loi 1901, dont les membres fondateurs sont elle-même, Hervé Juvin, le général (2S) Jean-Bernard Pinatel, Pierre de Lauzun, Ghislain de Castelbajac, Gérard Chesnel, Jean-Philippe Duranthon, Alexis Feertchak.

Source: https://notes-geopolitiques.com/geopolitique-pragmatique/#more-5929