Article de Renaud Girard* publié dans le Figaro le 24/02/2020

Le 22 février 2020, la France a appliqué une décision industrielle à l’exact opposé de ses intérêts à moyen et long terme. Elle a fermé le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim et fermera le second en juin prochain, mettant fin à 42 ans de production électrique bas-carbone en Alsace.

La fermeture de cette centrale, considérée comme particulièrement sûre par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), ne répond à aucune urgence technique, ni à aucune contrainte d’aménagement du territoire. Elle est purement idéologique. Elle résulte d’une promesse faite aux écologistes par François Hollande lors de sa campagne électorale présidentielle de 2012. La promesse fut reprise par Emmanuel Macron dans sa campagne de 2017.

Comme les consommateurs de l’électricité produite à Fessenheim – qu’ils soient alsaciens, lorrains, belges ou allemands, dans ce marché européen interconnecté – ne vont pas du jour au lendemain décider de s’éclairer à la bougie, il faudra bien remplacer cette production par celle de centrales à charbon ou à gaz, situées quelque part en Europe. Les centrales nucléaires émettent en moyenne 80 fois moins de CO2 par kilowattheure produit que les centrales à charbon et 45 fois moins que les centrales à gaz. La fermeture des réacteurs de Fessenheim va se solder par l’émission annuelle supplémentaire de 8 millions de tonnes de CO2 en Europe, soit l’équivalent de 15% des émissions annuelles d’une région comme l’Ile-de-France.

La fermeture de Fessenheim représente une double balle dans le pied que se tire la France. Premièrement elle diminue la capacité du programme nucléaire français, qui est l’une des grandes réussites industrielles de notre pays, initiées par la république gaullienne. Ce n’est pas par hasard que la Grande-Bretagne a décidé de renforcer son équipement en centrales nucléaires et qu’elle en a commandé à l’industrie française. Deuxièmement, cette fermeture contrevient directement à la lutte contre le réchauffement climatique d’origine humaine, dont la France est le leader depuis qu’elle a fait adopter l’accord de Paris par les délégations de 195 pays, le 12 décembre 2015, à la suite des négociations de la COP21. Car la production d’énergie nucléaire a le mérite d’émettre extrêmement peu de gaz à effet de serre.

Il est grave qu’en France le fanatisme idéologique l’ait emporté sur le pragmatisme industriel. Il convient ici de bien faire la différence entre l’écologie et l’écologisme. La première est une science, qui étudie les êtres vivants dans leur milieu, en tenant compte de leurs interactions. Comme toutes les sciences, elle doit être enseignée et respectée, afin que les hommes parviennent à mieux conserver leur environnement naturel. L’écologisme est une idéologie, née dans les années 1970, opposée à la croissance, et qui cherche à s’arroger le monopole de la question écologique. Dans ses méthodes, l’écologisme est comparable au communisme, qui jadis cherchait à s’approprier le monopole de la question sociale. Comme les mouvements communistes d’autrefois, l’écologisme peut devenir fanatique, voire sectaire. Il faut lire l’ouvrage de Bruno Durieux, Contre l’écologisme, Pour une croissance au service de l’environnement (éditions de Fallois), qui résume parfaitement la question.

Seuls les fous et les inconscients ne se préoccupent pas de la dégradation de notre environnement. Il est évident que les autorités publiques doivent lutter contre la dégradation de la qualité de l’air que nous respirons dans nos villes et de l’eau que nous puisons dans nos nappes phréatiques. Elles doivent se coordonner pour assurer la propreté de nos océans, interdire la surpêche, maintenir la diversité des espèces, etc. Cependant, sur une planète qui compte 7 milliards d’hommes, on ne relèvera pas le défi écologique contre la science, mais avec elle, et grâce au progrès technique. Quand les OGM créent des plantes capables de résister aux parasites sans l’appoint d’intrants phytosanitaires, et que ces cultures ramènent davantage de biodiversité, il faut être pour les OGM. En matière de production d’énergie électrique, il faut maintenir le parc nucléaire, tout en investissant massivement dans la recherche (comme dans le projet ITER à Caradache), de manière à réduire progressivement la masse des déchets radioactifs produits.

Mais pourquoi le site de Fessenheim a-t-il été visé ? Pour plaire aux Allemands voisins. Après la catastrophe de Fukushima au Japon (2011), la chancelière Merkel décida démagogiquement que l’Allemagne (pays pourtant non soumis aux tremblements de terre et aux tsunamis) devait renoncer au nucléaire. Aujourd’hui ses centrales au charbon polluent notre air de leurs particules fines.

Notre indépendance énergétique est une affaire trop importante pour être soumise aux aléas de l’idéologie ou de la diplomatie.

*Renaud Girard, membre du Conseil d’orientation stratégique chez Geopragma

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